lundi 31 mai 2010

Intimités maritimes...


















A force de contempler la mer, on fini un jour par la prendre.





Dictons de marins bretons


...















En intimité maritime, le lagon est à la lagune ce que chacun est à sa chacune.

Pierre Dac
















Homme libre, toujours tu chériras la mer.

Charles Baudelaire









"Barbes de chat aux nuages, du vent grand tapage"










Le crissement de ses pas





Par la grille qui grince








Une arrivée au jardin






Par le foulon d’être en son effacement,









Par le son d’exploitation des gravières










ruisselant












de murmures et de secrets








Par le bruit souple des draps blancs,









épousant l’appui de la fenêtre







par le vin que le marin

boit en passant








par ces petits jours de papiers mâchés









foulés au moulin des vies denses







Par le lointain navire,









Par le secteur angulaire de la Rose des Vents









par le lin amidonné










Par les garçons de cabine




Par les ombres impulsives s’épousant en la coursive








Par des lots de doux leurres

caracolant

à la une des machines compulsives








Par les simples emboîtements

Par les corps impatients














Par l’ombre de ces cils









battant au creux de leurs reins









Par la pénombre de belles nues anses.








Par quelqu’ apothéose de larmes





Par une échappée, femme de hasard





Par le froissement d’ailes

D’une chauve-souris de printemps







Par ce point final







Par l’écharpe du roulis







dans la nuit des temps,












Par quelques sourires en ricochets dans l’eau






Par quelques colliers de pollen dorant la bouche,










Par ces cils bleutés







Par la mouillure au champs

Par l’embrun et par le sel

Par la lèche du vent…














Poem, Numerical Art, Drawings, Paintings by Jacqueline Waechter 2010













...

dimanche 30 mai 2010

"Et toi fille verte mon spleen"...

...

























Jean-Roger Caussimon, Léo Ferré




"Léo Ferré au Théâtre des Champs-Élysées" (1984)

À la Seine (Caussimon)

Voyant tes remous, tes ressacs
Tout au long du quai rectiligne
Un moment je t'avais cru digne
De m'écouter vider mon sac

Tout comme on parle dans l'oreille
D'un chien compagnon de malheur
Quand on n'a pas assez d'oseille
Pour s'approprier la blondeur d'une fille
À la peau bien tendre
Qui fait bien semblant de comprendre
Et vous vend un peu de douceur

J'allais te confier mes alarmes
Mes fatigues et mes regrets
C'est bête à dire
J'étais prêt à te grossir
De quelques larmes
Contenues depuis trop de jours
Et d'amertumes bien salées

Mais ta flotte s'en est allée
Insensible suivant son cours
Roulant au pied de l'escalier
Tant de mètres cubes à l'heure
Tu t'en fous
Qu'on vive ou qu'on meure
T'es plus bête qu'un sablier

C'est normal
T'es un personnage
Ta place est faite au grand soleil
Les hommes et toi c'est tout pareil
Y'a pas de pitié qui surnage
T'es vaseuse dans ton tréfonds
Moi je m'en vais
Adieu la Seine
Y'a pas de pitié qui surnage
T'es vaseuse dans ton tréfonds
Moi je m'en vais
Adieu la Seine
Tu sais, avant que je revienne
De l'eau coulera sous tes ponts






















Spleen

Charles Baudelaire




Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis,
Et que de l'horizon embrassant tout le cercle
Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits ;

Quand la terre est changée en un cachot humide,
Où l'Espérance, comme une chauve-souris,
S'en va battant les murs de son aile timide
Et se cognant la tête à des plafonds pourris ;

Quand la pluie étalant ses immenses traînées
D'une vaste prison imite les barreaux,
Et qu'un peuple muet d'infâmes araignées
Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux,

Des cloches tout à coup sautent avec furie
Et lancent vers le ciel un affreux hurlement,
Ainsi que des esprits errants et sans patrie
Qui se mettent à geindre opiniâtrement.

- Et de longs corbillards, sans tambours ni musique,
Défilent lentement dans mon âme ; l'Espoir,
Vaincu, pleure, et l'Angoisse atroce, despotique,
Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.









































Léo Ferré
LA MÉMOIRE ET LA MER


La marée je l'ai dans le coeur
Qui me remonte comme un signe
Je meurs de ma petite soeur
De mon enfant et de mon cygne
Un bateau ça dépend comment
On l'arrime au port de justesse
Il pleure de mon firmament
Des années-lumière et j'en laisse
Je suis le fantôme Jersey
Celui qui vient les soirs de frime
Te lancer la brume en baisers
Et te ramasser dans ses rimes
Comme le trémail de juillet
Où luisait le loup solitaire
Celui que je voyais briller
Aux doigts du sable de la terre

Rappelle-toi ce chien de mer
Que nous libérions sur parole
Et qui gueule dans le désert
Des goémons de nécropole
Je suis sûr que la vie est là
Avec ses poumons de flanelle
Quand il pleure de ces temps-là
Le froid tout gris qui nous appelle
Je me souviens des soirs là-bas
Et des sprints gagnés sur l'écume
Cette bave des chevaux ras
Au ras des rocs qui se consument
Ô l'ange des plaisirs perdus
Ô rumeurs d'une autre habitude
Mes désirs dès lors ne sont plus
Qu'un chagrin de ma solitude

Et le diable des soirs conquis
Avec ses pâleurs de rescousse
Et le squale des paradis
Dans le milieu mouillé de mousse
Reviens fille verte des fjords
Reviens violon des violonades
Dans le port fanfarent les cors
Pour le retour des camarades
Ô parfum rare des salants
Dans le poivre feu des gerçures
Quand j'allais géométrisant
Mon âme au creux de ta blessure
Dans le désordre de ton cul
Poissé dans les draps d'aube fine
Je voyais un vitrail de plus

Et toi fille verte mon spleen







Les coquillages figurants
Sous les sunlights cassés liquides
Jouent de la castagnette tant
Qu'on dirait l'Espagne livide
Dieu des granits ayez pitié
De leur vocation de parure
Quand le couteau vient s'immiscer
Dans leur castagnette figure
Et je voyais ce qu'on pressent
Quand on pressent l'entrevoyure
Entre les persiennes du sang
Et que les globules figurent
Une mathématique bleue
Dans cette mer jamais étale
D'où nous remonte peu à peu
Cette mémoire des étoiles

Cette rumeur qui vient de là
Sous l'arc copain où je m'aveugle
Ces mains qui me font du flafla
Ces mains ruminantes qui meuglent
Cette rumeur me suit longtemps
Comme un mendiant sous l'anathème
Comme l'ombre qui perd son temps
À dessiner mon théorème
Et sur mon maquillage roux
S'en vient battre comme une porte
Cette rumeur qui va debout
Dans la rue aux musiques mortes
C'est fini la mer c'est fini
Sur la plage le sable bêle
Comme des moutons d'infini
Quand la mer bergère m'appelle






















C'est extra
by Léo Ferré


Une robe de cuir comme un fuseau
Qu'aurait du chien sans l'faire exprès
Et dedans comme un matelot
Une fille qui tangue un air anglais
C'est extra
Un Moody Blues qui chante la nuit
Comme un satin de blanc marié
Et dans le port de cette nuit
Une fille qui tangue et vient mouiller

C'est extra c'est extra
C'est extra c'est extra

Des cheveux qui tombent comme le soir
Et d'la musique en bas des reins
Ce jazz qui d'jazze dans le noir
Et ce mal qui nous fait du bien
C'est extra
Ces mains qui jouent de l'arc-en-ciel
Sur la guitare de la vie
Et puis ces cris qui montent au ciel
Comme une cigarette qui brille

C'est extra c'est extra
C'est extra c'est extra

Ces bas qui tiennent hauts perchés
Comme les cordes d'un violon
Et cette chair que vient troubler
L'archet qui coule ma chanson
C'est extra
Et sous le voile à peine clos
Cette touffe de noir jésus
Qui ruisselle dans son berceau
Comme un nageur qu'on n'attend plus

C'est extra c'est extra
C'est extra c'est extra

Une robe de cuir comme un oubli
Qu'aurait du chien sans l'faire exprès
Et dedans comme un matin gris
Une fille qui tangue et qui se tait
C'est extra
Les Moody Blues qui s'en balancent
Cet ampli qui n'veut plus rien dire
Et dans la musique du silence
Une fille qui tangue et vient mourir

C'est extra
C'est extra
C'est extra
C'est extra



















Pour ce rythme inférieur dont t'informe la Mort
Pour ce chagrin du temps en six cent vingt-cinq lignes
Pour le bateau tranquille et qui se meurt de Port
Pour ce mouchoir à qui tes larmes font des signes

Pour le cheval enfant qui n'ira pas bien loin
Pour le mouton gracieux le couteau dans le rouge
Pour l'oiseau descendu qui te tient par la main
Pour l'homme désarmé devant l'arme qui bouge

Pour tes jeunes années à mourir chaque jour
Pour tes vieilles années à compter chaque année
Pour les feux de la nuit qui enflamment l'amour
Pour l'orgue de ta voix dans ta voix en allée

Pour la perforation qui fait l'ordinateur
Et pour l'ordinateur qui ordonne ton âme
Pour le percussionniste attentif à ton coeur
Pour son inattention au bout du cardiogramme

Pour l'enfant que tu portes au fond de l'autobus
Pour la nuit adultère où tu mets à la voile
Pour cet amant passeur qui ne passera plus
Pour la passion des araignées au fond des toiles
Pour l'aigle que tu couds sur le dos de ton jeans
Pour le loup qui se croit sur les yeux de quelqu'un
Pour le présent passé à l'imparfait du spleen
Pour le lièvre qui passe à la formule Un
Pour le chic d'une courbe où tu crois t'évader
Pour le chiffre évadé de la calculatrice
Pour le regard du chien qui veut te pardonner
Pour la Légion d'Honneur qui sort de ta matrice
Pour le salaire obscène qu'on ne peut pas montrer
Pour la haine montant du fond de l'habitude
Pour ce siècle imprudent aux trois quarts éventé
Pour ces milliards de cons qui font la solitude

Pour tout ça le silence.



























Numerical Art and Drawings by Jacqueline Waechter 2010












...