Vendôme - Honoré à Mme B. F. Balzac, rue Neuve à Tours.
« Ma chère maman, Je pense que mon papa a été désolé quand il a su que j’ai été l’alcôve. Je te prie de le consoler en lui disant que j’ai eu un accessit. Je n’oublie pas de me frotter les dents avec mon mouchoir. J’ai un chayer où je recopie mes chayers nettement et j’ai des bons points et c’est de cette manière que je compte te faire plaisir. Je t’embrasse de tout mon cœur et toute la famille et les messieurs de ma connaissance. Voici les noms que je sais de ceux qui ont eu des prix et qui sont de Tours :
Boislecompte
Je ne me rappelle
Que de lui
Ton fils soumis et affectionné
Balzac Honoré
Dans cette « alcôve », il dévore de nombreux livres prêtés par Hyacinthe Laurent Lefebvre, prêtre assermenté, régent de cinquième et bibliothécaire du collège de Vendôme.
En cette année scolaire les appréciations concernant Honoré sont les suivantes :
- Conduite : « bonne »
- Caractère : « lent »
- Disposition : « très heureuse »
"En la suave alcôve d'un amour fauve, la panthère m'étreint d'instincts, tendres et félins"
Le seuil est parfumé, l'alcôve est large et sombre, Et, là, parmi les fleurs, nous trouverons dans l'ombre, Pour nos cheveux unis un lit silencieux. Les Destinées Livres de Alfred de Vigny
Lorsque tu dormiras, ma belle ténébreuse,
Au fond d'un monument construit en marbre noir
Et lorsque tu n'auras pour alcôve et manoir
Q'un caveau pluvieux et qu'une fosse creuse...
Charles Baudelaire
Quelle aventure! Partir avec le produit de son imagination. Rien n'est plus compliqué.
Patrick Cauvin Menteur Le Livre de Poche p 45 Albin Michel 1993
Le marié a le vent qui le floue Pendant son absence, ici, tout le temps. Même des esprits des eaux,malfaisants Entrent vaguer aux sphères de l'alcôve.
Derniers Vers (1872), Jeune ménage
Arthur Rimbaud
O toison, moutonnant jusque sur l'encolure! O boucles! O parfum chargé de nonchaloir!
Extase! Pourpeupler ce soir l'alcôve obscure Des souvenirs dormant dans cette chevelure, Je la veux agiter dans l'air comme un mouchoir! Charles Baudelaire
Souvenirs d'Enfance, extrait du Lys dans la Vallée d'Honoré de Balzac
"Trop timide pour inviter une danseuse, et craignant d'ailleurs de brouiller les figures, je devins naturellement très grimaud et ne sachant que faire de ma personne. Au moment où je souffrais du malaise causé par le piétinement auquel nous oblige une foule, un officier marcha sur mes pieds gonflés autant par la compression du cuir que par la chaleur. Ce dernier ennui me dégoûta de la fête. Il était impossible de sortir, je me réfugiai dans un coin au bout d'une banquette abandonnée, où je restai les yeux fixes, immobile et boudeur.
Trompée par ma chétive apparence, une femme me prit pour un enfant prêt à s'endormir en attendant le bon plaisir de sa mère, et se posa près de moi par un mouvement d'oiseau qui s'abat sur son nid. Aussitôt je sentis un parfum de femme qui brilla dans mon âme comme y brilla depuis la poésie orientale. Je regardai ma voisine, et fus plus ébloui par elle que je ne l'avais été par la fête; elle devint toute ma fête. Si vous avez bien compris ma vie antérieure, vous devinerez les sentiments qui sourdirent en mon coeur."
"La rééducation de la parole ne peut s'effectuer qu' au cours de séances très brèves car elle exige beaucoup d'attention de la part de l'enfant. Chaque matin une éducatrice spécialisée prend Christiane
pendant quinze à vingt minutes au maximum. Le système appliqué au Ranelagh consiste à présenter aux enfants les différents exercices de rééducation de la parole,
des membres,
comme parfaitement normaux;
ils vont à leurs 'leçons de jambes" comme ils iraient à une classe d'histoire.
Dès son arrivée, on s'emploie à "décontracter" l'enfant:
les seules règles qu'on lui impose sont l'observation des heures de repas et de sommeil;
pour le reste il vit à sa guise , sous une surveillance discrète,.
C'est de lui-même qu'il finit, peu à peu, par s'intégrer dans la communauté".
Il arrive un moment, dans la vie intérieure des familles, où les enfants deviennent, soit volontairement, soit involontairement, les juges de leurs parents. Honoré de Balzac
les mots bleus
Date de sortie : 23 Mars 2005
Réalisé par Alain Corneau
Avec Sylvie Testud, Sergi Lopez, Camille Gauthier
Film français.
Un jeudi gras, vers les trois heures après midi, flânant sur les boulevards de Paris, j'aperçus au coin du faubourg Poissonnière, au milieu de la foule, une de ces petites figures enfantines dont l'artiste peut seul deviner la sauvage poésie. C' était un gamin, mais un vrai gamin de Paris ! .... Cheveux rougeâtres bien ébouriffés, roulés en boucle d'un côté, aplatis ça et là, blanchis par du plâtre, souillés de boue, et gardant encore l'empreinte des doigts crochus du gamin robuste avec lequel il venait peut-être de se battre; puis, un nez qui n'avait jamais connu de pacte avec les vanités mondaines du mouchoir,un nez dont les doigts faisaient seuls la police ; mais aussi une bouche fraîche et gracieuse, des dents d'une blancheur éblouissantes; sur la peau, des tons de chair vigoureux, blanc et bruns, admirablement nuancés de rouge. Ses yeux, pétillants dans l'occasion, étaient mornes, tristes et fortement cernés. Les paupières, fournies de beaux cils bien recourbés, avaient un charme indéfinissable... Ô enfance ! ....
Vêtu à la diable, insouciant d'une pluie fine qui tombait, assis sur une borne froide et laissant pendre ses pieds imparfaitement couverts d'une chaussure découpée comme le panneton d'une clé, il était là ne criant plus:-- 'A la chienlit ! ... lit !.. lit ! ...., reniflant sans cérémonie. Pensif comme une femme trompée, on eût dit qu'il se trouvait là -- chez lui. Ses jolies mains, dont les ongles roses étaient bordés de noir, avaient une crasse presque huileuse... Une chemise brune, dont le col, irrégulièrement tiré, entourait sa tête, comme d'une frange, permettait de voir une poitrine aussi blanche que celle de la danseuse la plus fraîche figurant dans un bal du grand monde...
Il regardait passer les enfants de son âge ; et toutes les fois qu'un petit bourgeois habillé en lancier, en troubadour, ou vêtu d'une jaquette, se montrait armé de la batte obligée, sur laquelle était un rat de craie... Oh ! alors... les yeux du gamin s'allumaient de tous les feux du désir !... L'enfance est-elle naïve ? me disais-je. Elle ne sait pas taire ses passions vives, ses craintes, ses espérances d'un jour !...
Je m'amusai pendant quelques minutes de la concupiscence du gamin. Oh ! oui; c'était bien une batte qu'il souhaitait. Sa journée avait été perdue. Je vis qu'il gardait l'empreinte de plusieurs rats sur ses habits noirs. Il avait le coeur gros de vengeance... Ah ! comme ses yeux se tournaient avec amour vers la boutique d'un épicier dont les sébiles étaient pleines de fusées, de billes ; et où, derrière les carreaux, se trouvaient deux battes bien crayeuses placées en sautoir.
-Pourquoi n'as-tu pas de batte? ... lui dis-je.
Il me regarda fièrement, et me toisa comme M. Cuvier doit mesurer M. Geoffroy-Saint-Hillaire quand celui-ci l'attaque inconsidérément à l' Institut.
-Imbécile ! ... semblait-il me dire, si j'avais deux sous, ne serais-je pas riant, rigolant, tapant, frappant, criant ? ... Pourquoi me tenter?...
J'allai chez l' épicier. L'enfant me suivit attiré par mon regard qui exerça sur lui la plus puissante des fascinations. Le gamin rougissait de plaisir, ses yeux s'animaient... Il eut la batte...
Alors, il la brandit ; et, pendant que je l'examinais, il m'appliqua, dans le dos d'un habit tout neuf,le premier exemplaire d'un rat, en criant d'une voix railleuse :
-'A la chienlit!...lit!...lit!... Je voulus me fâcher. Il se sauva en ameutant les passants par ses clameurs rauques et perçantes... -'A la chienlit!...lit!...lit!...
Dans cet enfant il y a tous les hommes !.....
Honoré de Balzac (La caricature, 11 novembre 1830)
"Trois mois avant la naissance d’Henry, Honoré était entré en huitième comme interne au collège de Vendôme - pour n’en plus sortir pendant six ans. L’établissement était tenu par des oratoriens sécularisés, ouverts à l’esprit encyclopédique, mais attachés à une stricte discipline. Ainsi, les élèves n’étaient pas autorisés à rentrer chez eux pour les vacances, et Honoré dira plus tard n’avoir vu sa mère que deux fois en six ans, quoique sa sœur se souvienne être allée lui rendre visite deux fois par an, à Pâques et en septembre, pour la distribution des prix. Régime bien rude pour un petit garçon de huit ans.
Les salles de classe étaient d’une austérité monacale. Les dortoirs, divisés en cellules munies de barreaux et verrouillées pour la nuit, servaient aussi de lieu de pénitence, comme Balzac le raconta plus tard dans Louis Lambert. Élève paresseux, «le plus contemplatif de la Division des Petits, et partant le plus souvent puni» (Louis Lambert), il connut souvent la férule de cuir et le cachot. Les enfants avaient cependant dans le vaste parc des cabaneset des jardins où ils élevaient des pigeons, et ils n’étaient pas contraints à prendre leurs repas en silence.
Le portier tenait le dimanche matin commerce de babioles, dont Honoré, «caractère sanguin», sujet «à quelques fièvres de chaleur» (selon le registre du collège), rêvait la nuit en recomptant son argent de poche. Et l’établissement avait aussi sa fanfare et son académie, où les grands lisaient leurs œuvres.
Et puis, il y avait les livres, que le répétiteur d’Honoré, préoccupé par ses propres travaux, lui laissait lire à sa guise pendant ses heures d’étude ou ses nombreuses pénitences.
C’est ainsi qu’Honoré dévora la riche bibliothèque de Vendôme, et, plongé dans un torrent de pensées par des lectures bien au-dessus de son âge, entreprit - il avait treize ans environ - d’écrire un «Traité de la volonté», compilation d’anecdotes empruntées à l’histoire des grands hommes et des saints. Ce «traité», qui excita la moquerie de ses camarades, fut malheureusement confisqué puis perdu.
En avril 1813, victime d’une fièvre qui semblait un coma et qu’il attribua pour sa part à une «congestion d’idées», Honoré fut retiré en hâte du collège et ramené à Tours...()..."