Loretta Strong : Allo , John ?
C’était bien ma chance, Steve est mort !
Chez vous, tout va OK, John ?
Tant mieux , mes amitiés à Linda !
Allo, la Terre ?
Vous avez oublié de brancher l’oxygène de Steve Morton, Monsieur Drake…
Allo la Terre ?
Quelle merde !
Allo la Terre ?
LORETTA STRONG
Copi

"Loretta Strong va cacher l'or de la terre sur Bételgeuse.
Elle affronte dans son
périple les hommes-singes de l'Étoile Polaire, et surtout les Vénusiens, les plus
acharnés ennemis des cosmonautes.
A l'intérieur de son satellite rose bonbon, le
four et le frigidaire lui renvoient, du fond du puits de sa mémoire, les animaux
que l'on mangeait et par lesquels on était mangé : rats, serpents, perroquets.
Qui la voit, qui l'entend? Abraham Lincoln.
_Mais en fait, qui est ce Lincoln?
Quel rapport avec Louis Armstrong dont
la photo la poursuit de son négatif ? Et Loretta Strong est-elle elle-même
quelqu'un ? Si.
Cosmonaute intrépide, cannibale, tour
à tour tortue et femme du monde, sa vision de l'extérieur du satellite coïncidera
toujours avec son intérieur : même enceinte, elle sera toujours à l'intérieur et l'intérieur de quelqu'un. De qui? Mais n'en disons pas trop : la mémoire est le
privilège du seul spectateur. Loretta Strong, c'est peut-être vous.
Copi
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L : Allô, Madame Hirondelle , c’est moi. Je viens de trouver un frigo au beau milieu de mon salon.
Je n’ai pas commandé de frigo et encore moins un frigo de cette taille !
Qui l’a livré ?
Ma mère m’a envoyé un frigo pour mon anniversaire ?
C’est une plaisanterie stupide !
Madame Hirondelle, vous auriez dû lui interdire de le faire monter !
Envoyez-moi votre mari tout de suite qu’il me débarrasse de ça !
Allô ? L’Australie ?
Copi
(LE FRIGO)
Je n’ai pas commandé de frigo et encore moins un frigo de cette taille !
Qui l’a livré ?
Ma mère m’a envoyé un frigo pour mon anniversaire ?
C’est une plaisanterie stupide !
Madame Hirondelle, vous auriez dû lui interdire de le faire monter !
Envoyez-moi votre mari tout de suite qu’il me débarrasse de ça !
Allô ? L’Australie ?
Copi
(LE FRIGO)
Goliatha : Et à présent c’est à nous deux , Monsieur le Frigo.
Qui êtes-vous ?
Qu’est-ce que vous faites là ?
Vous voulez pas me répondre ?
Qui es-tu, salope ?
Je vais chercher le chalumeau et je vais faire un trou grand comme ça sur le front, tu vas voir !
Loretta Strong : Qui êtes-vous ?
Un Homme-Singe de l’Etoile Polaire
Vous vous foutez de ma gueule ?
Vous êtes envahis par les Hommes-Singes de l’Etoile Polaire ?
LORETTA STRONG
Copi
Pour nous qui n'osons pas quitter la terre ferme,
les images de l'angoisse apparaissent terrifiantes.
Pour qui vit au cœur même de l'angoisse,
elles deviennent quotidiennes et dérisoires,
comme une tasse de thé dans un désert glacé.
Colette Godard
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Copi marche dans un rideau de brume.
Il voit
des femmes qui sont des hommes, qui sont des animaux, qui sont des objets, qui sont des jouets, pour des enfants qui sont nés d’un rat ou d’une tortue, ou d’un homme qui est une femme, etc.
Il voit
des femmes qui sont des hommes, qui sont des animaux, qui sont des objets, qui sont des jouets, pour des enfants qui sont nés d’un rat ou d’une tortue, ou d’un homme qui est une femme, etc.
Colette Godard
COPI LORETTA STRONG
Théâtre des lucioles
"Ce texte est comme un condensé de Copi, son essence même : Copi acteur - écrivain - metteur en scène. D’un grand coup de crayon, il se dessinait dans l’espace à chaque fois qu’il jouait ce texte, une réécriture en direct, une performance devant le public chaque fois différente. Il a joué ce monologue à plusieurs reprises et tout au long de sa vie. En français ou en italien, à New York comme à Paris, habillé en somptueuse sirène par Yves Saint Laurent ou tout simplement nu peint en vert avec le sexe en rouge. Cela pouvait durer dix minutes ou trois heures, en fonction de son état d’âme…
Dans une navette spatiale, Loretta Strong, cosmonaute, est assise à côté du corps de Steve Morton, qui vient de mourir. Elle essaie de joindre au téléphone la terre, qu’elle finit par avoir en ligne. Un certain monsieur Drake aurait oublié de brancher l’oxygène de la cabine. Une certaine Linda fait irruption dans la communication et lui apprend que la terre, envahie par les hommes-singe vient d’exploser.
S’en suit un délire génial : des rats envahissent la tuyauterie, gagnent la cabine et fécondent Loretta qui finit par accoucher de jolis ratons avec des yeux de saphir. Sur terre comme dans l’espace c’est l’apocalypse totale : Bételgeuse, l’étoile sur laquelle se trouve Loretta explose, Pluton aussi. On est aspiré dans un trou noir. Dans un voyage à l’intérieur du corps de Loretta, le temps d’un collapse d’une overdose. Scènes de cannibalisme, d’accouchement. La mort rentre par tous les trous de la cabine, jusqu’à l’explosion du corps de Loretta. Reste l’acteur nu, gelé par le froid qui cherche son anorak, car peut-être qu’avec un anorak, on a moins peur de mourir… La représentation théâtrale se décompose, implose.
Le rire est toujours présent et même au centre du texte, car Copi joue avec la mort tout le temps, il la tue, l’accouche, la baise, la mange, la cherche, la met en scène, lui donne un nom, Linda…
Chacun doit s’inventer des histoires et certains s’inventent des histoires incroyables, disait-il…
Loretta Strong est une histoire incroyable."
extrait du site
Théâtre des luciolesCOPI LORETTA STRONG par soukaz
mise en images Jacqueline Waechter dessins, installations, art numérique
librement inspirés du livre
Copi,
textes photographies rassemblés par son frère Jorge Damonte
éditions Christian Bourgois
paris Mars 1990













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