Et que mes doux regards soient suspendus au tien,
Comme l'abeille avide aux feuilles de la rose
LAMARTINE
Cueillons, cueillons la rose au matin de la vie ;
Des rapides printemps respire au moins les fleurs ;
Aux chastes voluptés abandonnons nos cœurs ;
Aimons-nous sans mesure, ô mon unique amie !
Quand le nocher battu par les flots irrités
Voit son fragile esquif menacé du naufrage,
Il tourne ses regards aux bords qu’il a quittés,
Et regrette trop tard les loisirs du rivage.
Ah ! qu’il voudrait alors au toit de ses aïeux,
Près des objets chéris présents à sa mémoire,
Coulant des jours obscurs, sans périls et sans gloire,
N’avoir jamais laissé son pays ni ses dieux !
Ainsi l’homme, courbé sous le poids des années,
Pleure son doux printemps qui ne peut revenir.
Ah ! rendez-moi, dit-il, ces heures profanées ;
Ô dieux ! dans leur saison j’oubliai d’en jouir.
Il dit : la mort répond ; et ces dieux qu’il implore,
Le poussant au tombeau sans se laisser fléchir,
Ne lui permettent pas de se baisser encore
Pour ramasser ces fleurs qu’il n’a pas su cueillir.
Aimons-nous, ô ma bien-aimée !
Et rions des soucis qui bercent les mortels ;
Pour le frivole appas d’une vaine fumée,
La moitié de leurs jours, hélas ! est consumée
Dans l’abandon des biens réels.
À leur stérile orgueil ne portons point envie ;
Laissons le long espoir aux maîtres des humains !
Pour nous, de notre heure incertains,
Hâtons-nous d’épuiser la coupe de la vie,
Pendant qu’elle est entre nos mains.
Soit que le laurier nous couronne,
Et qu’aux fastes sanglants de l’altière Bellone
Sur le marbre ou l’airain on inscrive nos noms ;
Soit que des simples fleurs que la beauté moissonne
L’amour pare nos humbles fronts ;
Nous allons échouer, tous, au même rivage :
Qu’importe, au moment du naufrage,
Sur un vaisseau fameux d’avoir fendu les airs,
Ou sur une barque légère
D’avoir, passager solitaire,
Rasé timidement le rivage des mers ?
Naître avec le printemps, mourir avec les roses:
Sur l’aile du zéphyr nager dans un ciel pur;
Balancé sur le sein des fleurs à peine écloses,
S’enivrer de parfums, de lumière et d’azur;
Voilà du papillon le destin enchanté.
Nouvelles méditations (1823), le papillon
Alphonse de Lamartine
Primeroses
Comme au printemps de l'autre année,
Au mois des fleurs, après les froids,
Par quelque belle matinée
Nous irons encor sous les bois.
Nous y verrons les mêmes choses,
Le même glorieux réveil,
Et les mêmes métamorphoses
De tout ce qui vit au soleil.
Nous y verrons les grands squelettes
Des arbres gris ressusciter,
Et les yeux clos des violettes
A la lumière palpiter.
Sous le clair feuillage vert tendre,
Les tourterelles des buissons,
Ce jour-là, nous feront entendre
Leurs lentes et nobles chansons.
Ensemble nous irons encore
Cueillir dans les prés, au matin,
De ces bouquets couleur d'aurore
Qui fleurent la rose et le thym.
Nérée BEAUCHEMIN
Au mois des fleurs, après les froids,
Par quelque belle matinée
Nous irons encor sous les bois.
Nous y verrons les mêmes choses,
Le même glorieux réveil,
Et les mêmes métamorphoses
De tout ce qui vit au soleil.
Nous y verrons les grands squelettes
Des arbres gris ressusciter,
Et les yeux clos des violettes
A la lumière palpiter.
Sous le clair feuillage vert tendre,
Les tourterelles des buissons,
Ce jour-là, nous feront entendre
Leurs lentes et nobles chansons.
Ensemble nous irons encore
Cueillir dans les prés, au matin,
De ces bouquets couleur d'aurore
Qui fleurent la rose et le thym.
Nérée BEAUCHEMIN
Inhospitalier de nature, le Français soigne d'une manière défensive ses abords immédiats, s'entoure d'églantier, d'épine noire et de genévrier; il barbèle au besoin son jardin, et sa première débauche d'imagination est pour la clôture.
Flore et Pomone
Citations de Sidonie Gabrielle Colette
Flore et Pomone
Citations de Sidonie Gabrielle Colette
Inhospitalier de nature, le Français soigne d'une manière défensive ses abords immédiats, s'entoure d'églantier, d'épine noire et de genévrier; il barbèle au besoin son jardin, et sa première débauche d'imagination est pour la clôture.
Flore et Pomone
Sidonie Gabrielle Colette
Allons sous la charmille où l'églantier fleurit,
Dans l'ombre où sont les grands chuchotements des chênes.
La Légende des siècles (1859),
Le Groupe des idylles
Victor Hugo
A beaucoup de danger est sujette la fleur ...
A beaucoup de danger est sujette la fleur :Ou l'on la foule au pied ou les vents la ternissent,
Les rayons du soleil la brûlent et rôtissent,
La bête la dévore, et s'effeuille en verdeur.
Nos jours, entremêlés de regret et de pleur,
À la fleur comparés comme la fleur fleurissent
Tombent comme la fleur, comme la fleur périssent,
Autant comme du froid tourmentés de l'ardeur.
Non de fer ni de plomb, mais d'odorantes pommes
Le vaisseau va chargé, ainsi les jours des hommes
Sont légers, non pesants, variables et vains,
Qui, laissant après eux d'un peu de renommée
L'odeur en moins de rien comme fruit consommée,
Passent légèrement hors du cœur des humains.
Jean-Baptiste CHASSIGNET
Les Fleurs
Ô terre, vil monceau de boueOù germent d’épineuses fleurs,
Rendons grâce à Dieu, qui secoue
Sur ton sein ses fraîches couleurs !
Sans ces urnes où goutte à goutte
Le ciel rend la force à nos pas,
Tout serait désert, et la route
Au ciel ne s’achèverait pas.
Nous dirions: — À quoi bon poursuivre
Ce sentier qui mène au cercueil ?
Puisqu’on se lasse en vain à vivre,
Mieux vaut s’arrêter sur le seuil. —
Mais pour nous cacher les distances,
Sur le chemin de nos douleurs
Alphonse de Lamartine
Les Fleurs
Ô terre, vil monceau de boue
Où germent d’épineuses fleurs,
Rendons grâce à Dieu, qui secoue
Sur ton sein ses fraîches couleurs !
Sans ces urnes où goutte à goutte
Le ciel rend la force à nos pas,
Tout serait désert, et la route
Au ciel ne s’achèverait pas.
Nous dirions: — À quoi bon poursuivre
Ce sentier qui mène au cercueil ?
Puisqu’on se lasse en vain à vivre,
Mieux vaut s’arrêter sur le seuil. —
Mais pour nous cacher les distances,
Sur le chemin de nos douleurs
Alphonse de Lamartine
Élevée au milieu du désert de la vie, ...
Élevée au milieu du désert de la vie,
La fleur modeste et pure et que le monde oublie
Mérite bien souvent nos soins les plus touchants.
Insensible aux regards, l’aimable violette
Ne se montre jamais, et cherche sa retraite :
Ainsi que toi, doux ange, elle suit ses penchants.
Tu puisas tes attraits, charmante créature,
Au creuset de ton cœur, où la vertu s’épure.
Bien heureux le mortel à qui le ciel, un jour,
Accordera ce cœur, et qui de l’hyménée
Recevant ce trésor, ô vierge fortunée !
Y saura faire naître un éternel amour !
Alexandre LATIL
La fleur modeste et pure et que le monde oublie
Mérite bien souvent nos soins les plus touchants.
Insensible aux regards, l’aimable violette
Ne se montre jamais, et cherche sa retraite :
Ainsi que toi, doux ange, elle suit ses penchants.
Tu puisas tes attraits, charmante créature,
Au creuset de ton cœur, où la vertu s’épure.
Bien heureux le mortel à qui le ciel, un jour,
Accordera ce cœur, et qui de l’hyménée
Recevant ce trésor, ô vierge fortunée !
Y saura faire naître un éternel amour !
Alexandre LATIL
Rose pourpre
Humide fleur cueillie au jardin clos du cœur,
Rouge comme du sang de soleil qui se couche,
Honorez d'un baiser de votre belle bouche
Ce poème léger que l'aube mit en pleurs.
Qu'il tremble en votre main comme un peu de lumière,
Et que ses gouttes d'eau vous soient des diamants;
Qu'il saigne dans vos doigts son âme, longuement,
Et qu'il succombe aux cils baissés de vos paupières !
C'est pour vous qu'il naquit, pour vous qu'il doit mourir,
Douce fragilité que son ardeur consume:
Songez que mon amour, madame, le parfume,
Et qu'une rose expire ainsi sans se flétrir !
Albert LOZEAU
Rouge comme du sang de soleil qui se couche,
Honorez d'un baiser de votre belle bouche
Ce poème léger que l'aube mit en pleurs.
Qu'il tremble en votre main comme un peu de lumière,
Et que ses gouttes d'eau vous soient des diamants;
Qu'il saigne dans vos doigts son âme, longuement,
Et qu'il succombe aux cils baissés de vos paupières !
C'est pour vous qu'il naquit, pour vous qu'il doit mourir,
Douce fragilité que son ardeur consume:
Songez que mon amour, madame, le parfume,
Et qu'une rose expire ainsi sans se flétrir !
Albert LOZEAU
Ta rose de pourpre, à ton clair soleil, ...
Ta rose de pourpre, à ton clair soleil,
O Juin, étincelle enivrée ;
Penche aussi vers moi ta coupe dorée :
Mon cœur à ta rose est pareil.
Sous le mol abri de la feuille ombreuse
Monte un soupir de volupté ;
Plus d’un ramier chante au bois écarté,
O mon cœur, sa plainte amoureuse.
Que ta perle est douce au ciel parfumé,
Etoile de la nuit pensive !
Mais combien plus douce est la clarté vive
Qui rayonne en mon cœur charmé !
La chantante mer, le long du rivage,
Taira son murmure éternel,
Avant qu’en mon cœur, chère amour, ô Nell,
Ne fleurisse plus ton image !
O Juin, étincelle enivrée ;
Penche aussi vers moi ta coupe dorée :
Mon cœur à ta rose est pareil.
Sous le mol abri de la feuille ombreuse
Monte un soupir de volupté ;
Plus d’un ramier chante au bois écarté,
O mon cœur, sa plainte amoureuse.
Que ta perle est douce au ciel parfumé,
Etoile de la nuit pensive !
Mais combien plus douce est la clarté vive
Qui rayonne en mon cœur charmé !
La chantante mer, le long du rivage,
Taira son murmure éternel,
Avant qu’en mon cœur, chère amour, ô Nell,
Ne fleurisse plus ton image !
Charles-Marie LECONTE DE LISLE
Je dirai la rose aux plis gracieux.
La rose est le souffle embaumé des dieux,
Le plus cher souci des muses divines.
Je dirai ta gloire, ô charme des yeux,
Ô fleur de Kypris, reine des collines !
Tu t'épanouis entre les beaux doigts
De l'aube écartant les ombres moroses ;
L'air bleu devient rose, et roses les bois ;
La bouche et le sein des nymphes sont roses !
Heureuse la vierge aux bras arrondis
Qui dans les halliers humides te cueille !
Heureux le front jeune où tu resplendis !
Heureuse la coupe où nage ta feuille !
Ruisselante encor du flot paternel,
Quand de la mer bleue Aphrodite éclose
Étincela nue aux clartés du ciel,
La terre jalouse enfanta la rose ;
Et l'Olympe entier, d'amour transporté,
Salua la fleur avec la beauté !
La rose est le souffle embaumé des dieux,
Le plus cher souci des muses divines.
Je dirai ta gloire, ô charme des yeux,
Ô fleur de Kypris, reine des collines !
Tu t'épanouis entre les beaux doigts
De l'aube écartant les ombres moroses ;
L'air bleu devient rose, et roses les bois ;
La bouche et le sein des nymphes sont roses !
Heureuse la vierge aux bras arrondis
Qui dans les halliers humides te cueille !
Heureux le front jeune où tu resplendis !
Heureuse la coupe où nage ta feuille !
Ruisselante encor du flot paternel,
Quand de la mer bleue Aphrodite éclose
Étincela nue aux clartés du ciel,
La terre jalouse enfanta la rose ;
Et l'Olympe entier, d'amour transporté,
Salua la fleur avec la beauté !
Charles-Marie LECONTE DE LISLE
Leconte de Lisle — Poèmes tragiques
Le Parfum impérissable
Le parfum impérissable
Quand la fleur du soleil, la rose de Lahor,
de son âme odorante a rempli goutte à goutte
la fiole d' argile ou de cristal ou d' or,
sur le sable qui brûle on peut l' épandre toute.
Les fleuves et la mer inonderaient en vain
ce sanctuaire étroit qui la tint enfermée :
il garde en se brisant son arôme divin,
et sa poussière heureuse en reste parfumée.
Puisque par la blessure ouverte de mon cœur
tu t' écoules de même, ô céleste liqueur,
inexprimable amour, qui m' enflammais pour elle !
Qu'il lui soit pardonné, que mon mal soit béni !
Par delà l' heure humaine et le temps infini
mon cœur est embaumé d' une odeur immortelle !
Charles-Marie LECONTE DE LISLE
de son âme odorante a rempli goutte à goutte
la fiole d' argile ou de cristal ou d' or,
sur le sable qui brûle on peut l' épandre toute.
Les fleuves et la mer inonderaient en vain
ce sanctuaire étroit qui la tint enfermée :
il garde en se brisant son arôme divin,
et sa poussière heureuse en reste parfumée.
Puisque par la blessure ouverte de mon cœur
tu t' écoules de même, ô céleste liqueur,
inexprimable amour, qui m' enflammais pour elle !
Qu'il lui soit pardonné, que mon mal soit béni !
Par delà l' heure humaine et le temps infini
mon cœur est embaumé d' une odeur immortelle !
Charles-Marie LECONTE DE LISLE
Les roses d’Ispahan
Les roses d’Ispahan dans leur gaîne de mousse,
Les jasmins de Mossoul, les fleurs de l’oranger
Ont un parfum moins frais, ont une odeur moins douce,
O blanche Leïlah ! Que ton souffle léger.
Ta lèvre est de corail, et ton rire léger
Sonne mieux que l’eau vive et d’une voix plus douce,
Mieux que le vent joyeux qui berce l’oranger,
Mieux que l’oiseau qui chante au bord du nid de mousse.
Mais la subtile odeur des roses dans leur mousse,
La brise qui se joue autour de l’oranger
Et l’eau vive qui flue avec sa plainte douce
Ont un charme plus sûr que ton amour léger !
O Leïlah ! depuis que de leur vol léger
Tous les baisers ont fui de ta lèvre si douce,
Il n’est plus de parfum dans le pâle oranger,
Ni de céleste arôme aux roses dans leur mousse.
L’oiseau, sur le duvet humide et sur la mousse,
Ne chante plus parmi la rose et l’oranger ;
L’eau vive des jardins n’a plus de chanson douce,
L’aube ne dore plus le ciel pur et léger.
Oh ! que ton jeune amour, ce papillon léger,
Revienne vers mon cœur d’une aile prompte et douce,
Et qu’il parfume encor les fleurs de l’oranger,
Les roses d’Ispahan dans leur gaîne de mousse !
Charles-Marie LECONTE DE LISLE
Les jasmins de Mossoul, les fleurs de l’oranger
Ont un parfum moins frais, ont une odeur moins douce,
O blanche Leïlah ! Que ton souffle léger.
Ta lèvre est de corail, et ton rire léger
Sonne mieux que l’eau vive et d’une voix plus douce,
Mieux que le vent joyeux qui berce l’oranger,
Mieux que l’oiseau qui chante au bord du nid de mousse.
Mais la subtile odeur des roses dans leur mousse,
La brise qui se joue autour de l’oranger
Et l’eau vive qui flue avec sa plainte douce
Ont un charme plus sûr que ton amour léger !
O Leïlah ! depuis que de leur vol léger
Tous les baisers ont fui de ta lèvre si douce,
Il n’est plus de parfum dans le pâle oranger,
Ni de céleste arôme aux roses dans leur mousse.
L’oiseau, sur le duvet humide et sur la mousse,
Ne chante plus parmi la rose et l’oranger ;
L’eau vive des jardins n’a plus de chanson douce,
L’aube ne dore plus le ciel pur et léger.
Oh ! que ton jeune amour, ce papillon léger,
Revienne vers mon cœur d’une aile prompte et douce,
Et qu’il parfume encor les fleurs de l’oranger,
Les roses d’Ispahan dans leur gaîne de mousse !
Charles-Marie LECONTE DE LISLE
«Autrefois, quand elle était gênée, une jeune fille rougissait.
Aujourd'hui quand une jeune fille rougit, elle est gênée.»
Madame Simone






































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