samedi 25 septembre 2010

Standing Ovation, Amour, Détresse, Rayonnement à la Française!

















«Quand on aime, 
il semble que l'on ait une toute autre âme 
que quand on aime pas !»


Blaise Pascal  













«On doit avoir pitié des uns et des autres, 
mais on doit avoir pour les uns une pitié qui naît de tendresse, 
et pour les autres une pitié qui naît de mépris.»


 Blaise Pascal 


 - Extrait des Pensées 







Jacques Brel
LA TENDRESSE
1959


Pour un peu de tendresse
Je donnerais les diamants
Que le diable caresse
Dans mes coffres d'argent
Pourquoi crois-tu la belle
Que les marins au port
Vident leurs escarcelles
Pour offrir des trésors
A de fausses princesses
Pour un peu de tendresse

Pour un peu de tendresse
Je changerais de visage
Je changerais d'ivresse
Je changerais de langage
Pourquoi crois-tu la belle
Qu'au sommet de leurs chants
Empereurs et ménestrels
Abandonnent souvent
Puissances et richesses
Pour un peu de tendresse

Pour un peu de tendresse
Je t'offrirais le temps
Qu'il reste de jeunesse
A l'été finissant
Pourquoi crois-tu la belle
Que monte ma chanson
Vers la claire dentelle
Qui danse sur ton front
Penché vers ma détresse
Pour un peu de tendresse




















































































































I1 applaudissait comme un simple fan •. 
C'était M. Théo Lefèvre, président du Conseil
qui assistait, à Knokke-/e-Zoute,
au dernier gala de Jacques Brel avant sa rentrée
à Paris. Et dans les coulisses, après le
récital, la conversation s'établit et dura longtemps .
entre le leader de la démocratie chrétienne et le chanteur.


Les deux hommes découvrirent qu'ils 
avaient une admiration commune pour Blaise Pascal.


Vous êtes l'un des meilleurs ambassadeurs
de la Belgique dit M. Théo Lefèvre.

Et ce n'était pas un compliment académique.
Aucun des spectateurs de cette conversation
n'en doute: M. Théo Lefèvre et
Jacques Brel se sont fait chacun ce soir-là
un sympathisant de plus.















Rayonnement Pascalien par Jacqueline Waechter 2010




















Documents extraits d'un reportage photographique réalisé par Christian Gibey 
pour le journal Paris Match,  numéro 804, 5 Septembre 1964




































"Avec vous, la chanson française ne peut pas mourir"


Maurice Chevalier parlant à Jacques Brel






















"J'ai connu à Alger, une belle tragédienne, ]acqueline Morane, et
son mari, Jean Serge. 
Jean Serge devait réaliser, entre autres, à
Europe n° l, une émission d'anthologie: la rencontre devant le
micro d'Europe 1 de Léo Ferré, Georges Brassens et Jacques Brel,
discutant en toute liberté de la vie, de la société, des moeurs et
surtout de la musique et de la chanson. Des photographies
remarquables ont immortalisé ce moment, où l'on voit ces trois
pointures  en noir et blanc, chacun devant une bière ou un café,
autour du micro.


J'ai eu le privilège de connaître Jacques Brel, un peu.
D'abord à Alger, pendant les événements d'Algérie. Il avait été
engagé par la mairie pour donner un gala, au théâtre en plein air du
Champs de Manoeuvre. Avec Lucette Sahuquet, nous faisions la
première partie. Il m'impressionnait déjà. Avant d'entrer en scène,
pendant l'entracte, je l'avais épié. Il tournait et virevoltait comme un
ours en cage dans les coulisses. Tout le spectacle, de 21 heures à
23 heures, s'est déroulé au son des grenades et des bombinettes
(qu'on appelait « stroungas ») que faisait exploser l'OAS. Cet
accompagnement sonore ne l'a pas du tout affecté. Il a assuré son
tour de chant comme s'il était sur scène, au théâtre de Verdure de
Nice, ou sur la place de Brouckère à Bruxelles.


Plus tard, j'ai eu l'occasion de passer une soirée avec le grand
Jacques.
Je jouais Trois hommes sur un cheval au théâtre Antoine, avec
Robert Dhéry, Colette Brosset et Philippe Nicaud, dans une mise
en scène de Pierre Mondy. La pièce avait obtenu un joli succès.
Jacques était venu la voir. Après le spectacle, en compagnie de
Robert Dhéry et de Colette Brosset, nous sommes allés finir la
soirée dans un restaurant.
Jacques Brel venait d'annoncer ses adieux à la scène.
L'événement avait provoqué un bruit certain dans le landernau
du music-hall car, à ce moment-là, Jacques paraissait en bonne
santé et n'avait aucune raison apparente de quitter la scène. J'étais
assis à côté de lui. Je m'étais permis de lui dire: 
« Comment, vous, Jacques Brel, l'honneur de la chanson française, 
vous annoncez vos adieux à grand renfort de trompettes! 
Voilà que vous aussi vous faites la pute pour vous faire mousser!
Alors que votre célébrité vous suffit. Enfin, cela ne vous ressemble pas. 
C'est pas possible! »
Et j'avais enchaîné, avec ma colère habituelle, obsessionnelle
contre la démagogie et le racolage dont faisaient preuve certains
pour annoncer leurs premiers adieux, leurs deuxièmes adieux.



J'avais même poursuivi avec un deuxième couplet sur ceux qui annoncent
avec un porte-voix qu'ils ne veulent surtout aucun photographe
lorsqu'ils séjourneront à Putainville ou à Saint-Tropez, le 13 de ce
mois, à 12 h 47, à la Brasserie des Deux Glandeurs au fond de la
salle, en costume prince-de-galles etlunettes noires cerclées d'or à la
table 12 derrière la porte vitrée. J'avais poursuivi avec un troisième
couplet sur la façon indécente dont certains chanteurs annonçaient
par exemple une intervention chirurgicale que devait subir soit lui,
soit un de ses proches, un mois avant l'ouverture de la location à
l'Olympia ou à Bobino. Pleurons dans les chaumières et allons louer
nos places!
Il y avait, et il y a encore, des opérations publicitaires du même
genre sur Untel qui retrouve sa mère après douze ans de recherches,
juste trente jours avant l'ouverture de la location. Et ce n'est pas à
Notre-Dame de Fatima. Il y a ceux qui sont agressés dans la rue par
des admirateurs (trices) psychotiques ou névropathes. Il y a ceux
qui sont victimes d'une dépression parce qu'ûs perçoivent un
million d'euros par émission télé! Il y a ceux qu'on retrouve à
Copacabana revivant un grand amour après une pseudo-rupture! Il
y a ceux...  Il y a ceux... La putasserie n'a pas de limites ... On
prétend que c'est le plus vieux métier du monde. En tout cas, il
vieillit bien. Et il a encore de belles années devant lui !
Bref, j'étais devenu La Rochefoucauld au comice agricole en
période de soldes. M'est avis que les deux ou trois whiskys ingurgités
auparavant n'étaient pas étrangers à ma diatribe moralisatrice
et prétentieuse.
Quoique ... D'une part, In vino veritas,
et d'autre part, sub consciemment, je me doutais que Jacques partageait
un peu mon opinion sur ce comportement de péripatéticiens de la
scène, certains faisant du music-hall et d'autres le hall de la musique.
Mais lui savait le dire plus finement que moi.

Alors il m'avait répondu. Il m'avait dit que « l'événement» lui
avait échappé, qu'il ne pouvait plus le maîtriser et qu'il se sentait
obligé de répondre à certaines interviews (et il y en a eu) et qu'il
était mécontent de la tournure des événements. La suite de l'histoire
devait lui donner raison. Et je sais qu'il n'a jamais utilisé ses adieux
comme argument de vente de disques, même lorsqu'il a sorti chez
Barclay son ultime album.
La dernière représentation de ses adieux à l'Olympia fut un
moment rare. Ceux qui y ont assisté s'en souviendront toute leur
vie. J'y étais ... Après sa dernière chanson, Jacques Brel salua le
public sous un déluge d'applaudissements. Il salua trois ou quatre
fois, selon son propre rituel. Comme si la soirée n'avait rien d'exceptionnel.
Il regagna sa loge. Le rideau rouge fut baissé. Mais ce n'était
pas une soirée comme les autres. Le public continua cl'applaudir,
sans faiblir dans l'intensité. Le public, à sa manière, en lui disant

« Adieu» lui disait « Merci ». 
Merci Jacques pour tous les
moments et les soirées d'émotion. 
Merci pour la, dignité de votre carrière.
Merci pour Les Flamandes,  
pour Ne me quitte pas,  
pour
Les Vieux,  
pour Les Bourgeois,  
pour Bruxelles
pour Le Plat Pays. 

Le message était puissant, chaud et clair.









Jacques Brel ne revenait pas. Le public applaudissait toujours.
Bruno Coquatrix se rendit dans sa loge et dut lui dire: « Jacques, il
faut que tu reviennes saluer. Il le faut absolument. »
Le public continuait d'applaudir. Cinq minutes, six minutes, sept minute·
C'est long, sept minutes! Jacques ne revenait pas. Huit minutes ...

Enfin Jacques Brel réapparut, vêtu d'un peignoir de bain, enfilé à la
hâte. Le public, comme un seul homme, se leva. Les murs de
l'Olympia tremblèrent sous les crépitements. 
Peut-être que ce soir-là, en France, nous avons découvert le sens de l'expression anglaise
standing ovation. 
En effet, ce fut une ovation d'un grand, d'un très standing."





Je pose soixante-quinze, mais je retiens tout

Livre de Souvenirs écrit par Robert Castel

































Numerical Art by Jacqueline Waechter 2010







































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