"...comme si la plénitude de l'âme ne débordait pas quelquefois par les métaphores les plus vides,
puisque personne, jamais, ne peut donner l'exacte mesure de ses besoins, ni de ses conceptions,
ni de ses douleurs, et que la parole humaine est comme un chaudron fêlé où nous battons des mélodies à faire danser les ours,
quand on voudrait attendrir les étoiles. "
Madame Bovary
deuxième partie, Chapitre 12
Gustave Flaubert
(...) et,
quand les Yonvillais eurent tous entendu son histoire
d'arsenic qu'elle avait pris pour du sucre,
en faisant une crème à la vanille...
Madame Bovary
Gustave Flaubert
Les Cinq Dernières Minutes.
Dans le pétrin
Une étrange épidémie frappe la population, une mystérieuse vague d'empoisonnements...
- Scénaristes : Jean Boulard et Jacques Pierroux, adaptation de Claude Santelli
- Dialoguiste : Claude Santelli
- Réalisateur : Claude Loursais
- Première diffusion : 18 septembre 1959 sur la première chaîne de la RTF
avec la participation des habitants de Ventabren
(Cela se passait à Saint-Saturnin...)
Le Coiffeur : Et il a avoué?
- Le boulanger Maresquier C'est tout comme.
- Le Coiffeur (au pharmacien qui entre dans sa boutique) Tiens, combien de malades ?
- Le Pharmacien Peyrolles 15 , aux dernières nouvelles.
- Le Coiffeur Belle journée pour les pharmaciens, tiens, Monsieur Peyrolles !
- Le Pharmacien Peyrolles Ah vous pouvez le dire, je n'ai pas dormi de la nuit,
je suis pas lavé, je suis pas rasé...
- Le Coiffeur Cela va être bientôt votre tour.
- Le Pharmacien Peyrolles Depuis minuit je passe mon temps à distribuer des vomitifs
et des contre poisons, hum, je profite d'un petit répit, entre deux vagues d'assaut.
- Le Coiffeur Parait que le facteur va y passer...
- Le Fossoyeur Le facteur ? Mais je viens de lui parler !
- Le Coiffeur- Hé T'oses pas te réjouir trop tôt, t'es fossoyeur ...
- Le Fossoyeur : Moi , non mais j'ai rien dit !
- Eh tu dis rien, tu dis rien, mais tu en penses pas moins.
La clientèle commençait à manquer à Saint-Saturnin...il était temps que ça change,
avoue le, avec ta vieille bicoque qui tombe en ruine.
- Le Fossoyeur- : Mais c'est des menteries, j'ai jamais...
- Le Pharmacien Peyrolles : Allez, allez, laissez le dire Monsieur Tibaut, là, ha; tout le monde sait bien que dans notre métier, vous et moi, depuis quelque temps, on étaient pas gâtés,
j'en étais réduit à vendre des vermifuges et de l'huile de foie de morue, et encore les jours de marchés, hé hé, vous parlez d'une existence, non dans un village quand y a pas de malade,
c'est pas humain, hé, le plus beau climat de France ! ça fait bien sur les affiches de tourisme ça!
mais nous, ça fait pas nos affaires !
- Le coiffeur Toujours le mot pour rire, ce Monsieur Peyrolles .
- Le Pharmacien Peyrolles Mais je ne plaisante pas, j'avais même songé à créer un syndicat des oubliés, 'avé' le médecin, le marchand de couronnes et mon ami le fossoyeur. Hé j'imagine qu'y en a un de nous qui allumait un cierge à la Madone pour que le destin s'occupe un peu de nos affaires.
- Le Coiffeur Et vous euriez même peut-être mis un peu la main, hein Monsieur Peyrolles?
- Le Pharmacien Peyrolles Moi ? Oh vous savez j'ai assez de poisons dans mon officine pour alimenter, si j'ose dire, toute la commune, avis aux amateurs !
(en même temps, on entend le fossoyeur : Oh, oh )
- Le Coiffeur : Ne dites pas cela devant l'inspecteur, il est capable de vous croire !
- Le Pharmacien Peyrolles : Monsieur l'inspecteur Dupuis est en vacances !
- L'inspecteur Dupuis Oui si on peut appeler ça des vacances.
- Le Pharmacien Peyrolles Mais qu'est ce que vous avez Monsieur Dupuis ?
ça n'a pas l'air d'aller.
Vous aussi ?
- L'inspecteur Dupuis Oui... Oui moi aussi !
- Le Pharmacien Peyrolles Un mal qui répand la terreur,
est ce que je peux vous offrir mes petits services Monsieur l'inspecteur ?
- L'inspecteur Dupuis Non merci, j'espère que ce sera pas grave.
- Le Fossoyeur Le facteur, ça a commencé comme ça, il avait un peu mal au ventre et puis à c't heure !
- Le coiffeur Oh à cette heure, c'est toi qui te demandes ce qui va t'arriver en te tâtant le gésier, tiens, c'était pourtant ton grand ami le boucher, vous faisiez la partie tous les soirs,
tu as peur qu'il t'aie filé une mauvaise carte ?
Déjà que tu avais l'habitude de faire le mort.
- Le Fossoyeur : Parle pas trop vite, tus sais pas ce qui t'attend !
- Le coiffeur Oh moi je m'en fous, je suis végétarien.
Et votre ami Bourrel, qu'est ce qu'il en pense de tout ça?
- L'inspecteur Dupuis Oh rien, oh....
- Le coiffeur Il a pas un peu envie de venir mettre son nez dans cette affaire ?
- L'inspecteur Dupuis Bourrel ? Oh pas question. J'ai pas envie de me faire engueuler, car c'est moi qui lui ait conseillé de venir passer dans ce patelin des vacances paisibles,
oui je lui ai même loué une maison à deux kilomètres d'ici pour qu'il soit pas dérangé.
- Le coiffeur Eh bien vous avez bien choisi, tout ce qui risque votre ami, si on fourre le boucher en tôle, c'est de mettre la ceinture.
- L'inspecteur Dupuis Oh, il maigrira un peu cela lui fera du bien.
- Le Coiffeur En tous cas si ya ps de boucher, les gens mangeront encore plus de pain.
Qu'est ce que vous en dites Monsieur Maresquier?
- Le boulanger Maresquier Moi je dis que cela ne me fait pas rire !
- Le Coiffeur Ah ça vous savez on en dit que ...
- Le boulanger Maresquier Je dis que y en a, ils ont que ce qu'ils méritent.
- Le Coiffeur Ah ça c'est pas faux, c'est vrai que vous l'aimez pas beaucoup le Rouzaud.
- Le boulanger Maresquier Je me souviens de ce qu'il m'a fait y a pas deux ans.
- Le coiffeur Oh...Oh c'est vrai , je m' rappelais plus de cette histoire là.
- Le boulanger Maresquier Ben moi, j'ai pas oublié, quand il voulait faire croire que je trafiquais avec ma farine, que 'empoisonnais tout le pays, hein, cela lui va bien, tiens maintenant.
- Le coiffeur Personne ne vous dit le contraire, Monsieur Albert.
- Le boulanger Maresquier Ah vous dites cela maintenant,
mais à cette époque là, vous étiez tous à crier après mes chausses,
j'étais tout seul, on m'appelait l'étranger, l'assassin!
- Le Coiffeur Ben on vous connaissait pas Monsieur Albert.
- Le boulanger Maresquier Tout ça c'est jalousie et compagnie.
- Le coiffeur Et de quoi donc qu'y seraient jaloux ?
- Le boulanger Maresquier De rien.
- Le coiffeur Ah Ah...Non Vous paierez la semaine prochaine Monsieur Albert, oui oui.
Le boulanger Maresquier s'en allant : Messieurs...
- Le coiffeur Vous avez entendu ?
- L'inspecteur Dupuis Qu'est ce qu'il veut dire ?
- Le Coiffeur Faites pas attention, c'est un grincheux !.
- Le Pharmacien Peyrolles Alors, vous me rasez ?
- Le Coiffeur : Est ce que je me rase moi ?
Allez venez, va !
- L'inspecteur Dupuis Hé qu'est ce qui parle de jalousie là ,
- Le Fossoyeur Pardi il veut parler de sa femme....
- L'inspecteur Dupuis Sa femme ?
- Le Fossoyeur Oui
- Le Pharmacien Peyrolles La belle Madame Catherine Maresquier, vous ne la connaissez ps ?
Dommage !
- L'inspecteur Dupuis Ah j'ai entendu parler, et alors ?
- Le Coiffeur Et alors? Quand le père Esquirol est mort, l'ancien boulanger, le
Rouzaud, il s'est mis à tourner autour de la fille qui était juste en age de se marier, il est malin le Rouzaud, il faisait coup double,
il avait la plus belle fille du pays et les deux boutiques,
le pain et la viande,
avec ça, c'était le caïd de Saint-Saturnin.
- L'inspecteur Dupuis Et ça n'a pas marché ?
- Le Coiffeur De justesse, les bancs allaient être publiés, quand le Maresquier a débarqué un beau matin, c'était le fils d'un riche minotier quelque part du côté de Nantes,
et Angèle a eu vite fait de flairer que la minoterie, c'était mieux que la boucherie...!
- Le Fossoyeur : Et Catherine l'a épousé.
- L'inspecteur Dupuis Ah.
- Le Coiffeur Et au trot même,
vu que la mère Angèle avait poussé un peu trop à la roue
et qu'il y avait déjà un petit boulanger qui s'annonçait , ha ...ha...
- Le Pharmacien Peyrolles Oh oui un peu vite même parce que les minoteries, elles ont eu le mauvais goût de faire faillite quelques temps après.
- L'inspecteur Dupuis Eh, et Catherine ?
- Le Coiffeur Catherine ? Eh ben elle s'est consolée !
D'ailleurs elle adore ça !
- L'inspecteur Dupuis Elle adore quoi ?
- Le Coiffeur : Se faire consoler, ah mais c'est pas elle qui risque de rester seule au monde, la Catherine, c'est le contraire d'un porc- épic , elle est pas comme son mari !
- L'inspecteur Dupuis Et c'est pour ça qu'il en veut au boucher ?
- Le Fossoyeur Ben y a de quoi, et pis quand le boucher est devenu maire, ça a recommencé, toutes les tracasseries qu'il a pu inventer pour l'embêter, tu te souviens d'une contravention chaque fois qu'on lui livrait de la farine, sous prétexte qu'il encombrait le trottoir,
et les fosses d'aisance qui étaient jamais vidées de son côté, toujours après les autres, ah on s'en étonnait Hum ça sent pas bien bon du côté de chez le boulanger,
oh c'est pas sain cette boutique...!
Ah, y en a fait voir !
- Le Pharmacien Peyrolles Tout ça c'est de l'histoire ancienne, mon cher inspecteur,
mais y a des histoires bien plus modernes
et bien plus visibles qui ne semblent pas trop le déranger , notre ami le boulanger.
Un habitant du village entre dans la boutique :
Monsieur Peyrolles, venez vite Monsieur Peyrolles, on trouve pas de médecin!
- Le Pharmacien Peyrolles Qu'est ce qui se passe ?
...le boucher !!!!
- Le Pharmacien Peyrolles Quoi le boucher ?
- Il a été pris d'un malaise, il se roule par terre !
- Monsieur Rouzaud ?
Venez vite !
- Le Coiffeur Rouzaud ? Alors là je n'y comprends plus rien !
- L'inspecteur Dupuis : Dites donc, coiffeur, j'ai bien peur que ça ne tourne mal, même
pour les végétariens !
Γλῶσσα γάρ οἰκεῖ ὅπου ὁ κουρεὺς :
La langue habite là où il y a un coiffeur
Épisode 12 : Dans le pétrin
- Numéro : 12 (1-12)
- Durée : 64 minutes
- Scénaristes : Jean Boulard et Jacques Pierroux, adaptation de Claude Santelli
- Dialoguiste : Claude Santelli
- Réalisateur : Claude Loursais
- Première diffusion :
France : 18 septembre 1959 sur la première chaîne de la RTF
- Invité(es) : Georges Geret (le boulanger Maresquier), Micheline Luccioni (Catherine Maresquier), Henri Crémieux (le pharmacien Peyrolles), Jacques Joignant (Marcel), Raoul Marco (le boucher Rouzaud), Jean Mello (le brigadier de gendarmerie) etFrançois Pregiani (le gendarme), Charles Lavialle (le fossoyeur), Charles Blavette (le coiffeur), Jeanne Perez (Angèle Esquirol), Yvonne Clairy (Hortense Chatelard), Lucien Raimbourg (Chatelard), Yvonne Gamy (Mme Cahuzac)
- et la participation des habitants de Ventabren
- Résumé : Dupuy emmène Bourrel en vacances à Saint-Saturnin, dans le midi. Une étrange épidémie frappe la population.
- C'est le beau-frère de Dupuy, brigadier de gendarmerie, qui mène l'enquête sur ce mystérieux empoisonnement. Le boucher est soupçonné...
- Univers : Un petit village dans le midi.
- Commentaires : tourné en décor naturel du village de Ventabren.
- En début d'émission, ce n'est pas Bourrel mais Dupuy qui présente l'épisode aux téléspectateurs.
- Comme pour l'épisode Le théâtre du crime, l'émission est entièrement filmée en décors réels (le village provençal de Ventabren),
- la partie en direct étant réservée à l'introduction et à la séquence des candidats à la fin.
















































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