jeudi 6 mai 2010

Mimicry, Balzac "Towards the Light"...

...




















J'enveloppe le monde par ma pensée, je le pétris, je le façonne, je le pénètre,
je le comprends.


Honoré de Balzac













"Balzac se sentit mal à l'aise devant le nouveau prodige : il ne se pouvait défendre d'une appréhension vague de l'opération Daguerrienne.
Il en avait trouvé son explication à lui, vaille que vaille à cette heure-là, rentrant quelque peu dans les hypothèses fantastiques à la Cardan. Je crois me bien rappeler avoir vu sa théorie particulièrement énoncée par lui tout au long dans un coin de l'immensité de son oeuvre. Je n'ai pas loisir de l'y rechercher, mais mon souvenir se précise très nettement par l'exposé prolixe qu'il m'en fit dans une rencontre et qu'il me renouvela une autre fois, car il en semblait obsédé, dans le petit appartement tendu de violet qu'il occupait à l'angle de la rue de Richelieu et du boulevard : cet immeuble, célèbre comme maison de jeu sous la Restauration, portait encore à cette époque le nom d'hôtel Frascati.
Donc, selon Balzac, chaque corps dans la nature se trouve composé de séries de spectres en couches superposées à l'infini, foliacées en pellicules infinitésimales, dans tous les sens où l'optique perçoit ce corps.
L'homme à jamais ne pouvant créer, - c'est à dire d'une apparition, de l'impalpable, constituer une chose solide, ou de rien faire une chose, - chaque opération Daguerrienne venait donc surprendre, détachait et retenait en se l'appliquant une des couches du corps objecté.
De là pour ledit corps, et à chaque opération renouvelée, perte évidente d'un de ses spectres, c'est-à-dire d'une part de son essence constitutive.
Y avait-il perte absolue, définitive, ou cette déperdition partielle se réparait-elle consécutivement dans le mystère d'un renaissement plus ou moins instantané de la matière spectrale ? Je suppose bien que Balzac, une fois parti, n'était pas homme à s'arrêter en si bonne route, et qu'il devait marcher jusqu'au bout de son hypothèse. Mais ce deuxième point ne se trouva pas abordé entre nous.
Cette terreur de Balzac devant le Daguerréotype était-elle sincère ou jouée ? Sincère, Balzac n'eût eu là que gagner à perdre, ses ampleurs abdominales et autres lui permettant de prodiguer ses "spectres" sans compter. En tout cas elle ne l'empêcha pas de poser au moins une fois pour ce Daguerréotype unique que je possédai après Gavarni et Silvy, aujourd'hui transmis à M. Spoelberg de Lovenjoul."



Nadar,


"Balzac et le Daguérréotype", Quand j'étais photographe, 1901,

cité par Quentin Bajac dans L'Image révélée : l'invention de la photographie, Paris : Découvertes Gallimard, Réunion des Musées Nationaux, 2001, p. 143-144.


...















« Bien des gens ont eu la velléité de reprocher à l’auteur la figure de Vautrin. Ce n’est cependant pas trop d’un homme du bagne dans une œuvre qui a la prétention de daguerréotyper une société où il y en a cinquante mille. (…).»



Honoré de Balzac


Préface de l’édition Potter parue en 1844, qui ne sera pas reprise dans les éditions ultérieures de Splendeurs et misères des courtisanes publié en 1847, dossier de Gérard Gengembre pour l’édition Presses pocket,
Paris, 1991, p. 649










D’après Nadar,
« Selon Balzac, chaque corps dans la nature se trouve composé de séries de spectres, en couches superposées à l’infini, foliacées en pellicules infinitésimales, dans tous les sens où l’optique perçoit ce corps. L’homme à jamais ne pouvant créer – c’est-à-dire d’une apparition, de l’impalpable, constituer une chose solide, ou de rien faire une chose, chaque opération Daguerrienne venait donc surprendre, détachait et retenait en se l’appliquant une des couches du corps objecté. »


































Edward Steichen

- Balzac Towards the light : Midnight (1908)



« Vos photographies feront comprendre au monde mon Balzac »

Auguste Rodin à Steichen












Edward Steichen (American, born Luxembourg, 1879–1973)
Balzac, The Silhouette—4 A.M.
1908
Gum bichromate print
37.9 x 46 cm (14 15/16 x 18 1/8 in.)
Alfred Stieglitz Collection, 1933
33.43.36
Photograph











Edward Steichen,


- Midnight, 1908
© musée Rodin, Paris, 2007














L'art, c'est la plus sublime mission de l'homme, puisque c'est l'exercice de la pensée qui cherche à comprendre le monde et à le faire comprendre.


Auguste Rodin













"Le pictorialisme souscrit largement à l'idée selon laquelle l'art photographique doit simuler la peinture et l'eau-forte. Il privilégie l'intervention humaine, manuelle même, dans la création photographique qui, selon eux, est la seule à conférer une valeur artistique à une création technique et chimique. Il s'oppose en cela au courant documentaire.

Diverses techniques étaient utilisées pour produire ces images : importantes manipulations en chambre noire, filtres spéciaux (dont les soft-focus), traitements inhabituels lors du développement, utilisation de papiers spéciaux. Certains artistes « gravaient » la surface de leur tirage en utilisant de fines rayures. L'objectif de telles pratiques était d'atteindre ce que l'Encyclopædia Britannica appelait, en évoquant le Pictorialisme, « une expression artistique personnelle ».

Les pictorialistes s'intéressent plus aux effets esthétiques qu'à l'acte photographique lui-même :

  • effets dans le cadrage, la composition et la lumière ;
  • procédés à la gomme bichromatée, au charbon, à l'huile ;
  • retouches du négatif ou du médium.

Ils expérimentent de nombreux procédés, « comme si l'art avait une formule ! » (Gustave Marissiaux), et cherchent à donner un aspect moins photographique à la photographie par une vision plus subjective, le refus de la réalité et la transcription de sensations.

La plupart de ces clichés étaient en noir et blanc ou couleur sépia, signés et uniques de par leur procédé de production (encres grasses, gomme bichromatée, huile)."

http://fr.wikipedia.org/wiki/Pictorialisme














Artist Edward Steichen
Title Balzac - The open sky
Medium direct carbon photograph, mntd
Size 20.7 x 15.5 in. / 52.7 x 39.3 cm.
Year 1908 -



















Si la religion n’existait pas, j’aurais eu besoin de l’inventer. Les vrais artistes sont, en somme, les plus religieux des mortels.

On croit que nous ne vivons que par nos sens et que le monde des apparences nous suffit. On nous prend pour des enfants qui s’enivrent de couleurs chatoyantes et qui s’amusent avec les formes comme avec des poupées... L’on nous comprend mal. Les lignes et les nuances ne sont pour nous que les signes de réalités cachées. Au delà des surfaces, nos regards plongent jusqu’à l’esprit, et quand ensuite nous reproduisons des contours, nous les enrichissons du contenu spirituel qu’ils enveloppent.

L’artiste digne de ce nom doit exprimer toute la vérité de la Nature, non point seulement la vérité du dehors, mais aussi, mais surtout celle du dedans.

Quand un bon sculpteur modèle un torse humain, ce ne sont pas seulement des muscles qu’il représente, c’est la vie qui les anime,... mieux que la vie,... la puissance qui les façonna et leur communiqua soit la grâce, soit la vigueur, soit le charme amoureux, soit la fougue indomptée.

Michel-Ange fait gronder la force créatrice dans toutes les chairs vivantes... Luca della Robia la fait divinement sourire. Ainsi chaque statuaire, suivant son tempérament, prête à la Nature une âme terrible ou très douce.

Le paysagiste va plus loin peut-être. Ce n’est pas seulement chez les êtres animés qu’il voit le reflet de l’âme universelle c’est dans les arbres, les buissons, les plaines, les collines. Ce qui pour les autres hommes n’est que du bois et de la terre apparaît au grand paysagiste comme le visage d’un être immense. Corot voyait de la bonté éparse sur la cime des arbres, sur l’herbe des prairies et sur le miroir des lacs. Millet y voyait de la souffrance et de la résignation.

Partout le grand artiste entend l’esprit répondre à son esprit. Où trouverez-vous un homme plus religieux ?

Le sculpteur ne fait-il pas acte d’adoration encore quand il aperçoit le caractère grandiose des formes qu’il étudie, quand, du milieu des lignes passagères, il sait dégager le type éternel de chaque être, quand il semble discerner au sein même de la divinité les modèles immuables d’après lesquels toutes les créatures sont pétries. Regardez, par exemple, les chefs-d’œuvre de la statuaire égyptienne, figures humaines ou animaux, et dites si l’accentuation des contours essentiels ne produit pas l’effet troublant d’un hymne sacré. Tout artiste qui a le don de généraliser les formes, c’est-à-dire d’en accuser la logique sans les vider de leur réalité vivante, provoque la même émotion religieuse ; car il nous communique le frisson qu’il a éprouvé lui-même devant des vérités immortelles.

Auguste RODIN, L’Art, entretiens recueillis par
Paul Gsell, nouv. éd., Paris, Grasset, 1924.

Recueilli dans Les créateurs et le sacré,
par Camille Bourniquel et
Jean Guichard-Meili,
Cerf, 1956.














Balzac Toward the Light, Midnight, 1908
Edward Steichen (American, born Luxembourg, 1879–1973)
Direct carbon print

14 3/8 x 19 in. (36.5 x 48.3 cm)
Alfred Stieglitz Collection, 1933 (33.43.38)

Rodin moved his rejected plaster model for the Monument to Balzac to his home in Meudon, where he had had the pavilion from the retrospective exhibition of 1900 reconstructed. In the garden at Meudon, Steichen made this dramatic photograph of the work silhouetted against the night sky. The model was not cast in bronze until after Rodin's death. The bronze in the garden of the Hôtel Biron, now the Musée Rodin, in Paris was cast in 1936, and more of them have since been made.





http://www.metmuseum.org/toah/works-of-art/33.43.38














Art of Photography - Edward Steichen













The Pond—Moonlight par Edward Steichen, 1904


http://fr.wikipedia.org/wiki/Edward_Steichen














Edward Steichen par

Fred Holland Day

, 1901

http://fr.wikipedia.org/wiki/Fred_Holland_Day














Solitude, F. Holland Day, 1901,
Courtesy Kunsthaus Zurich/Marc Rich Collection,
© Joanna T. Steichen










Master Drawing in Charcoal - 18" x 24"

This drawing was created in a figure drawing class in college. It is a copy of a master drawing. We used the simple grid technique to enlarge the image.




http://www.3dmatt.com/portfolio/fineArt.html













Numerical art by Jacqueline Waechter 2010









Emilio López-Menchero, : "Trying to be Balzac"


http://emiliolopez-menchero.be/spip.php?article34

http://www.emiliolopez-menchero.be/spip.php?article60&PHPSESSID=dabfa39f6bb6e265a86a3517d62c11d0











Le mystère est d’ailleurs comme l’atmosphère où baignent les très belles œuvres d’art.

Elles expriment en effet tout ce que le génie éprouve en face de la Nature. Elles la représentent avec toute la clarté, avec toute la magnificence qu’un cerveau humain sait y découvrir. Mais forcément aussi elles se heurtent à l’immense Inconnaissable qui enveloppe de toutes parts la très petite sphère du connu. Car enfin nous ne sentons et nous ne concevons dans le monde que cette extrémité des choses par laquelle elles se présentent à nous et peuvent impressionner nos sens et notre âme. Mais tout le reste se prolonge dans une obscurité infinie. Et même tout près de nous, mille choses nous sont cachées parce que nous ne sommes pas organisés pour les saisir.

Auguste RODIN, L’Art, entretiens recueillis par
Paul Gsell, nouv. éd., Paris, Grasset, 1924.

Recueilli dans Les créateurs et le sacré,
par Camille Bourniquel et
Jean Guichard-Meili,
Cerf, 1956.












"Depuis la molesse d'une éponge mouillée jusqu'à la dureté d'une pierre ponce, il y a des nuances infinies. Voilà l'homme."






Honoré de Balzac






















Balzac Rodin Saché, Numerical Art Jacqueline Waechter.











RODIN : BALZAC, L’HISTOIRE D’UN CHEF-D’OEUVRE

Middelheim Museum, Antwerpen, 12/10 - 14/12/2008.

L’idée de l’hommage examinée : Emilio López-Menchero










« (…) la photographie n’est pas, comme on le croit communément, une simple opération chimique. Tout ce qui touche l’homme reçoit une empreinte; l’âme y est visible par quelques rayons (…) cela tient principalement au goût de l’artiste. Et surtout, pourquoi ne le dirions–nous pas, à une certaine transmission fluidique, que la science n’est pas en état de déterminer aujourd’hui, mais qui n’en existe pas moins. Pensez-vous que ces plaques imprégnées de préparations assez sensibles pour s’impressionner à l’action de la lumière, ne soient pas modifiées par l’influx humain ? Nous touchons là à une question délicate : l’âme peut-elle agir sur la matière? Le magnétisme semble répondre oui (…). »

Théophile Gautier
"Seconde exposition de la Société Française de Photographie, 1857, article paru dans l'Artiste, (déc. 1856-mars 1857), cité par André Rouillé, La Photographie en France. Textes et controverses (1816-1871), Macula, 1989, p. 283-285"

La photographie selon Charles Baudelaire,
« secrétaire et garde-note de quiconque a besoin dans sa profession d’une absolue exactitude matérielle»


Baudelaire, « salon de 1859 », cité par Daniel Grojnowski, 2002, p. 59


http://fr.wikipedia.org/wiki/Balzac_et_le_daguerr%C3%A9otype




« parce que le daguerréotype lui paraît fixer le spectre invisible de la réalité, Balzac voit dans cette invention la démonstration de sa métaphysique et son double mécanique. En 1842, alors que naît la Comédie humaine, il vient devant l’objectif des frères Bisson incarner sa philosophie de la création. »

Christian Chelebourg, Romantisme, 1999, n° 105












photographie
tirage photographique
Appellation daguerréotype
Auteur/exécutant BISSON Louis Auguste
Titre Honoré de Balzac
Ecole France
2e quart 19e siècle
Lieu de conservation Paris ; Maison de Balzac
Numéro d'inventaire BAL 93
© Maison de Balzac / Roger-Viollet


http://fr.wikipedia.org/wiki/Fr%C3%A8res_Bisson



« Je reviens de chez le daguerréotypeur, et je suis ébaubi par la perfection avec laquelle agit la lumière. Vous souvenez-vous qu’en 1835, cinq ans avant cette invention, je publiais à la fin de Louis Lambert, dans ses dernières pensées, les phrases qui la contiennent? Geoffroy Saint-Hilaire l’avait aussi pressentie »

Honoré de Balzac

2 mai 1842, Balzac, Lettres à l’étrangère, t. II (1842-1844),
Calmann-Lévy, Paris, 1906 et Omnibus, Paris, 1999, t. IV, p. 837


"Une crainte de Balzac plus fondée aurait pu être de voir sa physionomie retournée par la reproduction. De fait, c’est bien ce qui s’est produit pour son portrait : on y voit Honoré présenté en miroir, c’est-à-dire en image inversée. Le croisé de la chemise entr’ouverte est dans le sens féminin – quand tout indique que Balzac portait des chemises masculines."















Figurez-vous, maintenant, que le miroir a gardé l’empreinte de tous les objets qui s’y sont reflétés, et vous aurez une idée à peu près complète du « Daguerotype »

Jules Janin

« Le daguerréotype », L'Artiste, 1839, p. 147, cité par Daniel Grojnowski, 2002, p. 247














Toutes les choses qui tombent par la forme dans le domaine du sens unique, la faculté de voir, se réduisent à quelques corps élémentaires dont les principes sont dans l’air, dans la lumière, ou dans les principes de l’air et de la lumière [...] les quatre expressions de la matière par rapport à l’homme, le son, la couleur, le parfum et la forme ont le même origine ; car le jour n’est pas loin où l’on reconnaîtra les principes de la matière sur ceux de l’air.

Honoré de Balzac

Louis Lambert, « Folio classique », 1980, p. 164-165









Extraits de
La Lettre à Mme Hanska en date du 14 mai 1842, ...


Honoré de Balzac:


" se faire daguerréotyper encore",

" Toujours créer ! Toujours ! "

... " assailli de soucis matériels".

" C’est à en perdre la tête.
- Oh ! quand viendra vous et la tranquillité.
Jamais homme n’aura été préparé par la souffrance pour le bonheur, autant que moi ! "













Numerical Art, Sculpture and Drawings by Jacqueline Waechter Mai 2010













...

2 commentaires:

Juan Cristiàn de las Casas a dit…

Toute la force de son écriture est révélé dans ces daguerréotypes, ces
sculptures. Un magnifique regard sur ce personnage magnifique.

Jacqueline Waechter a dit…

Chacun sait que ce gros homme entendait faire une œuvre de défense et illustration des défenses sociales, voire de l'ordre moral, et qu'il a dressé, en fait, le plus formidable acte d'accusation qui ait jamais été lancé contre une civilisation.

*
Le Monde de Balzac, Pierre Barbéris, éd. Arthaud, 1973, chap. Préface, p. 19




Vous cherchez l’homme tel qu’il devrait être ; moi, je le prends tel qu’il est. Croyez-moi, nous avons raison tous deux. […] J'aime les êtres exceptionnels, j'en suis un. Il m'en faut d'ailleurs pour faire ressortir mes êtres vulgaires et je ne les sacrifie jamais sans nécessité. Mais ces êtres vulgaires m’intéressent plus qu’ils ne vous intéressent. Je les grandis, je les idéalise, en sens inverse, dans leur laideur ou leur bêtise. Je donne à leurs difformités des proportions effrayantes ou grotesques.

* Balzac à George Sand.






Ah ! sachez-le : ce drame n'est ni une fiction, ni un roman. All is true, il est si véritable, que chacun peut en reconnaître les éléments chez soi, dans son cœur peut-être.

*
Le Père Goriot, dans La Comédie humaine, III (1835), Honoré de Balzac, éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, 1976, p. 50


Nous sommes tous les fils du Père Goriot.

* Félicien Marceau.

*
Balzac et son monde, Félicien Marceau, éd. Gallimard-TEL, 1986, p. 7-8