Comment le cinéma réinvente la mémoire, à Jean-Pascal Mattei, Le Miroir des fantômes...




Je me souviens de la croix qu’il fallait dessiner pour réaliser une preuve par neuf.

 

–  – Je me souviens qu’Elia Kazan était d’origine turque et qu’Orson Welles ne lui avait jamais pardonné son attitude durant le maccarthysme.

 

–  – Je me souviens des cigarettes thérapeutiques pour asthmatiques.Comment le cinéma réinvente la mémoire


Georges Perec, 

(...)

filmer demeure une énigme, en reflet de la passion dépeinte, filmer la marge, en marge, représente une évidence(...)

            

  • Bernard Magné fait remarquer combien sont nombreux, dans La Vie mode d'emploi
  • les objets touchant à la chose écrite ou imprimée qu’on ne voit qu’incomplets, 
  • ce qu’il relie à un autobiographème thématique du manque. 
  • — (Jean-Luc Joly, in Georges Perec, « La Vie mode d’emploi », in Œuvres, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », vol. II, 2017, p. 1056)

            




"Dehors, ici et maintenant, un air doux remue les arbres verts, le soleil bleu ciel t’appelle. Tu enregistres ton texte, tu le retoucheras au retour, tu éteins ton ordinateur, tu publieras cela tout à l’heure. Contrairement au protagoniste, tu existes. Pour encore combien de temps, invisible survivant ?"

Jean-Pascal Mattei, 



 

"La Vie mode d'emploi"




http://escarbille.free.fr/vme/?lmn=55

         http://lemiroirdesfantomes.blogspot.com/2019/09/que-lamour-music-of-my-life.html


Écrire des traces : l'écriture autobiographique de Georges Perec

par Wilfrid Mazzorato

http://www.theses.fr/1998TOU20023






























"Une neige éternelle, furieusement et doucement antonionienne, semble tomber pour l’éternité sur ces courbes en béton (ces cercles « infernaux » vus de haut, nimbés d’une brume taciturne), avant qu’un immense mur d’écrans à la Mabuse ne vienne matérialiser en abyme l’émiettement (l’atomisation) du trafic routier, de celui des biographies, esquissées sans le moindre commentaire, de celui du cinéma, montage linéaire, successif, et non, contrairement à la vidéo, a fortiori de surveillance, vision panoptique, globale, de récits morcelés, individualisés, y compris, par exemple, chez un Robert Altman. "
Jean-Pascal Mattei, 





Dans son caractère discrètement endeuillé, itératif (les phares repris en coda), réside peut-être le charme gracieux et désenchanté de ce témoignage modeste, anecdotique, plaisant et stylisé. "

Jean-Pascal Mattei, 


filmer des traces...





Quand je lis Pascal, il me semble que je me relis. 
Je crois que c'est celui de tous les écrivains à qui je ressemble le plus par l'âme. 







 Stendhal






Le cinéma, immanence et transcendance, se décrit, se métaphorise, convoque les vertus de l’audiovisuel, ses puissances de représentation et de son. L’élégance, la résistance, la solitude, la vitesse de la persona épousent celles de la personnalité supposée, s’harmonisent et s’immortalisent. Il faut louer le directeur de la photographie Nicolas Hayer, le compositeur Antoine Duhamel, le regard d’Alexandre Astruc. Il faut surtout célébrer le talent matérialiste et intériorisé de Maurice Ronet, condamné à mort en rime à chacun d’entre nous, qui se bat, ne se résigne pas, qui touche le fond de l’orifice et remonte à la surface du vice. En une demi-heure, Ronet ridiculise les psychodrames de l’Actors Studio et reprend à son compte, en huis clos, les enseignements physiques de À bout de souffle (Jean-Luc Godard, 1960).
Jean-Pascal Mattei, 

Grâce à ces trente minutes tendues, épuisantes et stimulantes, grâce aux cinq items précités, Maurice Ronet continue à briller, à brûler, dans mes réminiscences, en feu de joie désespérée, non en molle luciole. Il repose depuis trente-cinq ans au sein du Luberon, borie rafraîchie à proximité de sa propre piaule à Bonnieux, coin connu de votre serviteur provençal. Son intelligence, son indépendance, sa prestance, reposent du bruit, de la bêtise et de la vulgarité généralisés, pas seulement, hélas, au ciné. Contrairement à lui, je n’éprouve aucune nostalgie, pas même celle des occasions manquées, des mythologies moribondes. Ceci ne saurait m’empêcher de partager son frémissement et sa foi, tout sauf religieuse, obséquieuse, je crois en moi, je crois en toi, je crois en trois ou quatre choses qui m’épargnent le point final du pistolet, olé, de le saluer avec une modestie impressionniste, en clin d’œil à une admiratrice de dédicace. Se souvenir de ce spectre alerte, davantage que sadien, que touche-à-tout bon à rien, revient à revisiter une partie du cinéma français, européen, à saisir le spleen des jeunes majeurs de la Libération, atteints d’un désenchantement sensuel à la Roger Nimier, d’ailleurs co-scénariste de Ascenseur pour l’échafaud (Malle, 1958), de nausée sartrienne, amen, à priser un jeu audacieux, précis, polysémique, avec la caméra et par-delà. Je me souviens de Maurice Ronet, vous vous en souviendrez à votre tour, quitte à (en) tomber en amour.









Acteur et non comédien, pour reprendre ses mots, « tempérament » et personnalité au service de rôles éloignés de la « composition » (avec des exceptions), il assume, involontairement flaubertien, la part identitaire de Jef Costello (« Le Samouraï, c’est moi, mais de façon inconsciente ») et ses choix professionnels, affirmés grâce à son statut, tissent une sorte d’autobiographie rêvée, dans laquelle ses incarnations successives finissent par donner corps à une figure singulière, unie dans sa polymorphie, au carrefour de l’image médiatique – en partie supervisée par lui-même, en partie recomposée par la critique, le public, conquis ou réticent – et de l’être intime sans cesse fuyant, dérobé, reconnu, si différent du « moi social » mis de côté par Proust dans le processus d’écriture (Delon ou l’unique raison de subir le scolaire et soporifique Un amour de Swann (mal) relu par Schlöndorff et Carrière, car il interpréta un subtil et poignant Charlus). Un peu moins de quatre-vingt-dix films : autant de portes psychiques à ouvrir, tel le protagoniste du Loup des steppes, autant de reflets narcissiques cadrant une vérité fragmentée, contradictoire, cohérente. Contrairement à ce que pensait Sainte-Beuve (à propos de Baudelaire), un écrivain ne se confond pas avec ses textes, ne se limite pas à eux, qui ne sauraient le « trahir » ni le fixer pour l’éternité de l’analyse (psychologique, littéraire), et il en va pareillement pour un acteur, irréductible à la somme des entrées de sa filmographie, caché sous le masque lourd et pratique du drame ou de la comédie, exhibé/dissimulé dans la lumière des « feux de la rampe » ou du projecteur des « salles obscures ». Revisitons donc Delon, à défaut de portraiturer Alain, « félin » racé dans sa cage dorée, au fil des films et des souvenirs.

Jean-Pascal Mattei, 










Je crois profondément qu'à chaque époque, 

l'humanité a besoin d'un groupe humain qui a été trop longtemps marginalisé et qui se révolte, 
qui veut prendre sa place dans la société pour faire bouger le monde.


Contact, l'encyclopédie de la création (Emission de TV canadienne).


 Marek Halter







Tiepolo : Saint Pierre trouvant la monnaie du tribut dans la bouche d'un poisson, détail







 Ainsi les tableaux vus de trop loin et de trop près. Et il n'y a qu'un point indivisible qui soit le véritable lieu. Les autres sont trop près, trop loin, trop haut ou trop bas. La perspective l'assigne dans l'art de la peinture.

Mais dans la vérité et dans la morale, qui l'assignera ?  (fr. 55)



Pensées


Blaise Pascal






dire par exemple
toutes les histoires des films
qui ne se sont
jamais faits
plutôt que les autres
les autres
on peut les voir à la télévision
n’est-ce pas
Jean-Luc Godard, Histoire(s) du cinéma, Tome 1, 




Toutes les histoires

constituer soi-même son histoire
savoir
qui vient après vous
la seule occasion de faire
de l’histoire
pas parce qu’il y avait trop de films
il y en a très peu
et de moins en moins
Jean-Luc Godard, Histoire(s) du cinéma, Tome 2, Seul le cinéma



https://lemiroirdesfantomes.blogspot.com/2019/01/la-femme-sur-la-lune-le-gardien-du.html

Voici le cœur de l’ouvrage, la raison d’être de ses enfantillages, le battement émouvant parvenu jusqu’à nous, au nez des années, à la manière de la lumière d’une étoile morte depuis longtemps et pourtant toujours éclairante, en parfaite métaphore des films eux-mêmes, de ceux qui les façonnent, chœur que salue l’inhabituel et logique générique collectif. Pour que fuse l’imaginaire, que se réalise l’irréalisable, il faut du temps, de l’élan, il faut une concordance d’individualités, à Houston ou sur le set, il faut que le réalisateur réalise son film et réalise ensuite de quoi il retournait, qu’il se retourne tel Orphée sur son proche passé, son avenir envisagé, au royaume des morts, des mondes mentaux, des muses perdues, jamais soumises, victimes, victimisées, parfois, grâce au cinéma, à la dernière minute retrouvées, ranimées. Les femmes fréquentables, Friede la première, savent pertinemment que les hommes rêvent et crèvent, déjà dans la lune avant de marcher sur la Lune, dotés d’un drapeau dérisoire, qu’ils les idéalisent, les sodomisent, les font tomber sans pitié de leur piédestal aussitôt dressé par leurs soins, qu’ils les idolâtrent, les adorent, les adulent, les enculent, ne parviennent à leur pardonner de donner la vie et la mort en même temps, via leur matrice-tombeau, indien ou point, qu’ils s’enivrent du vide, essaient d’opposer l’infini joli à la finitude définitive, en vain. La conquête classée spatiale, ruée vers l’or de Voie lactée ou maintien de la mainmise terrestre du Capital, groupuscule occulte à la M le maudit inclus, carbure au sein de la supposée vraie vie aux rivalités, aux nationalismes, à la guéguerre des étoiles, hier américano-soviétique, aujourd’hui située en Asie.
Jean-Pascal Mattei, 



















Bougnat tu peux garder ton vin 



Ce soir je boirai mon chagrin.







Jacques Brel



https://lemiroirdesfantomes.blogspot.com/2020/09/ne-vous-retournez-pas-un-mois-de-cinema.html



Suivant ma perspective, Tarkovski plutôt que Nevski, Stalker séduit et sidère par son immanence, par sa désespérance stimulante, dessillante, par sa beauté de chaque plan, et l’on se doit de souligner le travail brillant du directeur de la photographie Aleksandr Kniajinski, accessoirement en poste après le licenciement de son confrère Gueorgui Rerberg, contempteur du script. Le vrai Stalker de l’histoire ? Andreï, évidemment, qui veille et surveille, qui dirige, qui égare, qui fait de la physique avec des fruits secs, de la métaphysique avec des physiques de galériens, visez-moi ce crâne rasé, qui relit l’iconographie religieuse, couronne christique comprise, soupçon de dérision en bonus, tout au long d’un périple dépourvu de Dieu, adieu au surnaturel, hors les puissances psychiques déployées en mineur dans la coda décolorée, a priori d’épiphanie, pourtant exempte de Ciel, majuscule optionnelle, jeu de gosse triste et de lignes dynamiques à l’intérieur des quatre murs du solipsisme de chacun(e), précédée par un poème d’amour signé Fiodor Tiouttchev, lyrique classique traduit par Nabokov et chanté par Björk. Et même si, personnellement, je préfère la fresque de Andreï Roublev, les miroitements du Miroir, l’Eurydice stellaire de Solaris, l’Eugenia sudiste de Nostalghia, je pris un réel plaisir à suivre à nouveau, dans une qualité d’image et de son irréprochable, cette compagnie des relous, un salut à Neil Jordan, trinité tout sauf canonisée, sacralisée, d’un illuminé misogyne, d’un artiste impuissant, d’un terroriste pragmatique, je caricature à dessein. Stalker, film majeur de démiurge modeste, continue à envoûter, à dérouter, à convaincre une quarantaine d’années après. Alors risquez-vous à votre tour dans sa mémorable Zone, au carrefour de l’Interzone de Bill Burroughs et de La Terre vaine de Thomas Stearns Eliot, au risque de contempler votre terrible reflet, à la fois proie et prédateur, destructeur et marcheur, bonimenteur et enquêteur – une variation du Dernier des Mohicans de Fenimore Cooper, allusion ironique d’une réplique, une personnification de vrai Stalker à demeure, à la recherche de son propre bonheur, par-delà les zones, les hommes, les heures et les pleurs, en somme. 



À toi qui me lis, à moi qui écris, que nous reste-t-il, en définitive, au bord de l’asphyxie, en marge de nos vies, une fois la séance en soirée achevée, le vain quotidien retrouvé ? Le silence, l’exil, le suicide, la violence, la clairvoyance, la survivance et encore une âme malade méritant un tea time

Jean-Pascal Mattei, 

https://lemiroirdesfantomes.blogspot.com/2020/09/dans-un-jardin-quon-dirait-eternel-ca.html





À l’intérieur d’ouvrages par définition et tradition collectifs, surplombés, transcendés ou non, par une vision individuelle (le cinéma, cet art singulier à plusieurs), sa « petite musique » (mélancolique et humoristique) persiste à résonner, à se manifester, dans une réplique, dans un geste, dans une situation : celle qui ne se prit à aucun moment pour un auteur (au sens auteuriste du terme) réussit à instiller une vraie personnalité dans des métrages obscurs ou renommés, laissant à autrui la vaine guéguerre du scénario contre la réalisation, et inversement – una donna bravissima, si.

Jean-Pascal Mattei, 




" une cavale macabre d’âmes damnées au milieu d’une nation-mausolée démunie de dieu, oui ou non miséricordieux. "



Que la vision du cinéma soit un rythme, c’est-à-dire un mouvement lié à l’absence, cela constitue la première condition qui nous permet d’envisager l’avenir possible du cinéma dialectique, du cinéma forme de l’esprit.

Voici la seule mais immense raison d’être du cinéma : médiateur entre l’esprit et la nature il peut exprimer en mouvement et sous formes sensibles le devenir des formes de l’esprit. Si l’homme lui fixe un jour ce but le cinéma peut devenir un moyen d’expression dont l’« invention » serait presque aussi importante que celle du langage et de l’écriture, exactement le langage plastique.

Ainsi le cinéma, moyen de recherches et d’expériences, deviendrait un mode de connaissance, une forme de l’esprit.


Extraits d’un article de Roger Gilbert-Lecomte, paru en 1933 dans la revue Les Cahiers jaunes, numéro 4, repris en 1974 via les Œuvres complètes, tome I, chez Gallimard :




Mais seule la psychologie des états fera servir toutes les possibilités du cinéma destiné à la représentation visuelle des formes mouvantes de l’esprit.

L’œil de la caméra peut devenir l’œil de l’esprit. Car le mouvement du cinéma peut reproduire celui de l’esprit par rapport au mouvement de la vie grâce à ses variations de vitesse inconnues jusqu’alors aux sens et qui permettent à la conscience de découvrir de nouveaux rythmes.

Aussi l’œil de la caméra peut devenir l’œil du cauchemar, le regard du sorcier, la clef des métamorphoses et saisir le fait lyrique dans son devenir instantané la métaphore poétique dans son essence : au moyen d’une technique minutieuse mais simple (flou, fondu et superpositions) il peut reproduire la mystérieuse transmutation paranoïaque que fait subir l’esprit aux objets dont il découvre soudain l’hallucinante horreur secrète : toutes les visions trop lucides du délire ; le rideau qui devient fantôme ; le crocodile qui se dessine dans la forme d’un arbre, devient réel, mouvant, puis se résorbe dans les lignes du bois, il reste l’arbre ; l’œil du nuage, les visages de ciel dans les branchages, la faune déchirée et hurlante du vent.





Ce lien mystérieux entre les moindres parcelles de la matière et les cieux constitue ce que Swedenborg appelle un Arcane Céleste.
Séraphîta
Honoré de Balzac





Certains processus, certaines formes mouvantes de l’esprit ne se peuvent réduire directement à des images visuelles et sonores. En ce cas le cinéaste pourrait cependant les objectiver sur l’écran grâce à leurs correspondances swedenborgiennes, ou, selon le langage phénoménologiste, grâce à d’autres images appartenant à la même catégorie affective. Il faut alors entendre « catégorie affective » dans le sens de : principe d’unité pour l’esprit dans des représentations différentes qui l’affectent de la même manière ; — généralité non conceptuelle mais sentie ; — coloration, tonalité commune à certaines représentations que le sujet saisit immédiatement comme appartenant à toutes celles de la même catégorie. Un tel symbolisme est le propre de la pensée des primitifs, mais aussi de toute pensée poétique : tout est lié à tout selon un réseau de forces mystérieuses dont l’homme est, sans le savoir la plupart du temps, un centre d’émission et de réception.

















Pasolini by Pasolini



Un chamane, le cinéaste ?





Le cinéma ? Te voilà chez toi, étrange étranger, utopie quantique, exotique, fière et familière, placée sous le signe dédoublé de la mère et de la mer, de la mort et du corps, du sérieux et du jeu, grand à la Daumal, réglé à la Renoir, auquel, (é)perdu, (se re)gagner.






Code de l’honneur, présence de pasteur, orage d’ouverture et pluie salvatrice, barrage explosé, robe empruntée, chute d’eau contournée : sur son vélo privé de pédales, sur ses falaises verticales, Buster Keaton ne se contente pas de co-réaliser l’un des sommets de sa filmographie, qui ridiculise la majorité du cinéma contemporain, pas seulement celui dit d’action, par sa beauté, sa vitalité, sa lucidité, sa tendresse empêchée, sa drôlerie distinguée, inaccessible à la vulgarité, qui, de surcroît, sans efforts, distance la démonstration médiocre d’un Michael Moore (Bowling for Columbine, 2002). Il accomplit mieux, il érige une Americana ludique, œcuménique, en rime inversée à celle, mélancolique, mythique, de La Splendeur des Amberson (Welles, 1942), similaire et différencié retour au lieu de naissance, de décadence, vingt ans après, amitiés aux mousquetaires de Dumas. Ouvrage à la fois collectif et individuel, artisanal et artistique, populaire et personnel, Les Lois de l’hospitalité itou s’apprécie en petit précipité de communauté d’Amérique, de fabrique filmique, tandis que le possessif du titre original paraphe la provenance, la triple appartenance, invitant le souriant spectateur présent à partager un repas précieux.   


Jean-Pascal Mattei, 
Paul Bourgoignie




Silencieux, Lino Ventura ? Éloquent via ses silences, son absence, star taciturne de notre histoire tumultueuse, fantôme désormais immortalisé en ligne, que nous sauvegardons, qui nous survivra, lorsque l’on se taira à notre tour, anonyme, cinéphile, pas amnésique, pas rempli de regrets, juste muet.

Jean-Pascal Mattei, 


Je me souviens de son affirmation sur la légion d’imposteurs au sein de ce métier, bien avant les « professionnels de la profession » chambrés par Godard.

Je me souviens de la lumière écrasante du Maroc et de la partition ténébreuse d’Angelo Francesco Lavagnino pour Othello.
Jean-Pascal Mattei, 


Je me souviens qu’il trouvait les films de Kubrick trop longs et qu’il aimait sincèrement le cinéma de Pagnol (traducteur méconnu de Hamlet), incarné pour l’éternité par Raimu, « l’un des plus grands acteurs au monde » (on confirme).

Je me souviens de lui chez Pasolini, dans l’histoire de fromage picturale et méta de La ricotta.




Je me souviens du piano mécanique et du maquillage canaille de Marlene Dietrich dans La Soif du mal.

Je me souviens du sujet de Monsieur Verdoux finalement réalisé par Chaplin, peut-être son meilleur film, le plus âpre et le plus wellesien, certainement.
Jean-Pascal Mattei, 





Je me souviens de la musique d’Erik Satie et du climat de rêve érotique dans 

Une histoire immortelle.

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Je ne suis pas un « technicien » du cinéma 
mais un « technicien » de l’essentiel je veux dire de l’esprit humain essentiellement.



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Commentaires

Merci beaucoup, Jacqueline, pour cet hommage en forme de montage, voire l'inverse !
Trop peu de temps (et d'envie), d'habitude, pour me relire, toutefois, je le fis cette fois-ci, et avec plaisir, parce que je sais que vous-même vous appréciez ces passages, ces extraits, dans lesquels, je l'avoue, sans fausse modestie, sommet d'hypocrisie, je ne trouve aucun motif de rougir...
Sinon, me voici en compagnie de (Jean-)Pascal, Stendhal, Brel, Perec, Halter, on ne pourrait mieux faire !
Merci, aussi, pour vos images évocatrices, les liens vers mes diaporamas et viva la ravissante Oja Kodar, immortalisée par son Welles séduit, dans une tenue très seventies !
Si le ciné réinvente la mémoire, en effet, que l'écriture, en solitaire ou "à quatre mains", témoigne de notre présent, de notre complicité, allez !
De multiples billets remarquables à découvrir sur votre blog :
des hommages sensibles à l'oeuvre de Julien Duvivier réalisateur,
Nicolas de Staël peintre, Michel Magne compositeur, musicien français et interprète... tant d'autres célébrés au fil de vos billets.
Merci à vous pour tout ce travail sans relâche de passeur de fleuve pour aller là où l'esprit est disponible à la découverte de l'humain.
" Le matin est là quand je m'éveille et que l'aube est en moi... Nous devons apprendre à nous réveiller et à rester éveillés, non par des moyens mécaniques, mais par une attente infinie de l'aurore, qui, dans notre sommeil le plus profond, ne nous abandonnera pas. Je ne connais pas de fait plus encourageant que la capacité de l'homme d'élever sa vie par un effort conscient. C'est quelque chose de pouvoir peindre un tableau précis ou de sculpter une statue et ainsi de créer quelques beaux objets... Mais le plus glorieux des arts est d'affecter la qualité du jour. "
Walden ou La vie dans les bois, Henry David Thoreau.
Belle citation de Thoreau, qui rejoint une autre aurore, celle de Murnau...
Daney se pensait aussi en "passeur"...
Merci à vous, pour le relais, l'amitié, la fraternité, la fidélité...
Et ceci, à vous-même, à nouveau, dédicacé :
http://lemiroirdesfantomes.blogspot.com/2020/10/clash-la-sortie-de-lusine-lumiere-lyon.html?view=magazine
Grand Merci à nouveau pour le bel écho à ...
http://jacquelinewaechter.blogspot.com/2020/10/la-meche-enflammee-dun-regard-celeste.html