Parodos 1
262 - 274
SOCRATE. Il faut que ce vieillard observe le silence et qu'il écoute la prière : "Souverain maître, Air immense, qui enveloppes la terre de toutes parts, Ether brillant, et vous, Nuées, vénérables déesses, mères du tonnerre et de la foudre, levez-vous, ô souveraines, apparaissez au penseur dans les régions supérieures !"
STREPSIADE. Pas encore, pas encore ; pas avant que je me sois enveloppé de ce manteau, de peur d'être inondé. N'avoir pas pris, en sortant de chez moi, une casquette de peau de chien, quelle malchance !
SOCRATE. Venez, ô Nuées vénérées, vous manifester à cet homme, soit que vous occupiez les cimes sacrées de l’Olympe, battues par les neiges, soit que dans les jardins de votre père Océan vous formiez un chœur sacré avec les Nymphes, soit que, aux bouches du Nil, vous puisiez des eaux dans des cornes d'or, que vous résidiez aux Marais Méotides ou sur le rocher neigeux du Mimas, écoutez-nous, accueillez notre sacrifice, et que nos cérémonies vous fassent plaisir.
STREPSIADE. Pas encore, pas encore ; pas avant que je me sois enveloppé de ce manteau, de peur d'être inondé. N'avoir pas pris, en sortant de chez moi, une casquette de peau de chien, quelle malchance !
SOCRATE. Venez, ô Nuées vénérées, vous manifester à cet homme, soit que vous occupiez les cimes sacrées de l’Olympe, battues par les neiges, soit que dans les jardins de votre père Océan vous formiez un chœur sacré avec les Nymphes, soit que, aux bouches du Nil, vous puisiez des eaux dans des cornes d'or, que vous résidiez aux Marais Méotides ou sur le rocher neigeux du Mimas, écoutez-nous, accueillez notre sacrifice, et que nos cérémonies vous fassent plaisir.
275 - 290
LE CHOEUR. Nuées éternelles, élevons-nous, en rosée transparente et légère, du sein de notre père Océan aux bruissements profonds, jusqu'aux sommets des monts couronnés de forêts, afin de découvrir les horizons lointains, les fruits qui ornent la Terre sacrée, le cours sonore des fleuves divins, et la Mer aux mugissements sourds; car l'œil de l'Ether brille sans relâche de rayons éclatants. Mais dissipons le voile pluvieux qui cache nos figures immortelles, et embrassons le monde de notre regard illimité.
291 - 298
SOCRATE. O Nuées très vénérables, il est certain que vous avez entendu mon appel. Et toi, as-tu entendu leur voix divine avec le mugissement du tonnerre ?
STREPSIADE. Moi aussi je vous révère, Nuées respectables, et je veux répondre au bruit du tonnerre, tant il m'a causé de tremblement et d'effroi. Aussi, tout de suite, permis ou non, je lâche tout.
SOCRATE. Ne raille pas et ne fais pas comme les poètes que grise la vendange. Sois silencieux : un nombreux essaim de déesses s'avance en chantant.
STREPSIADE. Moi aussi je vous révère, Nuées respectables, et je veux répondre au bruit du tonnerre, tant il m'a causé de tremblement et d'effroi. Aussi, tout de suite, permis ou non, je lâche tout.
SOCRATE. Ne raille pas et ne fais pas comme les poètes que grise la vendange. Sois silencieux : un nombreux essaim de déesses s'avance en chantant.
299 - 313
LE CHOEUR, se rapprochant de la scène. Vierges dispensatrices des pluies, allons vers la terre féconde de Pallas, voyons le royaume de Cécrops, riche en grands hommes et mille fois aimé. Là se trouve le culte des initiations sacrées, le sanctuaire mystique des cérémonies saintes, les offrandes aux divinités célestes, les temples magnifiques et les statues, les processions trois fois saintes des bienheureux, victimes couronnées immolées aux dieux ; les festins dans toutes les saisons; et là, au renouveau, la fête de Bromios, les chants mélodieux des chœurs et la musique des flûtes frémissantes.
314 - 355
STREPSIADE. Au nom de Zeus, je t'en prie, dis-moi, Socrate, quelles sont ces femmes qui font entendre un chant si respectable ? Sont-ce quelques héroïnes ?
SOCRATE. Pas du tout ; mais les Nuées célestes, grandes divinités des hommes oisifs, qui nous suggèrent pensée, parole, intelligence, charlatanisme, loquacité, ruse, compréhension.
STREPSIADE. C'est pour cela qu'en écoutant leur voix, mon âme se sent des ailes ; elle cherche à épiloguer, à ergoter sur de la fumée, à coudre trait d'esprit à trait d'esprit, pour riposter à l'autre raisonnement. De telle sorte que, s'il est possible, je souhaite vivement de les voir en personne.
SOCRATE. Eh bien, regarde du côté de la Parnès. Je les vois descendre lentement par là.
STREPSIADE. Où donc ? Montre-moi.
SOCRATE. Elles s'avancent en grand nombre, à travers les cavités et les bois, sur une ligne oblique.
STREPSIADE. Qu'est-ce donc ? Je ne les vois pas.
SOCRATE. Là, à l’entrée.
STREPSIADE. Ah ! oui, maintenant un peu, par là.
SOCRATE. Tu dois maintenant les voir tout à fait, à moins que tu n'aies une coloquinte de chassie.
STREPSIADE. Oui, par Zeus ! O vénérables divinités, elles remplissent toute la scène.
SOCRATE. Et cependant tu ne savais pas, tu ne croyais pas que ce fussent des déesses ?
STREPSIADE. Non, par Zeus ! mais je me figurais que c'était du brouillard, de la rosée, de la fumée.
SOCRATE. Non, non, par Zeus ! Sache que ce sont elles qui nourrissent une foule de sophistes, des devins de Thourion, des empiriques, des oisifs à bagues qui vont au bout des ongles et à longs cheveux, des fabricants de chants pour les chœurs cycliques, des tireurs d'horoscopes, fainéants, dont elles nourrissent l'oisiveté, parce qu'ils les chantent.
STREPSIADE. Voilà pourquoi ils chantent "le rapide essor des Nuées humides qui lancent des éclairs, les tresses du Typhon aux cent têtes, les tempêtes furieuses, filles de l'air, agiles oiseaux qu'un vol oblique fait nager dans les airs, torrents de Pluies émanant des Nuées humides". Et, pour prix de leurs vers, ils engloutissent des tranches salées d'énormes et bons mulets, et la chair délicate des grives.
SOCRATE. Grâce à elles toutefois, et n'est-ce pas juste ?
STREPSIADE. Dis-moi, comment se fait-il, si ce sont vraiment des Nuées, qu'elles ressemblent à des mortelles ? Elles ne le sont pourtant pas?
SOCRATE. Alors que sont-elles donc ?
STREPSIADE. Je ne sais pas trop. Elles ressemblent à des flocons de laine et non à des femmes, j'en atteste Zeus, pas le moins du monde. Et celles-ci ont des nez.
SOCRATE. Réponds maintenant à mes questions.
STREPSIADE. Dis-moi vite ce que tu veux.
SOCRATE. As-tu vu quelquefois, en regardant en l'air, une nuée semblable à un centaure, à un léopard, à un loup, à un taureau ?
STREPSIADE. De par Zeus ! j'en ai vu. Eh bien ?
SOCRATE. Elles sont tout ce qu'elles veulent. Et alors, si elles voient un débauché à longue chevelure, quelqu'un de ces sauvages velus, comme le fils de Xénophante, pour se moquer de sa manie, elles se changent en centaures.
STREPSIADE. Qu'est-ce à dire? Si elles voient Simon, le voleur des deniers cyniques, que font-elles ?
SOCRATE. Pour le représenter au naturel, elles deviennent tout à coup des loups.
STREPSIADE. C'est donc pour cela certainement que, hier, voyant Cléonyme, qui a jeté son bouclier, à la vue de ce lâche, elles sont devenues cerfs.
SOCRATE. Et maintenant, quand elles ont aperçu Clisthène, tu vois, c'est pour cela qu'elles sont devenues femmes.
SOCRATE. Pas du tout ; mais les Nuées célestes, grandes divinités des hommes oisifs, qui nous suggèrent pensée, parole, intelligence, charlatanisme, loquacité, ruse, compréhension.
STREPSIADE. C'est pour cela qu'en écoutant leur voix, mon âme se sent des ailes ; elle cherche à épiloguer, à ergoter sur de la fumée, à coudre trait d'esprit à trait d'esprit, pour riposter à l'autre raisonnement. De telle sorte que, s'il est possible, je souhaite vivement de les voir en personne.
SOCRATE. Eh bien, regarde du côté de la Parnès. Je les vois descendre lentement par là.
STREPSIADE. Où donc ? Montre-moi.
SOCRATE. Elles s'avancent en grand nombre, à travers les cavités et les bois, sur une ligne oblique.
STREPSIADE. Qu'est-ce donc ? Je ne les vois pas.
SOCRATE. Là, à l’entrée.
STREPSIADE. Ah ! oui, maintenant un peu, par là.
SOCRATE. Tu dois maintenant les voir tout à fait, à moins que tu n'aies une coloquinte de chassie.
STREPSIADE. Oui, par Zeus ! O vénérables divinités, elles remplissent toute la scène.
SOCRATE. Et cependant tu ne savais pas, tu ne croyais pas que ce fussent des déesses ?
STREPSIADE. Non, par Zeus ! mais je me figurais que c'était du brouillard, de la rosée, de la fumée.
SOCRATE. Non, non, par Zeus ! Sache que ce sont elles qui nourrissent une foule de sophistes, des devins de Thourion, des empiriques, des oisifs à bagues qui vont au bout des ongles et à longs cheveux, des fabricants de chants pour les chœurs cycliques, des tireurs d'horoscopes, fainéants, dont elles nourrissent l'oisiveté, parce qu'ils les chantent.
STREPSIADE. Voilà pourquoi ils chantent "le rapide essor des Nuées humides qui lancent des éclairs, les tresses du Typhon aux cent têtes, les tempêtes furieuses, filles de l'air, agiles oiseaux qu'un vol oblique fait nager dans les airs, torrents de Pluies émanant des Nuées humides". Et, pour prix de leurs vers, ils engloutissent des tranches salées d'énormes et bons mulets, et la chair délicate des grives.
SOCRATE. Grâce à elles toutefois, et n'est-ce pas juste ?
STREPSIADE. Dis-moi, comment se fait-il, si ce sont vraiment des Nuées, qu'elles ressemblent à des mortelles ? Elles ne le sont pourtant pas?
SOCRATE. Alors que sont-elles donc ?
STREPSIADE. Je ne sais pas trop. Elles ressemblent à des flocons de laine et non à des femmes, j'en atteste Zeus, pas le moins du monde. Et celles-ci ont des nez.
SOCRATE. Réponds maintenant à mes questions.
STREPSIADE. Dis-moi vite ce que tu veux.
SOCRATE. As-tu vu quelquefois, en regardant en l'air, une nuée semblable à un centaure, à un léopard, à un loup, à un taureau ?
STREPSIADE. De par Zeus ! j'en ai vu. Eh bien ?
SOCRATE. Elles sont tout ce qu'elles veulent. Et alors, si elles voient un débauché à longue chevelure, quelqu'un de ces sauvages velus, comme le fils de Xénophante, pour se moquer de sa manie, elles se changent en centaures.
STREPSIADE. Qu'est-ce à dire? Si elles voient Simon, le voleur des deniers cyniques, que font-elles ?
SOCRATE. Pour le représenter au naturel, elles deviennent tout à coup des loups.
STREPSIADE. C'est donc pour cela certainement que, hier, voyant Cléonyme, qui a jeté son bouclier, à la vue de ce lâche, elles sont devenues cerfs.
SOCRATE. Et maintenant, quand elles ont aperçu Clisthène, tu vois, c'est pour cela qu'elles sont devenues femmes.
LES NUÉES



Le nuage

Levez les yeux ! C'est moi qui passe sur vos têtes,Diaphane et léger, libre dans le ciel pur ;
L'aile ouverte, attendant le souffle des tempêtes,
Je plonge et nage en plein azur.
Comme un mirage errant, je flotte et je voyage.
Coloré par l'aurore et le soir tour à tour,
Miroir aérien, je reflète au passage
Les sourires changeants du jour.
Le soleil me rencontre au bout de sa carrière
Couché sur l'horizon dont j'enflamme le bord ;
Dans mes flancs transparents le roi de la lumière
Lance en fuyant ses flèches d'or.
Quand la lune, écartant son cortège d'étoiles,
Jette un regard pensif sur le monde endormi,
Devant son front glacé je fais courir mes voiles,
Ou je les soulève à demi.
On croirait voir au loin une flotte qui sombre,
Quand, d'un bond furieux fendant l'air ébranlé,
L'ouragan sur ma proue inaccessible et sombre
S'assied comme un pilote ailé.
Dans les champs de l'éther je livre des batailles ;
La ruine et la mort ne sont pour moi qu'un jeu.
Je me charge de grêle, et porte en mes entrailles
La foudre et ses hydres de feu.
Sur le sol altéré je m'épanche en ondées.
La terre rit ; je tiens sa vie entre mes mains.
C'est moi qui gonfle, au sein des terres fécondées,
L'épi qui nourrit les humains.
Où j'ai passé, soudain tout verdit, tout pullule ;
Le sillon que j'enivre enfante avec ardeur.
Je suis onde et je cours, je suis sève et circule,
Caché dans la source ou la fleur.
Un fleuve me recueille, il m'emporte, et je coule
Comme une veine au cœur des continents profonds.
Sur les longs pays plats ma nappe se déroule,
Ou s'engouffre à travers les monts.
Rien ne m'arrête plus ; dans mon élan rapide
J'obéis au courant, par le désir poussé,
Et je vole à mon but comme un grand trait liquide
Qu'un bras invisible a lancé.
Océan, ô mon père ! Ouvre ton sein, j'arrive !
Tes flots tumultueux m'ont déjà répondu ;
Ils accourent ; mon onde a reculé, craintive,
Devant leur accueil éperdu.
En ton lit mugissant ton amour nous rassemble.
Autour des noirs écueils ou sur le sable fin
Nous allons, confondus, recommencer ensemble
Nos fureurs et nos jeux sans fin.
Mais le soleil, baissant vers toi son œil splendide,
M'a découvert bientôt dans tes gouffres amers.
Son rayon tout puissant baise mon front limpide :
J'ai repris le chemin des airs !
Ainsi, jamais d'arrêt. L'immortelle matière
Un seul instant encor n'a pu se reposer.
La Nature ne fait, patiente ouvrière,
Que dissoudre et recomposer.
Tout se métamorphose entre ses mains actives ;
Partout le mouvement incessant et divers,
Dans le cercle éternel des formes fugitives,
Agitant l'immense univers.
Louise Ackermann
| Au fond, c'est ça la solitude : s'envelopper dans le cocon de son âme, se faire chrysalide et attendre la métamorphose, car elle arrive toujours. | ||
| August Strindberg Extrait de Seul | ||
mise en images Jacqueline Waechter 2011
















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