lundi 31 octobre 2011

Manèges pour un Yo-Yo en bois des Iles Canaries.






































































Combien cela lui avait-il pris de temps pour se rendre compte?  
Il y avait ce souvenir bizarre qui lancinait comme feu de Bengale  dans sa tête, qui réunissait pêle-mêle, une queue de tigre à pompons multicolores, un sac en papier cristal plein à craquer de cacahuètes grillées caramélisées, et une sorte d'étrange yo-yo en bois peint tout doré. 
Ce dont il était certain, c'était de n'avoir jamais su vraiment s'amuser avec le yo-yo. L'objet, à la fois le fascinait et lui avait vite encombré les mains, l'empêchant de piocher allègrement dans le paquet de friandises, attiré qu'il était par le suave parfum sucré qui le sommait si intimement de céder à son penchant pour la gourmandise, 
il avait éprouvé ce jour là,
une sorte de faim et une soif inextinguibles.




Pourtant c'était comme si il revivait des souvenirs qui ne lui allaient pas, engoncé dans des habits qui n'étaient pas les siens, il se voyait  comme électrisé de désirs, participant à une sorte de fête à Neu Neu, située dans le temps des années trente, son souvenir était précis, couleur de guimauves, de flonflons, de chapeaux cloches, de gomina et de serpentins, il participait à une Fête foraine aux Invalides à Paris !












C'était un peu déstabilisant, troublant plutôt, car

enfant, il n'habitait pas Paris, 
il ne s'était jamais intéressé à l'histoire de cette ville, 
sauf pour ce qui concernait le travail, 
il rêvait rarement, souvent il ne se souvenait de rien, 
il ne comprenait pas, il se sentait dépassé par quelque chose d'invisible, c'était fort désagréable;
et surtout, en ce qui le concernait, si inhabituel.















Il avait, tout d'un coup, eu la drôle d'impression de prendre conscience de manière globale, et il était obligé d'admettre que cela le dérangeait, qu'il n'aimait pas cela du tout. 
Il avait pourtant le caractère souple, le goût pour les choses carrées, de la nouveauté, il choisissait ses amis parmi des gens posés. Il aimait creuser un sujet, à la manière d'un spécialiste, il pouvait se montrer particulièrement méticuleux, et rien jusque là ne l'avait véritablement perturbé, malgré quelques contrariétés,  dans ses projets. Il était habile, obtenait des résultats, c'était confortable, gratifiant, calculé
et somme toute, mérité.








N'empêche que, malgré les signes extérieurs de parfaites intégrations et de réussite sociale, il n'en ressentait pas moins, depuis quelque temps certain malaise, qu'il n'expliquait pas, 
car si un ulcère à l'estomac intempestif l'avait chagriné certains temps, il venait d'en sortir victorieux, guidé dans la guérison par son meilleur ami médecin, qui était également directeur d'un service d'hôpital prestigieux. Et c'était comme un trophée de plus accroché au tableau de chasse du baroudeur des affaires. A quoi cela servait- il de chercher à comprendre quelque chose au-delà du factuel ? Rien ne pourrait traduire cette sorte de béance qu'il essayait en vain de combler, cette sorte de faille qui, malgré tous ses efforts, innommable, se rouvrait comme une plaie, cette chose tiraillante et sournoise qui ne pouvait même pas être sondée, se dérobait en permanence. 






Toute son habileté avait consisté en un art de faire semblant, un maquillage discret, une élégance à ne pas voir, à fortiori à souvent excuser l'entourage qui faisait de même, avec juste suffisamment de raffinement et de dialectique assaisonnée de petites phrases qui permettaient de donner le change, de passer ainsi pour ...
un discret humaniste compréhensif. 
Libéral, il l'était, jusqu'à un certain point, c'est à dire pour résumer jusqu'à la moelle de toutes choses, en osmose avec les lois du marché. Gare à ceux ou celles qui ne rentraient pas dans le moule, pour lui c'était un sujet simple, ils étaient des ratés, il n'osaient pas, il les assimilait en pensée à des rats, il avait toujours eu en horreur l'idée même de se voir obligé de ramper, il lui fallait  sans cesse revaloriser ce qui était naturel, car ce n'était jamais assez purifié,  jamais assez quantifiable, échangeable, comparable, il adorait équilibrer des formules, comme seul un véritable chimiste, roi en son domaine. Il adorait les traitements au laser.




Il y avait donc, en ce qui concernait sa vision de la vie et des gens, un monde à part, une masse considérable de ratés et de pauv' types, qui ne se dissociaient les uns des autres que parce que les premiers ne tiraient rien de leur statut de "minables", tandis que les autres se contentaient de rentrer la tête dans les épaules pour des gratifications tout juste suffisantes à continuer à prolonger le système de manière profitable aux manipulateurs, en jettant de la poudre aux yeux.
Diviser pour régner, c'était déjà pour la catégorie de ceux qui ont accés au code source,  et il avait toujours su s'arranger pour faire partie du club des leaders, il s'assimilait encore à merveille à ces jeunes fringants bien nippés, plein d'avenir, sous certaines conditions, il en avait fait partie, désormais également il les formait, il leur fallait vite piger le truc, savoir agiter le public en ce qu'il peut être assimilable au bas peuple, le secouer avant de s'en servir.


Il avait réussi à connaitre les portes dérobées, altérer la formulation sans corriger l'idée de liberté, si on ne connaissait pas le programme, on ne pouvait en avoir le contrôle; 
puisque la notion de service devenait la valeur d'avenir, tout devenait transparent, l'idée de l'empire d'entreprise, cela donnait lui des ailes, il aimait à montrer qu'on  pouvait se sentir fort, rien qu'en faisant partie du cénacle des adorateurs du dogme, c'était devenu une sorte de credo, il ne pouvait même pas imaginer sa vie d'avant, encore moins celle des autres, il voyait tout par paravent.




Il pensait qu'il n'y avait que des vainqueurs méritants, qu'une sorte de loi cachée faisait que certains étaient malgré eux éjectés de la scène animée des gagnants, que d'autres étaient miraculeusement chanceux, ainsi pour lui, tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes, il ne se sentait responsable de rien, c'était ce qu'il pouvait rêver vivre de mieux.





Et c'est ainsi qu'il continuait à gravir les marches de l'escalier du rêve accompagné par une baguette magique, rien ne semblait pouvoir stopper cette irrésistible ascension, rien si ce n'est peut-être qu'il avait la rancune tenace.

Il avait tout adapté, modifié à loisirs le moindre détail des aspects de sa vie, uniquement dans le but d'être plus efficace, il avait divorcé, s'affichait en compagnie des plus beaux modèles de voitures de luxe, avec à sa gauche des tops du jour, il lui fallait faire vite, mettre au net et de manière efficace, quitte à être de plus en plus vulgaire, ce qui dans ce système de valeurs inversées équivalait  à ajouter sans cesse de l'essence sur le feu de l'action: 
être manichéen, c'était quelque part faire preuve de pragmatisme, on perdait ainsi moins de temps, et le temps c'était sacrément cher :
de toute manière, on ne pourrait jamais rembourser à qui de droit la vie qui nous avait été donnée, 
alors puisque c'était peine perdue, pourquoi se gêner...








Tout chez lui était high tech, tout se devait être toujours plus performant, sous peine de disparaitre définitivement.
Il avait même prévu tout ce qui concernait le financement de la technologie nécessaire à organiser sa "résurrection" après la mort.






Il avait donc accepté avec joie de participer, en pionnier, 
à l' "Expérience", 
ce qui devait lui permettre de décupler les forces de son mental, 
et garantir sa place aux premières loges dans le vaisseau théâtral de la vie éternelle intersidérale.








Selon les récentes études validées par ses amis ingénieurs, physiciens et neurologues  dans des firmes qu'il sponsorisait, chercheurs à la tête de plusieurs  puissants instituts situés dans divers pays développés, leurs dernières avancées dans les spécialités adéquates formaient de véritables brèches dans les découvertes communément admises, concernant le consentement et l'activation cérébrale.


Il était  désormais prouvé qu'il n'était pas à la hauteur de son potentiel. Il lui fallait donc oeuvrer à se mettre rapidement en adéquation, car il pensait fermement que "qui stagne ralentit" au vu de certains qui prennent de l'avance....
Il croyait à la valeur travail toute bénéfique du progrès. Il lui fallait donc révéler ses dons encore enfouis, gommer tout ce qui pourrait encore entraver son envol professionnel, personnel et médiatique...Il croyait à des débuts sans fin...












Il ne savait  toujours pas ce qui c'était produit, rien n'avait filtré, il parait qu'il était resté des jours dans un coma profond...
Il s'était réveillé, rendormi, puis il avait eu la douloureuse impression d'avoir rétréci dans un monde en expansion,
il avait senti quelque chose qui coinçait, et ce quelque chose lui modifiait le timbre de la voix.






L'air avait un goût de fête trop belle pour être joyeuse, il y avait de la lumière, des musiques plein la tête, il était attiré par tout un tas de choses qui le tentaient, mais qui dès qu'il s'en approchait, elles se dérobaient et s'éloignaient de lui à une vitesse jusque là jamais imaginée en ses pires cauchemars,
tout était brillamment aspiré dans des vapeurs soufrées. 




Tout lui semblait malléable, étincelant, métallique, et puis, après un silence immense, soudain la musique des cuivres reprenait, se condensait, concentrée en un unique bruit sourd,  alors il sentait des miriades de trépidations l'envahir, puis de nouveau plus rien. Le goût des sucreries et des gâteaux devenait presque soporifique, l'engourdissait, il lui semblait tourner sans fin sur un socle tout argenté, au vu et au su de tout le monde, quasi nu. 
Les couleurs n'étaient plus que des taches hypnotiques ruisselantes de lumières transperçantes, qui effaçaient son corps en un flot ininterrompu de rafales spiralées.





Il avait voulu monter sur le plus beau cheval cabré, un pur sang luisant et sombre, avec un tapis de selle tout doré, mais un autre l'avait devancé, en lui marchant sur le pied et en lui envoyant un coup de coude, ce qui lui avait tenu quelque instant le souffle coupé.
Il avait bien tenté de sourire, par bravade, tout d'abord en direction d'une femme au visage rebondi, dont le satin du corsage tendu par de globuleuses formes laiteuses à la senteur de tubéreuse et de violettes mélangées lui semblaient si réconfortantes:  il lui avait tendu la main pour obtenir de l'aide, et elle l'avait allongé dans une sorte de carrosse de bois stuqué tout serti de pierres précieuses rutilantes, qui sentait le vernis frais. Il était resté là un peu sonné, et il regardait les autres gamins se disputer la trépidante queue du tigre agrémentée de pompons qui s'agitaient au dessus d'eux. Il entendait les adultes encourager tandis que le manège tournait, l'exercice semblait avoir pour but de "forger le caractère",..











Il enrageait, il voyait celui qui lui avait piqué sa place sur le cheval décrocher la queue fétiche, à ce moment là d'un bond, profitant qu'à ce moment précis, la patronne du manège lui tournait  le dos, il lui avait suffi de le renverser habilement en l'embrassant en même temps sur la joue,  pour rafler plus facilement la queue pomponnée, gagnant par le fait, et le sachet de bonbons enveloppés de papiers sulfurisés aux figures colorisées et le  yo-yo en bois des iles canaries qui faisait office de gros lot.










Il était retombé aussi vite  qu'il avait pu dans son carrosse et avait entamé un nouveau tour de manège, accompagné d'un autre enfant attiré à partager une tournée de rêves dans le carrosse du gagnant,
espérant par le fait le partage de quelques friandises,




bizarrement, il était vidé, insatisfait et fier à la fois, 
il avait eu sa sensation... 






et demain tout serait à recommencer.









































































































dimanche 30 octobre 2011

Par le Truchement de l'Intermittence...























































Par le vide de contiguïté à l'espace discontinu


































Par le jeu de roulements solitaire d'Univers 






























Par l'expression de la trajectoire 
en son mouvement circulaire ad libitum
Par le quantum de temps de la dimension minimum


































Par l'air respiré,  fondure de discontinu


Par l'apparence fermée, la mue

Par l'ombre de toute chose en bas




























Par l'effet, enfant de la balle
Par la rotation déballant l'aspect du disque continu










Par la sacrée inquiétude musicale, garde de la nuit nue, 






































Par le doux zéphyr du monde
Par la volée de bois du temps vert 
Par la céleste queue d'aronde






































Par le refuge flatteur en ouverture des Cieux adoucis




































Déluge, Epine fleurie, 



























































Par le triangle des luges de plaisirs d'en tant
Par les précipices aux Marais des sorts, le petit navire
Par les ravages tournesolés d'ors virant au blanc










Par les torrents tortueux sous-jacents au trône de cristal ! 























































































Par la lumière du haut noir
là où aucune agitation ne colore
Par le blanc en vibration totale qui sonne
Par le noir virant au bleu avaloir
Par le rouge pont carré du temps près sang
Par l'un décliné au feu de l'air d'un battement






Par l'air en personne 








Par l'invisible et le sans saveur











































Par la 

Marque
Par le  lieu, par l'arc
Par la direction du temps, 

Par la dimension
Par la manière de l'ordre de la distribution 



























































Ainsi, de facto, 









Dès lors,
Donc,
Dorénavant, 

Par raccroc,













Par avance,
Par degrés,
Par hasard, 








Part d' intermittence, 












Sur Plis...p'Art...






























Physique poétique imagée par Jacqueline Waechter
















































































samedi 29 octobre 2011

Par la Grâce de Lamoureux Merveilleux Langage Fleuri!















































"Je n'aime que toi petite fleur des champs."





































La septième compagnie au clair de lune










Robert Lamoureux

















































































Histoire des Roses, 







Quand à la fin d'un très bon repas
Les invités demandent à Papa 

d'chanter quequ'chose
Sur la table s'appuyant d'une main

Papa chante un air très ancien
"Histoire de roses"

C'est une chanson très compliquée
Y a quatre refrains et quatre couplets sans une seule pose
Comme Papa s'en rappelle pas bien
Maman lui souffle derrière la main
Timide et rose....



C'est une chanson de 1900
Y'a une fille qui meurt à vingt ans
De tuberculose, son père qui est aux PTT
Chaque jour, sur sa tombe, va porter, 

des gerbes de roses...



L' frère de Papa, mon oncle Léon
dit qu'à cett' époque là, les chansons
C'était 
quequ'chose !
Comme Papa s'en rappelle pas bien
Maman lui souffle, derrière la main 





"Timide et rose"...





Je les revois tous deux dans l'temps
Papa tenant par le bras Maman
Timide et rose
Fredonnant déjà cette chanson
Dans la p'tite île de Robinson
Qu'a vu tant d'choses,
Maman m'a dit, ton père d'ailleurs
N'a jamais pu l'apprendre par coeur
Et c'est la cause, pour laquelle je l'ai épousé
Sans moi, il pourrait pas chanter
L'histoire des roses....





Moi depuis l'temps qu' je les connais 

Mes parents, quand la dispute naît,
Pour pas grand chose
J'prends mon air le plus innocent
Et je commence en me trompant
L'histoire des roses...
Papa me reprend, et continue
Jusqu'à l'endroit qu'y s'rappelle plus
Et porte close
La paix revient dans la maison
Quand Maman finit la chanson
"Timide et rose"



Maintenant j'connais cette chanson là
Mais à l'endroit où s'trompe Papa
Quelle drôle de chose,
Moi non plus j'me rappelle pas bien
Quelles sont les deux phrases de la fin
Et c'est la cause,
Pour laquelle j'me fais du souci
Et j'attends d'trouver moi aussi
Timide et rose
Une fille qui voudra, pour la vie
M'aider à dire comment finit
L'histoire des roses.















Paroles et Musique: Robert Lamoureux   1950 © Polydor autres interprètes: Patachou (1950), 
Renée Lamy, 
Lucette Raillat



Hommage à Robert Lamoureux
Lamoureux du Rire aux Larmes...
Jacqueline Waechter.