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| d'après "Après la vie" : Gilbert Melki, Dominique Blanc ... |
Réaliser trois films à la fois,
est ce une façon de montrer que la narration est infinie ?
Lucas Belvaux : Assurément oui !
On peut raconter une histoire à partir d'un couple,
puis d'un trio,
puis des personnages secondaires...
C'est ce qu'on fait Balzac, ou Lawrence Durrell
dans le quatuor d'Alexandrie
( quatre romans publiés entre 1957 et 1960, ndlr).
Chez Balzac, un personnage de nouvelle peut devenir un personnage accessoire d'un autre livre.
Il y a une nouvelle de lui que j'adore, Pierre Grassou.
C'est l'histoire de l'ascension sociale
d'un peintre médiocre
qui va devenir le peintre officiel du régime,
un homme généreux, sympathique,
qui aide ses amis qui ont du talent et moins de succès.
Tous les bourgeois de l'époque voudront leur portrait
par Pierre Grassou.
Des années plus tard,
dans Le Père Goriot ou La Cousine Bette, je ne sais plus, Balzac décrit
l'intérieur d'un bourgeois conventionnel.
Soudain, au détour d'une phrase, on lit
"Au mur, son portrait par Pierre Grassou."
Si on n'a pas lu la nouvelle,
ça ne dit pas grand-chose, mais quand on l'a lue,
ça devient un vrai plaisir,
un dialogue entre Balzac et son lecteur à travers le siècle, un clin d'oeil.
extrait d'une interview de Lucas Belvaux
parue dans la revue Synopsis, janvier février 2003,
réalisateur de la tribologie filmée :
Un couple épatant,
Cavale,
Après la vie.
...de la palette, à cause de son importance dans ce drame domestique.
Avez-vous remarqué comme, dans l’enfance, ou dans les commencements de la vie sociale, nous nous
créons de nos propres mains un modèle à notre insu, souvent ?
Ainsi le commis d’une maison de
banque rêve, en entrant dans le salon de son patron de posséder un salon pareil. S’il fait fortune, ce ne
sera pas, vingt ans plus tard, le luxe alors à la mode qu’il intronisera chez lui, mais le luxe arriéré qui
le fascinait jadis. On ne sait pas toutes les sottises qui sont dues à cette jalousie rétrospective, de même
qu’on ignore toutes les folies dues à ces rivalités secrètes qui poussent les hommes à imiter le type
qu’ils se sont donné, à consumer leurs forces pour être un clair de lune, Crevel fut adjoint parce que
son patron avait été adjoint, il était chef de bataillon parce qu’il avait eu envie des épaulettes de César
Birotteau. Aussi, frappé des merveilles réalisées par l’architecte Grindot, au moment où la fortune
avait mis son patron en haut de la roue, Crevel, comme il le disait dans son langage, n’en avait fait ni
eune ni deusse, quand il s’était agi de décorer son appartement : il s’était adressé, les yeux fermés et la
bourse ouverte, à Grindot, architecte alors tout à fait oublié. On ne sait pas combien de temps vont
encore les gloires éteintes, soutenues par les admirations arriérées.
Grindot avait recommencé là pour la millième fois son salon blanc et or, tendu de damas rouge. Le
meuble en bois de palissandre sculpté comme on sculpte les ouvrages courants, sans finesse, avait
donné pour la fabrique parisienne un juste orgueil à la province lors de l’Exposition des produits de
l’Industrie. Les flambeaux, les bras, le garde-cendre, le lustre, la pendule appartenaient au genre
rocaille. La table ronde, immobile au milieu du salon, offrait on marbre incrusté de tous les marbres
italiens et antiques venus de Rome, où se fabriquent ces espèces de cartes minéralogiques semblables à
des échantillons de tailleurs, qui faisait périodiquement l’admiration de tous les bourgeois que recevait
Crevel.
Les portraits de feu madame Crevel, de Crevel, de sa fille et de son gendre, dus au pinceau de
Pierre Grassou, le peintre en renom dans la bourgeoisie, à qui Crevel devait le ridicule de son attitude
byronienne, garnissaient les parois, mis tous les quatre en pendants. Les bordures, payées mille francs
pièce, s’harmoniaient bien à toute cette richesse de café qui, certes, eût fait hausser les épaules à un
véritable artiste.
Balzac et Les Parents pauvres.
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| Honoré de Balzac par Jacqueline Waechter |
"Ce qu’il souffrit, la manière dont il vécut pendant le temps de ses études, Dieu seul le sait. Il souffrit autant que souffrent les grands hommes quand ils sont traqués par la misère et chassés comme des bêtes fauves par la meute des gens médiocres et par la troupe des Vanités altérées de vengeance."
Pierre Grassou
Honoré de Balzac
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| Honoré de Balzac par Jacqueline Waechter |
Inventer en toute chose, c’est vouloir mourir à petit feu ; copier, c’est vivre.
Après avoir enfin découvert un filon plein d’or, Grassou de Fougères pratiqua la partie de cette cruelle maxime à laquelle la société doit ces infâmes médiocrités chargées d’élire aujourd’hui les supériorités dans toutes les classes sociales;
mais qui naturellement s’élisent elles-mêmes, et font une guerre acharnée aux vrais talents.
Pierre Grassou
Honoré de Balzac
"Il y a gras ! "
Pierre Grassou
Honoré de Balzac
Le veau d’or jeta sur cette famille son reflet fantastique.
Pierre Grassou
Honoré de Balzac
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| Honoré de Balzac par Jacqueline Waechter |
"conjugaison du verbe légume
(je carotte,
tu asperges,
il mache,
nous oignons,
vous chicorée, etc.)"
une page de titre (Lov. A 202, f° 5
Mais admirez le bonheur des gens qui ont de l’ordre ?
S’il avait tardé, Grassou,
surpris par la Révolution de Juillet, n’eût pas été payé.
Pierre Grassou
Honoré de Balzac
A trente-sept ans, Fougères avait fabriqué pour Elias Magus environ deux cents tableaux complètement inconnus, mais à l’aide desquels il était parvenu à cette manière satisfaisante, à ce point d’exécution qui fait hausser les épaules à l’artiste, et que chérit la bourgeoisie. Fougères était cher à ses amis par une rectitude d’idées, par une sécurité de sentiments, une obligeance parfaite, une grande loyauté ; s’ils n’avaient aucune estime pour la palette, ils aimaient l’homme qui la tenait. — Quel malheur que Fougères ait le vice de la peinture ! se disaient ses camarades. Néanmoins Grassou donnait des conseils excellents, semblable à ces feuilletonistes incapables d’écrire un livre, et qui savent très-bien par où pèchent les livres ; mais il y avait entre les critiques littéraires et Fougères une différence : il était éminemment sensible aux beautés, il les reconnaissait, et ses conseils étaient empreints d’un sentiment de justice qui faisait accepter la justesse de ses remarques.
Pierre Grassou
Honoré de Balzac
La pitié
élève autant de médiocrités
que l’envie
rabaisse de grands artistes.
Pierre Grassou
Honoré de Balzac
On connaît des médiocrités plus taquines et plus méchantes que celle de Pierre Grassou qui,
d’ailleurs, est d’une bienfaisance anonyme
et d’une obligeance parfaite.
Pierre Grassou
d’ailleurs, est d’une bienfaisance anonyme
et d’une obligeance parfaite.
Pierre Grassou
Honoré de Balzac
Paris, décembre 1839.




















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