mercredi 15 septembre 2010

"Nostalgérie", vues d'Artistes entre Insoumis et Déracinés...






































Piaf, Villa d'Este, souvenirs de Robert Castel, 
Je pose soixante-quinze, mais je retiens tout
















El Ghachii-"La foule" d'Edith Piaf revisitée en kabyle par Mucat

























































Tahia ya didou ! 
Mohamed Zinet Himoud Brahimi










" Zinet est décédé (que Dieu ait son âme). 
C'était un écorché vif, sensible à l'extrême. 
Il avait réalisé un film en Algérie.
Ce film s'appelait Ta aya didou. Il n'avait pas obtenu le succès escompté et Zinet en avait ressenti de l'amertume.





Eh bien je vais vous révéler un petit épisode qui s'était déroulé à

Alger et qui avait resserré nos liens. Nous avions 16, 17 ans. 
En
sortant collège Guillemin, à Alger, nous descendons côte à côte
les escaliers conduisant à l'avenue de la Marne. On croise des gens.
Je ne sais plus qui traite Zinet de sale bougnoul. 
Jétais loin d'être John Wayne mais je ne sais pas pourquoi (ou plutôt oui, je sais) je m'adresse à l'insulteur et je lui dis: « Dis-moi, espèce d'enfoiré (c'était un autre mot),
 toi tu traites mon copain de sale bougnoul?
Espèce de pourriture! » 
Je n'ai pas pensé à lui dire « racaille ».) Je le prends par le revers de son veston et je lui file un coup de carafon, qui a été plus douloureux pour moi que pour lui. S'en suivit une castagne classique, c'est-à-dire bab-el-oudienne avec des échanges de formules empruntées à Verlaine et à Rimbaud.
Cela s'est passé il y a soixante ans. 

Je vous l'ai dit, j'ai des cicatrisations tardives."









Je pose soixante-quinze, mais je retiens tout

Livre souvenirs de Robert Castel









Cinema DZ # Tahya ya Didou # 1971 de Mohamed Zinet














Cherchel, Orante



































la chanson des pieds noirs des déracinés de VIOT Bernard...








































































"C'est surtout La Purée de nous z'ôtres, pièce que nous avons créée,
Lucette et moi, en 1963, qui a commencé lentement à désarmer
nos adversaires et les critiques. Le succès de la pièce nous a offert
une espèce de brevet d'honorabilité et de sympathie, à Paris et dans
nos tournées en province.







Le style pied-noir que nous avions créé - je le dis avec une
orgueilleuse modestie - devint sympathique, populaire, parce que
nous faisions rire.

Plus tard, bien plus tard, avec ce folklore de pacotille composé
de 
« couscous mon frère », 
« merguez mon frère », 
« brochette 


et anisette »

« sur la vie de ma mère », 
« pô, pô, pô mon frère »,

« on va kiffer » 
(<< oh kiffer ! Mettez-en moi 2 kilogrammes de
côté, avec 600 grammes de l'ÂÂziz » ), 

après que Lucette et moi
avions fait connaître ce genre de sketchs où il n'y avait aucun
menu de restaurant, beaucoup se sont engouffrés dans la brèche
parce qu'à partir de ce moment-là, notre langage, notre accent
naturel (si tant est que ... ) devinrent quelque peu sympathiques,
et aussi surtout lucratifs. Il y en a qui ont kiffé et qui kiffent encore."












Je pose soixante-quinze, mais je retiens tout

Livre souvenirs de Robert Castel























































"Je vous l'ai dit, j'ai des cicatrisations tardives."






Robert Castel





















































Extrait du film "Je suis timide mais je me soigne" 


avec Pierre Richard et Aldo Maccione, la scène de la pétanque 




"il me regarde, il me regarde!!" 


où un hillarant Robert Castel nous fais une terrible scène où il ne supporte pas d'etre regardé par Pierre Richard....











































Labassi Lili Oranie Algérie Tlemcen.





















Je pose soixante-quinze, mais je retiens tout

Livre souvenir de Robert Castel
















































"Bon, maintenant que j'ai commencé à m'enrichir de nouveaux










































amis, je fais un saut et je passe à l'année 1942.

]'étais en cours moyen
première ou deuxième année.
Ma maîtresse, Mme Andrieux, 










m'appela à son bureau et me dit doucement à l'oreille:



- Tu sais, Moyal, à partir de demain, il ne faudra plus venir
à l'école.
Ainsi je fus renvoyé de l'école parce que j'étais juif et que les
lois antisémites de Vichy s'appliquant à l'Algérie, département
français 91, m'excluaient de l'école publique laïque et obligatoire
de Jules Ferry.



Ce fut une blessure dont je ne suis pas encore totalement
guéri à 75 ans.
Mon frère aîné, Roger (que Dieu ait son âme),
subit la même 





exclusion. 







Mais pour lui ce fut plus grave. 
Dégoûté, ses études furent 





brisées net. et il ne passa pas son BEPC.









Mon père, musicien-chanteur-auteur-compositeur de musique
arabo-andalouse, fut interdit de concert à Radio-Alger à la grande
satisfaction du directeur de la station qui ne pouvait pas supporter
que Lili Labassi soit supérieur à ses protégés algériens musulmans,
ce que je comprends.

Ce personnage douteux s'appelait El Boudali Safir (encore de
nouveaux amis! Un proverbe arabe conseille d'ailleurs: 
« Quand tu 





dis la vérité, prends soin d'avoir près de toi un coursier rapide. »















Encore faut-il savoir monter à cheval. Et je ne sais pas! Je suis un
kamikaze pied-noir.)
Évidemment, on ne diffusa pas les disques de mon père.
C'était le plus grand auteur-compositeur de son époque, mais il
était JUIF.
Nous vécûmes, ma famille et les autres familles juives, des
années noires assez difficiles. Mais nous survécûmes."

















Je pose soixante-quinze, mais je retiens tout

Livre souvenir de Robert Castel






































Lili Labassi wahran bahia لي لي لعباسي " وهران الباهية"










































CHAPITRE I
JE POSE 75, MAIS JE RETIENS TOUT


L'événement le plus important qui se produisit dans le monde ne
fut pas l'invention de l'alphabet, ni de la géométrie, ni de l'arithmétique,
ni de la physique, ni de la chimie, ni la naissance de Socrate, ni celle de
Platon, ni celle d'Aristote, ni l'invention de la roue, ni celle du feu, ni
celle du langage, ni même la longueur du nez de Cléopâtre, ni les
actions de César, ni l'incendie de la bibliothèque d'Alexandrie,







ni la 





bataille d'Actium, ni la bataille de la Marne, ni celle d'Hernani, ni







même (que Dieu me pardonne, Sebhane Ellah, Louanges à Lui) la
promulgation des Dix Commandements par Moïse aux pieds du
Mont Sinaï, ni les contributions de Sénèque, Tite-Live, Marc Aurèle,
d'Ovide, d'Homère, de Shakespeare, ni de Galilée, Leibniz, Newton, ni
de Descartes, ni de Kant, ni de Freud, ni d'X, y ou Z pour faire court
Non. 
Pour moi, l'événement le plus important qui se produisit
dans le monde eut lieu le 21 mai 1933 à Alger, rue du Dauphiné.
Il était 7 h 35.Je venais de naître. Le monde en fut ébranlé.
Alors mon père et ma mère (que Dieu les bénisse) choisirent
mon prénom. Ce fut Robert. Mon nom, je l'avais déjà, bien sûr.
C'était Moyal.
Et Castel, c'est quoi? Tout bêtement un pseudonyme que







que j'ai 
emprunté pour « faire l'artiste ». Parfois je pense que j'ai eu tort.



Pas de faire l'artiste. D'avoir pris un pseudonyme. Jaurais dû faire

comme Victor Hugo et Blaise Pascal. Nous aurions été les trois,
entre autres, à garder notre nom. Mais j'ai fait comme Molière et
Raimu. Donc nous sommes trois à porter un pseudonyme. En
plus, les trois on a fait du théâtre. Ce n'est pas plus mal, allez!
Jallais oublier: sept jours après ma naissance, je fus circoncis.
Comme Baruch de Spinoza et Maimonide. Dans ce coup-là, tous
les trois on est pareils. Il y a des analogies troublantes quand même!
Je me souviens: je criais, je braillais, je hurlais. Je ne voulais pas
qu'on raccourcisse le signe de ma virilité. Je pensais qu'abondance
de biens ne nuit pas. Hélas, hélas, le rabbin chirurgien (mohel
) ne se







soucia pas de mes protestations tapageuses.
Dès lors, j'appartenais de facto à la communauté juive.
Appartenance lourde de conséquences.
Ces quatre lettres ].U.I.F. assemblées renferment je ne sais quelle
charge de drames, de tragédies, de conflits, de fureur, de larmes et de
malheur. Comme quelque chose qui ressemble à de la malédiction.
C'est ce que je ressens.
Personnellement, j'éprouve le sentiment que cela ne finira 
jamais.


Il y aura des trêves, des pauses, des cessez-le-feu. Pour moi,







ces réplts seront précaires.
Tous les traités, tous les accords du monde, toutes les ONU du
monde,  toutes les réunions de Genève, de Paris, de Washington,
du Caire, de Jérusalem} de NewYork, et de Brie-Comte-Robert n'y
feront rien.
Cela dure depuis que Jacob s'est appelé Israël, jusqu'à aujourd'hui.
Quatre lettres seulement, ].U.I.F., et votre sort est joué. Un jour ou
l'autre, vous saurez que vous êtes à part, et même à part de ceux qui
sont à part. C'est ce que je pense et ressens. Qui est coupable? Je
ne sais pas.


D'où vient le mal? Je ne sais pas.







J'espère avoir tort et jouer les Cassandre ridicules. Cassandre est
bien ce vieillard grotesque de la Comedia dei Arte (tiens, comédien
lui aussi) qui fait des prévisions alarmistes dont on ne tient pas
compte. Je me reconnais dans ce portrait. J'ai sans doute tort. 

Le chefd'orchestre israélien, Daniel Barenboïm, m'en fournit une
demi-preuve puisqu'il vient d'adopter la citoyenneté palestinienne.
Je dis: demi. J'attends qu'un citoyen palestinien m'en fournisse
l'autre moitié en adoptant la citoyenneté israélienne.

Quoi qu'il en soit, j'étais juif, sept jours après ma naissance.
Très vite, j'arrivais à l'âge de 4 ans. À partir de là, tout se
mélange dans mon existence. L'école maternelle, l'apprentissage
précoce de la vie dans mon quartier de Bab-el-Oued, le football
dans les rues avec des boules de papier journal entourées de
ficelle avant de jouer dans un club et surtout, insidieusement,
l'initiation et l'inoculation quasi quotidienne de la drogue de la
musique arabo-andalouse par mon père, Lili Labassi. Oh! Vous
dites Lili Labassi ?
Et Moyal alors, c'est quoi? Je vous expliquerai plus tard, bien
comme il faut.
Bon, pour l'école rien de spécial à dire: école maternelle rue
Franklin, en face de ma maison. Le directeur s'appelait M. Polito. Ma
maîtresse était Mme Mougenot, un « hussard de la République»
comme on n'en fait plus (peut-être ... ).


Souvenirs, souvenirs ... 

Savez-vous qu'à cette époque, c'était
une récompense et un honneur que d'être chargé d'effacer le
tableau et de remplir les encriers de porcelaine blanche avec la'
bouteille d'encre violette?

Savez-vous que les maîtres donnaient des bons points, comme
des petites contremarques?"















































Lili El Abbassi), a well-known Jewish chaabi singer and violinist from Algeria.














































"la Nostalgérie" de Robert Castel


...Amis, dans le genre démago, j'en ai entendu et j'en entends de
pires qui ont rapporté beaucoup d'euros plus un peu de célébrité.
Je vous le dis parce que je l'ai vécu. Ce sont mes souvenirs que je
raconte et c'est ma vie. Pas celle de Céline, ni celle du maréchal
Pétain.
De plus, ceux qui sont allés en villégiature à Auschwitz, à
Buchenwald, à Mauthausen et en d'autres lieux en pension
complète, juifs et non juifs, qui ont fermé leur gueule parce qu'ûs ne
. sont pas revenus, ceux qui sont revenus avec un numéro tatoué sur
leur avant-bras, et qui ont survécu sans crier au martyre 
(j'en ai connu au café qui jouxte le théâtre Déjazet à République lorsque j'y
ai joué mon spectacle Nostalgérie). 

Ceux-là m'imposent un minimum de décence et des leçons de bouclage de gueule, en ce cas précis de malheur. Fin de la digression.

Par contre, je suis très à l'aise pour vous narrer comment à
l'Olympia, en 1962, pendant le spectacle de Gilbert Bécaud, le
public nous a insultés, ma femme Lucette Sahuquet et moi, en nous
traitant de « sales pieds-noirs» et en nous invitant à « retourner
dans notre pays ». Nous étions sur scène. On n'oublie pas une
hospitalité pareille.

Je ne savais pas que la France n'était pas mon pays!!! 
Et Gilbert Bécaud, qui assistait en coulisses à la corrida, nous consolait à la fin,
avec Bruno Coquatrix, lequel nous disait: 
« Faites les rire, faites les
rire, vous allez gagner. »
Tu parles Chantal! 

Vous ne pouvez pas savoir comme c'est grisant d'être sur scène,
d'interpréter des sketchs comiques et d'être injurié. Pas parce que
vous êtes mauvais (ça, à la rigueur .... )
 mais simplement parce que
vous êtes pied-noir. 
L'ivresse était identique à la Peau de vache, un
cabaret de la rue Dauphine, à Paris, où les spectateurs nous
souhaitaient la bienvenue avec la même tendresse.
Je m'en suis farci des castagnes à la sortie du spectacle! 

C'était le bon vieux temps! Voici la nostalgie: le temps « d'avant » est
toujours bon.



Je pose soixante-quinze, mais je retiens tout

Livre souvenirs de Robert Castel































Je pose soixante-quinze, mais je retiens tout






































Clips from L'Insoumis, aka 


"Have I The Right to Kill" (1964). 


Directed by Alain Cavalier, it is one of Delon's rarest movies. 


Original music by Georges Delerue.































Je pose soixante-quinze, mais je retiens tout

Livre souvenir de Robert Castel

























Dupont Lajoie 



- parte 7/10 : 












































































Drame...


Je pose soixante-quinze, mais je retiens tout







Vu à la télé, Robert Castel








Je ne porte la parole de personne. Uniquement la mienne et elle



est assez lourde à porter - lourde dans tous les sens. S'il y a des
leçons à recevoir ou à prendre, je les prends chez les maîtres que
je me donne.
Cela n'est pas incompatible avec l'exercice de ma profession.
Laquelle me conduisit à rencontrer le réalisateur Yves Boisset
pour tourner dans Dupont Lajoie. 

C'était un film contre le racisme
justement. Quelle heureuse coïncidence !


Isabelle Huppert était délicieuse et séduisante à souhait. Elle est
la cause du drame dans le film, mais ne l'excuse pas. Jean Carmet
était dégueulasse, mais avec talent. Pierre Tomade,Victor Lanoux,
Pascale Roberts, Jean Bouise, tous dans le mille pour défendre ce







sujet fort, dérangeant et épineux comme un cactus.


Tout ça, vous le savez, mais ce que vous ne savez pas, c'est que
j'ai eu la joie de retrouver dans ce film un ami de classe du collège
Guillemin d'Alger. 

Il s'agit de Mohamed Zinet, comédien algérien.
Souvenez-vous: Mohamed Zinet est l'acteur qui, à la toute fin du
film, entre dans le bar de Jean Carmet.
Gros plan sur Carmet derrière le comptoir. Il reconnaît Zinet. Il
accuse le coup. Il s'affole. La peur lui tord le ventre.
Zinet s'approche de lui et lui dit:

« Tu te souviens de mon frère? Hein? À Fréjus, tu te souviens
de mon frère? Il est mort, mon frère. » 
(Carmet est responsable de
sa mort.) 
La panique lui monte au visage. Caméra sur Zinet. Il sort
une carabine dissimulée sous son imperméable. Carmet, sentant
venir sa mort prochaine, est terrifié:
- Ne fais pas le con! Ne fais pas le con!
Plan rapproché sur Zinet qui épaule sa carabine et met en joue
Dupont Lajoie. Trois secondes sur Zinet qui vise Jean.
NOIR. 
Le 


film est fini.




Zinet était remarquable. 


Tout le monde était remarquable


Même moi, c'est vous dire ! ."


























































































Drawings and Numerical Art by Jacqueline waechter 2010





































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