jeudi 27 mai 2010

"Suis-je le gardien de mon frère?"

...




























« Où est ton frère Abel? »
Il répondit:
« Je ne sais pas.
Suis-je le gardien de mon frère? »










...




Yahvé reprit:
« Qu’as-tu fait? Écoute le sang de ton frère crier vers moi du sol!
Maintenant, sois maudit et chassé du sol fertile qui a ouvert la bouche pour recevoir de ta main le sang de ton frère.
Si tu cultives le sol, il ne te donnera plus son produit: tu seras un errant parcourant la terre. »




































» Alors Caïn dit à Yahvé:
« Ma peine est trop lourde à porter. Vois! Tu me bannis aujourd’hui du sol fertile, je devrai me cacher loin de ta face et je serai un errant parcourant la terre: mais le premier venu me tuera! »


















« Aussi bien, si quelqu’un tue Caïn, on le vengera sept fois »,










et Yahvé mit un signe sur Caïn, afin que le premier venu ne le frappât point. »














Toutes choses couvrent quelque mystère. Toutes choses sont des voiles qui couvrent Dieu.

"Pensées - XXVII. Pensées sur les miracles."


Blaise Pascal












". Jéhovah dit à Caïn : "Pourquoi es-tu irrité? pourquoi ton visage est-il abattu ?"












Caïn et Abel
Pietro Novelli (1603-1647)
Huile sur toile
Galerie nationale d'art ancien, Rome






« L'injustice est le principe même de la marche de cet univers. »


Ernest Renan
Dialogue et fragments philosophiques











ABEL ET CAÏN

Race d’Abel, dors, bois et mange;
Dieu te sourit complaisamment.

Race de Caïn, dans la fange
Rampe et meurs misérablement.

Race d’Abel, ton sacrifice
Flatte le nez du Séraphin!

Race de Caïn, ton supplice
Aura-t-il jamais une fin?

Race d’Abel, vois tes semailles
Et ton bétail venir à bien;

Race de Caïn, tes entrailles
Hurlent la faim comme un vieux chien.

Race d’Abel, chauffe ton ventre
A ton foyer patriarcal;

Race de Caïn, dans ton antre
Tremble de froid, pauvre chacal!

Race d’Abel, aime et pullule!
Ton or fait aussi des petits.

Race de Caïn, cœur qui brûle,
Prends garde à ces grands appétits.

Race d’Abel, tu croîs et broutes
Comme les punaises des bois!

Race de Caïn, sur les routes
Traîne ta famille aux abois.

Ah! race d’Abel, ta charogne
Engraissera le sol fumant!

Race de Caïn, ta besogne
N’est pas faite suffisamment;

Race d’Abel, voici ta honte:
Le fer est vaincu par l’épieu!

Race de Caïn, au ciel monte,
Et sur la terre jette Dieu!



CHARLES BAUDELAIRE








Abel tué par Caïn

Peter Paul Rubens


Technique Sanguine
21.3x20.8cm
Exposé à Cambridge (Angleterre) au Ftzwilliam Museum






















Il s’est arrêté
Tout près du ruisseau
Et il a tué
Un mulot.

Il s’est arrêté
Au milieu des prés
Et il a tué
Un ramier.

Il s’est arrêté
Parmi les genêts
Et il a tué
Un orvet.

Il s’est arrêté
A l’orée des champs
Et il a tué
Un faisan.

Il s’est arrêté
A l’entrée du bois
Et il a tué
Un chamois.

Pourquoi voulez-vous
Qu’il s’arrête un jour
Et qu’il ne tue pas
Son amour?

Maurice Carême






Guido Reni, "Caïn Tue Son Frère Cadet"
huile sur toile, 162x153















Razza d’Abele, dormi, bevi e mangia;
Dio ti sorride compiacente.

Razza di Caino, striscia nel fango
e muori miseramente.

Razza d’Abele, il tuo sacrificio
sfiora il naso del Serafino!

Razza di Caino, il tuo supplizio
potrà aver mai una fine?

Razza d’Abele, guarda prosperare
le tue greggi e i tuoi raccolti;

Razza di Caino, le tue viscere
urlano la fame come un vecchio cane.

Razza d’Abele, riscalda il tuo ventre
al tuo fuoco patriarcale;

Razza di Caino, nel tuo antro
trema di freddo, povero sciacallo!

Razza d’Abele, ama e riproduciti!
anche il tuo oro genera prole.

Razza di Caino, cuore che brucia,
guardati dai grandi appetiti.

Razza d’Abele, tu cresci e ti nutri
come la cimice dei boschi!

Razza di Caino, la tua famiglia
trascini tra gli stenti.

Ah! razza d’Abele, la tua carogna
ingrasserà il suolo fumante!

Razza di Caino, la tua missione
non è ancora completa;

Razza d’Abele, ecco la tua onta:
la spada vinta dallo spiedo!

Razza di Caino, scala il cielo,
e scaglia Dio sulla terra!


CHARLES BAUDELAIRE








"Cain and Abel were sons of Adam and Eve. Cain was a farmer, Abel was a shepherd. They both brought sacrifices before God, but Cain's offering was rejected. Cain then killed Abel.

Cain was cursed and spent the rest of his life wandering in the land Nod, east of Eden.

Tintoretto was a follower of Michelangelo and Titian. He painted in a style called mannerism, which followed after the Renaissance. The figure of Abel in this painting shows some resemblance to the Abel in Titian's depiction of Cain and Abel."

Source :
http://www.artbible.info/art/large/81.html















The murder of Abel, by William Blake (1757-1827).












La conscience

Lorsque avec ses enfants vêtus de peaux de bêtes,
Echevelé, livide au milieu des tempêtes,
Caïn se fut enfui de devant Jéhovah,
Comme le soir tombait, l'homme sombre arriva
Au bas d'une montagne en une grande plaine ;
Sa femme fatiguée et ses fils hors d'haleine
Lui dirent : « Couchons-nous sur la terre, et dormons. »
Caïn, ne dormant pas, songeait au pied des monts.
Ayant levé la tête, au fond des cieux funèbres,
Il vit un oeil, tout grand ouvert dans les ténèbres,
Et qui le regardait dans l'ombre fixement.
« Je suis trop près », dit-il avec un tremblement.
Il réveilla ses fils dormant, sa femme lasse,
Et se remit à fuir sinistre dans l'espace.
Il marcha trente jours, il marcha trente nuits.
Il allait, muet, pâle et frémissant aux bruits,
Furtif, sans regarder derrière lui, sans trêve,
Sans repos, sans sommeil; il atteignit la grève
Des mers dans le pays qui fut depuis Assur.
« Arrêtons-nous, dit-il, car cet asile est sûr.
Restons-y. Nous avons du monde atteint les bornes. »
Et, comme il s'asseyait, il vit dans les cieux mornes
L'oeil à la même place au fond de l'horizon.
Alors il tressaillit en proie au noir frisson.
« Cachez-moi ! » cria-t-il; et, le doigt sur la bouche,
Tous ses fils regardaient trembler l'aïeul farouche.
Caïn dit à Jabel, père de ceux qui vont
Sous des tentes de poil dans le désert profond :
« Etends de ce côté la toile de la tente. »
Et l'on développa la muraille flottante ;
Et, quand on l'eut fixée avec des poids de plomb :
« Vous ne voyez plus rien ? » dit Tsilla, l'enfant blond,
La fille de ses Fils, douce comme l'aurore ;
Et Caïn répondit : « je vois cet oeil encore ! »
Jubal, père de ceux qui passent dans les bourgs
Soufflant dans des clairons et frappant des tambours,
Cria : « je saurai bien construire une barrière. »
Il fit un mur de bronze et mit Caïn derrière.
Et Caïn dit « Cet oeil me regarde toujours! »
Hénoch dit : « Il faut faire une enceinte de tours
Si terrible, que rien ne puisse approcher d'elle.
Bâtissons une ville avec sa citadelle,
Bâtissons une ville, et nous la fermerons. »
Alors Tubalcaïn, père des forgerons,
Construisit une ville énorme et surhumaine.
Pendant qu'il travaillait, ses frères, dans la plaine,
Chassaient les fils d'Enos et les enfants de Seth ;
Et l'on crevait les yeux à quiconque passait ;
Et, le soir, on lançait des flèches aux étoiles.
Le granit remplaça la tente aux murs de toiles,
On lia chaque bloc avec des noeuds de fer,
Et la ville semblait une ville d'enfer ;
L'ombre des tours faisait la nuit dans les campagnes ;
Ils donnèrent aux murs l'épaisseur des montagnes ;
Sur la porte on grava : « Défense à Dieu d'entrer. »
Quand ils eurent fini de clore et de murer,
On mit l'aïeul au centre en une tour de pierre ;
Et lui restait lugubre et hagard. « Ô mon père !
L'oeil a-t-il disparu ? » dit en tremblant Tsilla.
Et Caïn répondit : " Non, il est toujours là. »
Alors il dit: « je veux habiter sous la terre
Comme dans son sépulcre un homme solitaire ;
Rien ne me verra plus, je ne verrai plus rien. »
On fit donc une fosse, et Caïn dit « C'est bien ! »
Puis il descendit seul sous cette voûte sombre.
Quand il se fut assis sur sa chaise dans l'ombre
Et qu'on eut sur son front fermé le souterrain,
L'oeil était dans la tombe et regardait Caïn.







Nous naissons si contraires à cet amour de Dieu, et il est si nécessaire, qu'il faut que nous naissions coupables, ou Dieu serait injuste. ...

Blaise Pascal








"Les commentateurs anciens, les pères de l'Église, ont vu dans les deux figures de Caïn et Abel une seule personne, un seul individu en conflit avec lui-même. C'est la première schizophrénie de l'humanité.
Il refuse une partie de lui-même.
Caïn est cultivateur, Abel est éleveur. Caïn offre à Dieu et Dieu n'agrée pas son offrande. Il y a un vide, un manque, il n'est pas reconnu. À partir de ce moment-là, il va être dans l'hallucination, dans l'invention. Il y a un œil qui le poursuit ; il en veut à son frère et le tue.
Abel, lui, est dans le trop : trop de violence. Donc il va être gommé. Il est dans cette mort symbolique, dans une absence. Ab - sens. Sans père (Ab) et sans sens. Je n'ai pas de père, je n'ai pas de sens.
Donc dans cet individu il y a cette double réalité : celle qui monte, qui s'élève (Abel, en hébreu, signifie vapeur, fumée), et qui est refusée par l'autre. Cette double réalité de Caïn est mise en relief dans le texte biblique par l'emploi du pluriel : "Caïn et son offrande, Il (Dieu) ne les considère pas. Cela brûle beaucoup Caïn, ses faces tombent".

Source : http://www.retrouversonnord.be/gommerouajouter.htm






Détail de "Saturne dévorant un de ses enfants", de Francisco de Goya,
Museo del Prado, Madrid

















Numerical Art and Drawings by Jacqueline Waechter 2010











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