mercredi 11 janvier 2012

"Et c’est vous, monsieur, qui allez faire nos ressemblances ?"












d'après "Après la vie" : Gilbert Melki, Dominique Blanc ...

























































































































Réaliser trois films à la fois, 
est ce une façon de montrer que la narration est infinie ?




Lucas Belvaux : Assurément oui !




On peut raconter une histoire à partir d'un couple, 
puis d'un trio, 
puis des personnages secondaires...


C'est ce qu'on fait Balzac, ou Lawrence  Durrell
dans le quatuor d'Alexandrie
( quatre romans publiés entre 1957 et 1960, ndlr).




Chez Balzac, un personnage de nouvelle peut devenir un personnage accessoire d'un autre livre.


Il y a une nouvelle de lui que j'adore, Pierre Grassou.


C'est l'histoire de l'ascension sociale 
d'un peintre médiocre 
qui va devenir le peintre officiel du régime, 
un homme généreux, sympathique, 
qui aide ses amis qui ont du talent et moins de succès.




Tous les bourgeois de l'époque voudront leur portrait 


par Pierre Grassou. 




Des années plus tard, 
dans Le Père Goriot ou La Cousine Bette, je ne sais plus, Balzac décrit 
l'intérieur d'un bourgeois conventionnel.


Soudain, au détour d'une phrase, on lit
"Au mur, son portrait par Pierre Grassou."


Si on n'a pas lu la nouvelle, 
ça ne dit pas grand-chose, mais quand on l'a lue, 
ça devient un vrai plaisir, 


un dialogue entre Balzac et son lecteur à travers le siècle, un clin d'oeil.














extrait d'une interview de Lucas Belvaux  
parue dans la revue Synopsis, janvier février 2003, 

réalisateur de la tribologie filmée :  

Un couple épatant, 
Cavale, 
Après la vie.









































...de la palette, à cause de son importance dans ce drame domestique.   
Avez-vous remarqué comme, dans l’enfance, ou dans les commencements de la vie sociale, nous nous 
créons de nos propres mains un modèle à notre insu, souvent ? 


Ainsi le commis d’une maison de 
banque rêve, en entrant dans le salon de son patron de posséder un salon pareil. S’il fait fortune, ce ne 
sera pas, vingt ans plus tard, le luxe alors à la mode qu’il intronisera chez lui, mais le luxe arriéré qui 
le fascinait jadis. On ne sait pas toutes les sottises qui sont dues à cette jalousie rétrospective, de même 
qu’on ignore toutes les folies dues à ces rivalités secrètes qui poussent les hommes à imiter le type 
qu’ils se sont donné, à consumer leurs forces pour être un clair de lune, Crevel fut adjoint parce que 
son patron avait été adjoint, il était chef de bataillon parce qu’il avait eu envie des épaulettes de César 
Birotteau. Aussi, frappé des merveilles réalisées par  l’architecte Grindot, au moment où la fortune 
avait mis son patron en haut de la roue, Crevel, comme il le disait dans son langage, n’en avait fait ni 
eune ni deusse, quand il s’était agi de décorer son appartement : il s’était adressé, les yeux fermés et la 
bourse ouverte, à Grindot, architecte alors tout à fait oublié. On ne sait pas combien de temps vont 
encore les gloires éteintes, soutenues par les admirations arriérées.   
Grindot avait recommencé là pour la millième fois son salon blanc et or, tendu de damas rouge. Le 
meuble en bois de palissandre sculpté comme on sculpte les ouvrages courants, sans finesse, avait 
donné pour la fabrique parisienne un juste orgueil à la province lors de l’Exposition des produits de 
l’Industrie. Les flambeaux, les bras, le garde-cendre, le lustre, la pendule appartenaient au genre 
rocaille. La table ronde, immobile au milieu du salon, offrait on marbre incrusté de tous les marbres 
italiens et antiques venus de Rome, où se fabriquent ces espèces de cartes minéralogiques semblables à 
des échantillons de tailleurs, qui faisait périodiquement l’admiration de tous les bourgeois que recevait 
Crevel. 


Les portraits de feu madame Crevel, de Crevel, de sa fille et de son gendre, dus au pinceau de 
Pierre Grassou, le peintre en renom dans la bourgeoisie, à qui Crevel devait le ridicule de son attitude 
byronienne, garnissaient les parois, mis tous les quatre en pendants. Les bordures, payées mille francs 
pièce, s’harmoniaient bien à toute cette richesse de café qui, certes, eût fait hausser les épaules à un 
véritable artiste.




















Balzac et Les Parents pauvres.


































































































































































Honoré de Balzac par Jacqueline Waechter




















"Ce qu’il souffrit, la manière dont il vécut pendant le temps de ses études, Dieu seul le sait. Il souffrit autant que souffrent les grands hommes quand ils sont traqués par la misère et chassés comme des bêtes fauves par la meute des gens médiocres et par la troupe des Vanités altérées de vengeance."












Pierre Grassou






Honoré de Balzac


















Honoré de Balzac par Jacqueline Waechter






















Inventer en toute chose, c’est vouloir mourir à petit feu ; copier, c’est vivre.


Après avoir enfin découvert un filon plein d’or, Grassou de Fougères pratiqua la partie de cette cruelle maxime à laquelle la société doit ces infâmes médiocrités chargées d’élire aujourd’hui les supériorités dans toutes les classes sociales; 
mais qui naturellement s’élisent elles-mêmes, et font une guerre acharnée aux vrais talents.











Pierre Grassou






Honoré de Balzac












































 "Il y a gras ! "

















Pierre Grassou







Honoré de Balzac

















































Le veau d’or jeta sur cette famille son reflet fantastique.








Pierre Grassou







Honoré de Balzac


























Honoré de Balzac par Jacqueline Waechter




















"conjugaison du verbe légume 
(je carotte, 
tu asperges, 
il mache, 
nous oignons, 
vous chicorée, etc.)"










une page de titre (Lov. A 202, f° 5


















































 Mais admirez le bonheur des gens qui ont de l’ordre ?




 S’il avait tardé, Grassou, 


surpris par la Révolution de Juillet, n’eût pas été payé.














Pierre Grassou







Honoré de Balzac












































A trente-sept ans, Fougères avait fabriqué pour Elias Magus environ deux cents tableaux complètement inconnus, mais à l’aide desquels il était parvenu à cette manière satisfaisante, à ce point d’exécution qui fait hausser les épaules à l’artiste, et que chérit la bourgeoisie. Fougères était cher à ses amis par une rectitude d’idées, par une sécurité de sentiments, une obligeance parfaite, une grande loyauté ; s’ils n’avaient aucune estime pour la palette, ils aimaient l’homme qui la tenait. — Quel malheur que Fougères ait le vice de la peinture ! se disaient ses camarades. Néanmoins Grassou donnait des conseils excellents, semblable à ces feuilletonistes incapables d’écrire un livre, et qui savent très-bien par où pèchent les livres ; mais il y avait entre les critiques littéraires et Fougères une différence : il était éminemment sensible aux beautés, il les reconnaissait, et ses conseils étaient empreints d’un sentiment de justice qui faisait accepter la justesse de ses remarques.
















Pierre Grassou







Honoré de Balzac












































La pitié 




élève autant de médiocrités 


que l’envie 




rabaisse de grands artistes.














Pierre Grassou







Honoré de Balzac













































On connaît des médiocrités plus taquines et plus méchantes que celle de Pierre Grassou qui, 
d’ailleurs, est d’une bienfaisance anonyme 
et d’une obligeance parfaite.








Pierre Grassou



Honoré de Balzac







Paris, décembre 1839.
























































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