lundi 15 mars 2010

"Si elles s'en souviennent les vagues vous diront."..

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Léo ferré _ comme a ostende
































Jacques Brel
LA FANETTE
1963


Nous étions deux amis et Fanette m'aimait
La plage était déserte et dormait sous juillet
Si elles s'en souviennent les vagues vous diront
Combien pour la Fanette j'ai chanté de chansons

Faut dire
Faut dire qu'elle était belle
Comme une perle d'eau
Faut dire qu'elle était belle
Et je ne suis pas beau
Faut dire
Faut dire qu'elle était brune
Tant la dune était blonde
Et tenant l'autre et l'une
Moi je tenais le monde
Faut dire
Faut dire que j'étais fou
De croire à tout cela
Je le croyais à nous
Je la croyais à moi
Faut dire
Qu'on ne nous apprend pas
A se méfier de tout

Nous étions deux amis et Fanette m'aimait
La plage était déserte et mentait sous juillet
Si elles s'en souviennent les vagues vous diront
Comment pour la Fanette s'arrêta la chanson

Faut dire
Faut dire qu'en sortant
D'une vague mourante
Je les vis s'en allant
Comme amant et amante
Faut dire
Faut dire qu'ils ont ri
Quand ils m'ont vu pleurer
Faut dire qu'ils ont chanté
Quand je les ai maudits
Faut dire
Que c'est bien ce jour-là
Qu'ils ont nagé si loin
Qu'ils ont nagé si bien
Qu'on ne les revit pas
Faut dire
Qu'on ne nous apprend pas...
Mais parlons d'autre chose

Nous étions deux amis et Fanette l'aimait
La plage est déserte et pleure sous juillet
Et le soir quelquefois
Quand les vagues s'arrêtent
J'entends comme une voix
J'entends... c'est la Fanette.

































J'arrive où je suis étranger



Rien n'est précaire comme vivre
Rien comme être n'est passager
C'est un peu fondre comme le givre
Et pour le vent être léger
J'arrive où je suis étranger

Un jour tu passes la frontière
D'où viens-tu mais où vas-tu donc
Demain qu'importe et qu'importe hier
Le coeur change avec le chardon
Tout est sans rime ni pardon

Passe ton doigt là sur ta tempe
Touche l'enfance de tes yeux
Mieux vaut laisser basses les lampes
La nuit plus longtemps nous va mieux
C'est le grand jour qui se fait vieux

Les arbres sont beaux en automne
Mais l'enfant qu'est-il devenu
Je me regarde et je m'étonne
De ce voyageur inconnu
De son visage et ses pieds nus

Peu a peu tu te fais silence
Mais pas assez vite pourtant
Pour ne sentir ta dissemblance
Et sur le toi-même d'antan
Tomber la poussière du temps

C'est long vieillir au bout du compte
Le sable en fuit entre nos doigts
C'est comme une eau froide qui monte
C'est comme une honte qui croît
Un cuir à crier qu'on corroie

C'est long d'être un homme une chose
C'est long de renoncer à tout
Et sens-tu les métamorphoses
Qui se font au-dedans de nous
Lentement plier nos genoux

O mer amère ô mer profonde
Quelle est l'heure de tes marées
Combien faut-il d'années-secondes
A l'homme pour l'homme abjurer
Pourquoi pourquoi ces simagrées

Rien n'est précaire comme vivre
Rien comme être n'est passager
C'est un peu fondre comme le givre
Et pour le vent être léger
J'arrive où je suis étranger

Louis Aragon













arno comme à ostende léo ferré jean roger caussimon















COMME A OSTENDE













J.R. Caussimon - Comme à Ostende (1975)











Numerical Art and Drawings by Jacqueline Waechter 2010







« Revoilà Caussimon, revoilà Jean-Roger, le marin de notre éternelle jeunesse ».

(Léo Ferré)















COMME A OSTENDE





Les deux paysans, le père et le fils, restaient silencieux, résignés et soumis à la volonté de Dieu, en gens accoutumés à suivre instinctivement, comme les animaux, le branle donné à la Nature. Ainsi, d'un côté les richesses, l'orgueil, la science, la débauche, le crime, toute la société humaine telle que la font les arts, la pensée, l'éducation, le monde et ses lois ; mais aussi, de ce côté seulement, les cris, la terreur, mille sentiments divers combattus par des doutes affreux, là, seulement, les angoisses de la peur. Puis, au-dessus de ces existences, un homme puissant, le patron de la barque, ne doutant de rien, le chef, le roi fataliste, se faisant sa propre providence et criant :

-- "Sainte Ecope !..." et non pas : -- "Sainte Vierge !..."

enfin, défiant l'orage et luttant avec la mer corps à corps.





A l'autre bout de la nacelle, des faibles !... la mère berçant dans son sein un petit enfant qui souriait à l'orage ; une fille, jadis joyeuse, maintenant livrée à d'horribles remords ; un soldat criblé de blessures, sans autre récompense que sa vie mutilée pour prix d'un dévouement infatigable ; il avait à peine un morceau de pain trempé de pleurs ; néanmoins il se riait de tout et marchait sans soucis, heureux quand il noyait sa gloire au fond d'un pot de bière ou qu'il la racontait à des enfants qui l'admiraient, il commettait gaiement à Dieu le soin de son avenir ; enfin, deux paysans, gens de peine et de fatigue, le travail incarné, le labeur dont vivait le monde. Ces simples créatures étaient insouciantes de la pensée et de ses trésors, mais prêtes à les abîmer dans une croyance, ayant la foi d'autant plus robuste qu'elles n'avaient jamais rien discuté, ni analysé ; natures vierges où la conscience était restée pure et le sentiment puissant ; le remords, le malheur, l'amour, le travail avaient exercé, purifié, concentré, décuplé, leur volonté, la seule chose qui, dans l'homme, ressemble à ce que les savants nomment une âme. Quand la barque, conduite par la miraculeuse adresse du pilote, arriva presque en vue d'Ostende, à cinquante pas du rivage, elle en fut repoussée par une convulsion de la tempête, et chavira."


Honoré de Balzac


Jésus-Christ en Flandre














Numerical Art and Drawings by Jacqueline Waechter 2010


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Comme à Ostende
Paroles de Jean-Roger Caussimon, musique de Léo Ferré

On voyait les chevaux d' la mer
Qui fonçaient, la têt' la première
Et qui fracassaient leur crinière
Devant le casino désert...
La barmaid avait dix-huit ans
Et moi qui suis vieux comm' l'hiver
Au lieu d' me noyer dans un verre
Je m' suis baladé dans l' printemps
De ses yeux taillés en amande
Ni gris, ni verts
Ni gris, ni verts
Comme à Ostende
Et comm' partout
Quand sur la ville
Tombe la pluie
Et qu'on s' demande
Si c'est utile
Et puis surtout
Si ça vaut l' coup
Si ça vaut l' coup
D' vivre sa vie !...

J' suis parti vers ma destinée
Mais voilà qu'une odeur de bière
De frite(s) et de moul's marinières
M'attir' dans un estaminet...
Là y'avait des typ's qui buvaient
Des rigolos, des tout rougeauds
Qui s'esclaffaient, qui parlaient haut
Et la bière, on vous la servait
Bien avant qu'on en redemande...
Oui, ça pleuvait
Oui, ça pleuvait
Comme à Ostende
Et comm' partout
Quand sur la ville
Tombe la pluie
Et qu'on s' demande
Si c'est utile
Et puis surtout
Si ça vaut l' coup
Si ça vaut l' coup
D' vivre sa vie !...

On est allé, bras d' ssus, bras d' ssous
Dans l' quartier où y'a des vitrines
Remplies de présenc's féminines
Qu'on veut s' payer quand on est soûl...
Mais voilà qu' tout au bout d' la rue
Est arrivé un limonaire
Avec un vieil air du tonnerre
À vous fair' chialer tant et plus
Si bien que tous les gars d' la bande
Se sont perdus
Se sont perdus
Comme à Ostende
Et comm' partout
Quand sur la ville
Tombe la pluie
Et qu'on s' demande
Si c'est utile
Et puis surtout
Si ça vaut l' coup
Si ça vaut l' coup
D' vivre sa vie !...

© Éditions Méridian/Léo Ferré, musique de Léo Ferré










Numerical Art and Drawings by Jacqueline Waechter 2010
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Numerical Art and Drawings by Jacqueline Waechter 2010

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