Attention fragile... Bernard Lavilliers
Je laisserai le lit comme elle l'a laissé
Défait et rompu, les draps emmêlés
Afin que l'empreinte de son corps
Reste gravée dans le décor
Je resterai là, immobile
Les bras croisés, presque tranquille
Je laisserai la chambre comme elle l'a laissée
L'odeur de Camel, Gauloises mêlée
Afin que la lumière retienne
Son ombre nue dans les persiennes
Au bout du quai tombe le jour
Je reste là sentant l'Amour
Dans ce port de fêlés juste à l'envers du monde
Où d'énormes soleils me renvoyaient mes ondes
Où les normes basculent au fond des volcans sourds
Où je traînais mes bottes gaspillant ton Amour
Attention fragile
Attention fragile
Je laisserai ma peau comme elle l'a laissée
Sueur et cannelle, orange poivrée
Afin que ma mémoire revienne
Me dessiner cette Eurasienne
Cette criola de secours
Quand je titube au petit jour
Je prendrai ma vie comme elle l'a laissée
Avec un sourire en coin, un secret
Afin d'accepter la tendresse
Que j'avais refusée sans cesse
Avec l'impression d'être fort
Le sommeil, c'est presque la mort
Dans ce port de fêlés juste à l'envers du monde
Où d'énormes soleils me renvoyaient mes ondes
Où les normes basculent au fond des volcans sourds
Où je traînais mes bottes gaspillant ton Amour
Attention fragile
Attention fragile
Betty - Bernard Lavilliers - 1984
Betty
Betty
19 février 1992
|octobre 1993
| Claude Chabrol | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Avec : | Marie Trintignant,Stéphane Audran, Jean-François Garreaud, Yves Lambrecht, Christiane Minazzoli, Pierre Vernier, Nathalie Kousnetzoff, Pierre Martot... d'après le roman de Georges Simenon
BETTY, D'APRES SIMENON, SELON CHABROLMARTIN, PASCAL Lundi 28 mars 1994 «Betty», d'après Simenon, selon Chabrol "Lorsqu'il écrit Betty en 1960, Georges Simenon n'a pas vraiment le moral. Il vient d'être opéré de l'appendicite et à la douleur physique s'ajoutent les angoisses qui taraudent l'homme inquiet. À Versailles où il est en convalescence, il rencontre au hasard d'une boîte de nuit une jeune femme ivre, bourgeoise à la dérive qui s'en remet à l'alcool pour trouver un échappatoire au milieu qui l'étouffe. Simenon la raccompagne jusqu'à son hôtel. Il ne la reverra plus, mais le souvenir de cette fille de bonne famille consentant à son autodestruction pour laver sa révolte lui restera longtemps gravé en mémoire, obsédant. De cette rencontre naîtra un roman dont il écrira dans «Quand j'étais vieux»: «La publication de Betty coïncidant avec les prix de fin d'année est passée inaperçue. Cela me gêne un peu, non pour moi, mais j'allais écrire pour elle». Trente ans plus tard, Claude Chabrol a repris l'histoire de cette femme blessée pour en faire un film de qualité par la grâce de deux autres femmes, Marie Trintignant et Stéphane Audran s'avérant parfaites l'une et l'autre aux côtés de rôles mâles rendus caricaturaux et manichéens à des fins évidentes. Car Chabrol ne cache pas ses intentions: Betty est la «revanche de Madame Bovary». En adaptant ce roman, le réalisateur des «Noces rouges» et de «Violette Nozière» a choisi de suivre un destin qui bascule et s'est tourné à nouveau vers Georges Simenon dont il avait autrefois adapté «Les Fantômes du chapelier». Une même passion pour la femme unit les deux hommes comme les passionne ce naturalisme entomologique qui les pousse à se pencher sur la bête humaine et ses secrets. Betty en recèle quelques-uns." P. Ma. "Simenon disait aussi que les cinéastes sont des paresseux et des êtres sans imagination. Que lui répondre ? Il a peut-être raison, parce que toute tentative d'adaptation se traduit presque toujours par une modification des structures du récit. Le récit simenonien est détruit et cela donne des films qui restent sur l'intrigue. « La veuve Couderc » et « Le chat » sont de bons films, mais ils n'ont plus rien à voir avec Simenon. Si on veut vraiment adapter Simenon en respectant l'auteur, il faut prendre un roman déterminé et faire littéralement l'illustration raisonnée et respirée à la virgule près. Surtout ne pas faire le malin, ni chercher à étoffer. C'est ce que j'ai essayé de faire avec « Betty ». Garder les lieux qu'il a choisis parce qu'il les connaît intimement et que, dans son récit, ils sont indissociables des personnages." SYNOPSIS Betty, jeune femme alcoolique et paumée réprouvée par son mari et sa famille, se réfugie dans un restaurant «le Trou» où elle fait la connaissance de Laure. Cette dernière va l'aider et peu à peu Betty va l'envier, surtout l'amour qu'éprouve Laure pour son amant, Mario, le patron du restaurant. LA CRITIQUE TV DE TELERAMA DU 2010-06-19 D'après Georges Simenon. 100 mn. Avec Marie Trintignant : Betty. Stéphane Audran : Laure. Jean-François Garreaud : Mario. Yves Lambrecht : Guy Etamble. Genre : portrait de femme. "C'est d'abord un grand film feutré sur les vapeurs de l'alcool. Tout semble vu à travers un regard embrumé, un filtre d'ivresse enveloppante, étrange, parfois cafardeuse. Claude Chabrol, qui adapte ici Simenon pour la deuxième fois, ausculte le tréfonds d'une âme malade, d'une femme en perdition : Betty, la trentaine, qu'on voit au début errer de bar en bar, hagarde. Mère indigne et victime, garce scandaleuse et princesse déchue, Betty (Marie Trintignant, dans son plus beau rôle) intrigue et séduit en rendant trouble la perception des choses de la vie. Pour retracer son parcours erratique, Chabrol construit un récit noir en forme de puzzle, pièces éparpillées d'une existence gâchée, devenue hors la loi. Centrée sur une scène primitive, cette lente remontée vers la surface suscite des effets de miroir trompeurs et préserve surtout des zones d'ombre. Le portrait se veut translucide, gravé à l'eau-forte. Et puis il y a Laure (Stéphane Audran, très bien), confidente ambiguë, à l'écoute du malheur de Betty parce qu'il ressemble sans doute au sien. Parce que aussi, chez Chabrol, on se repaît toujours du malheur des gens qu'on aime."Apprends qu'un bon tragédien est très propre à être un très bon historien, parce qu'il faut dans toute histoire une exposition, un noeud, un dénoûment et de l'intérêt. Nous sommes un peu comme des éponges qui aspirons la vie sans le savoir et qui la rendons ensuite, transformée, sans connaître le travail d'alchimie qui s'est produit en nous. Georges Simenon
Extraordinaire, "sobre" et poignante incarnation de la fièvre passionnelle par Stéphane Audran...
Michel Jonasz JE VOULAIS TE DIRE QUE JE T'ATTENDS Je mettrai mon coeur dans du papier d'argent, Mon numéro d'appel aux abonnés absents. Mes chansons d'amour resteront là dans mon piano. J'aurai jeté la clé du piano dans l'eau. J'irai voir les rois de la brocante. "Vendez mon coeur trois francs cinquante." Tu savais si bien l'écouter Que ma vie s'est arrêtée Quand tu m'a quitté. Je voulais te dire que je t'attends Et tant pis si je perds mon temps. Je t'attends, je t'attends tout le temps Sans me décourager pourtant. Comme quelqu'un qui n'a plus personne S'endort près de son téléphone, Et sourit quand on le réveille Mais ce n'était que le soleil. L'autre jour, j'ai vu quelqu'un qui te ressemble Et la rue était comme une photo qui tremble. Si c'est toi qui passe le jour où je me promène, Si c'est vraiment toi, je vois déjà la scène. Moi je te regarde Et tu me regardes. Je voulais te dire que je t'attends Et tant pis si je perds mon temps. Je t'attends, je t'attends tout le temps, Ce soir, demain, n'importe quand. Comme quelqu'un qui n'a plus personne S'endort près de son téléphone Et qui te cherche à son réveil, Tout seul au soleil, j'attends. Je voulais te dire que je t'attends. Si tu savais comme je t'attends! Je t'attends, je t'attends tout le temps. Quand seras-tu là? Je t'attends. Si tu savais comme je t'attends! Je t'attends, je t'attends tout le temps. Je voulais te dire que je t'attends.
" - J'ai soif... murmura-t-elle. " On lui tendit un verre, le sien ou un autre, cela n'avait pas d'importance. " - Vous avez dîné ? - Je crois. - Vous n'avez pas faim ? - Non. - Vous ne voulez pas prendre l'air ? - Non. " Elle ne pouvait pas, parce qu'elle était incapable de marcher. Si elle tentait de se mettre debout, elle était sûre de tomber. Elle tomberait quand même tout à l'heure, bien entendu, tôt ou tard, mais elle préférait que ça ne se passe pas quand elle avait encore sa conscience. Qu'importe où elle se réveillerait, à l'hôpital ou ailleurs. Et ce serait encore mieux pour tout le monde si elle ne se réveillait pas du tout. Elle le pensait vraiment. Elle n'était pas triste. Il y avait longtemps que la tristesse était dépassée."
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