


...détail d'un tableau de François-Louis Dejuinne (1784-1844)
Girodet peignant "Pygmalion et Galathée"
Musée Girodet de Montargis
Peindre la nuit à la lumière claire de la lampe d'Argand...
"l'effet de la dégradation et du passage le plus doux qu'il ma été possible de le faire, de la partie animée avec celle qui est encore du marbre"
(Le physicien et chimiste suisse Ami Argand invente, en 1782, la mèche cylindrique et la cheminée de tôle, puis de verre. Associé à Lange (ou L'Ange), un autre inventeur, il produit une lampe connue sous le nom de « lampe d'Argand »).
"Je ferai venir devant vous tous les illustres morts, tous ceux dont la mémoire vous est chère et dont l'image vous est encore présente : je ne vous montrerai point des esprits, parce qu'il n'y en a point; mais je produirai devant vous des simulacres et des figures, telles qu'on suppose être les esprits, dans les songes de l'imagination ou dans les mensonges des charlatans. Je ne suis ni prêtre ni magicien; je ne veux point vous tromper; mais je saurai vous étonner. il ne tiendroit qu'à moi de faire illusion; j'aime mieux servir à l'instruction."
Paul Philidor
http://www.ecrans.fr/Les-medias-disparus-Seance-macabre,4845.html

Colporteurs de Spectacles et de Lanternes magiques
notes d'expositions et Art Numérique par
Jacqueline Waechter ...2010
Hommes de spectacles à la lanterne
magiques
frisures de charlatans
boucles de mystères
chevelures fantastiques
lanternistes d'illusions
lampistes colporteurs
humbles boites de bois accrochées au dos
afin de protéger la lanterne et les plaques de verre peintes
qui arpentent le pays
en quête
d'histoires
nouvelles projetées aux fins fonds des provinces
histoires naturelles matinées de romans noirs et de fantasmagories
larmoyantes épopées mythologiques animées de la voix de la sagesse
soufflé fantastique de réalité,
levain de fictions en tresses de contes panifiés...

« Les expériences qui vont se passer sous vos yeux doivent intéresser la philosophie; elle peut voir ici les égarements de l’esprit humain, et cette histoire vaut bien celle de la politique de quelques nations. Les deux grandes époques de l’homme sont son entrée à la vie et son départ. Tout ce qui lui arrive peut être considéré comme placé entre deux voiles noirs et impénétrables qui recouvrent ces deux époques, et que personne n’a encore soulevés. Des milliers de générations sont là debout devant ces voiles noirs, des torches à la main, et s’efforçant de deviner ce qui peut se trouver de l’autre côté […].Beaucoup d’imposteurs ont profité de cette curiosité générale pour étonner l’imagination attristée par l’incertitude de l’avenir. Mais le plus morne silence règne de l’autre côté de ce crêpe funéraire; et c’est pour suppléer à ce silence […] que les mages, les sibylles et les prêtres de Memphis emploient les prestiges d’un art inconnu, dont je vais tâcher de développer quelques moyens sous vos yeux. »

« j’ai tâché de vous montrer ce que la physique a de plus occulte, ces effets qui parurent surnaturels dans les siècles de la crédulité; mais il me reste à vous en offrir un qui n’est que trop réel […]. Voici le sort qui vous est réservé, voilà ce que vous serez un jour; souvenez-vous de la fantasmagorie. »
Girodet louant trois pièces au Couvent désaffecté des Capucines
haut lieu des projections fantasmagoriques d' Étienne-Gaspard Robert
http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89tienne-Gaspard_Robert
"Robertson s’installe dans une nouvelle salle, plus spacieuse, située dans l’ancien couvent des Capucines, près de la place Vendôme. L’endroit se prête aux apparitions fantasmagoriques : l’église renferme plusieurs tombeaux, reliques et cercueils abandonnés au hasard des transformations de l’édifice." La salle où Roberston emménage est décrite ainsi :
« Après plusieurs détours propres à changer l’impression que l’on conserve du bruit profane d’une grande cité, après avoir parcouru les cloîtres carrés de l’ancien couvent, décorés de peintures fantastiques, et traversé mon cabinet de physique, on arrivait devant une porte d’une forme antique, couvertes d’hiéroglyphes, et qui semblait annoncer l’entrée des mystères d’Isis. On se trouvait alors dans un lieu sombre, tendu de noir, faiblement éclairé par une lampe sépulcrale, et donc quelques images lugubres annonçaient seules la destination; un calme profond, un silence absolu, un isolement subit au sortir d’une rue bruyante, étaient comme les préludes d’un monde idéal. »

Girodet
et les Dissertations sur les apparitions des anges, des démons, et des esprits
d'Augustin Calmet
le peintre en ses projections accompagnées de musiques à l'harmonica
ateliers emprunts d'odeurs d'huile des lampes se consumant
animations de lectures poétiques
dessins des sens stimulés...

Lejeune, d'après Etienne-Gaspard Robertson
(1763-1837)
Illustration pour la page de titre du premier chapitre des
Mémoires récréatifs, scientifiques et anecdotiques du physicien aéronaute
E.G Robertson ( Tome 1) Paris
Bibliothèque Nationale de France
-
- « Si je ne cherchais qu’à vous inspirer de la terreur, je m’y prendrais tout autrement : vous ne seriez admis qu’isolément, parce que les personnes qui vous entourent paralysent votre imagination par leur présence et leurs réflexions. »

Julien-Léopold Boilly
Portrait Charge de Girodet et Gérard
Aquarelle vers 1820
Paris Bibliothèque de l'Institut.
Audacieux et romantique mélange novateur
de réalité, d'effets surnaturels
de légendes et d'allégories traités dans un esprit surréaliste...
lumière météorique...
"La nuit descend sur l'armée, les chefs restent toujours immobiles de douleur. Enfin le Roi de Morven sortit de sa profonde rêverie, il appelle le barde Ullin et lui ordonna de chanter(...)"
Dans l'île retentissante de Tormo s'élève Lutan, colline arrosée de mille torrens, elle penche sa tête couronnée de forêts sur une vallée silencieuse, là près de la source écumeuse du Cruruth
habitait Rumar, le fléau des angliers : Strina-Dona, sa fille était belle comme la lumière (...) Portait-elle ses pas dans la plaine, sa gorge effaçait la blancheur du duvet de la Cana: se promenait-elle sur le rivage, l'écume des flots le cédait à l'albâtre éblouissant de son sein.
Les étoiles ne sont pas plus brillantes que ses yeux, l'arc de la pluie n'est pas plus agréable que son visage"
Ossian, fils de Fingal, barde du troisième siècle: poésies galliques traduites de l'anglais par M.Macpherson, M Le Tourneur, Paris 1777
"Cathloda" chant deuxième.

Il est nécessaire d'imaginer les lumières naturelles "modifiées par l'interposition de verres diversement mais légèrement colorés"
L’Apothéose des Héros français morts pour la patrie pendant la guerre de la Liberté
Anne-Louis Girodet de Roucy-Trioson (1767-1824)
1802
Huile sur toile
H. 1 m 925 ; L. 1 m 840
Bonaparte était imprégné des poèmes attribués au barde Ossian, mais qui avaient été écrits en vérité au XVIIIe siècle par l’écossais Macpherson. Commandée en 1800 pour le salon de Malmaison, cette toile n’a cessé d’étonner par son côté novateur annonçant le premier romantisme. On y voit le vieil Ossian accueillant au paradis les généraux de la République française morts pour la patrie comme Desaix, Kléber, Marceau, Hoche ou Championnet. Au moment de refaire la décoration de son salon après le divorce, Joséphine donna cette peinture à son fils, le prince Eugène, dans la descendance duquel elle était restée jusqu'à son achat pour Malmaison.
http://www.musees-nationaux-napoleoniens.org/pages/page_id19164_u1l2.htm

Ah, ah ! vous ne connaissez pas encore Girodet; c'est l'homme aux précautions. Il est comme les lions, celui-là, il se cache pour faire des petits.
- Louis David son école et son temps (1855), Étienne-Jean Delécluze, éd. Macula, 1983, p. 265
Ah ça ! il est fou, Girodet !... Il est fou, ou je n'entend plus rien à l'art de la peinture. Ce sont des personnages de cristal qu'il nous a fait là... Quel dommage ! avec son beau talent, cet homme ne fera jamais que des folies... Il n'a pas le sens commun.
- Louis David son école et son temps (1855), Étienne-Jean Delécluze, éd. Macula, 1983, p. 266

« Ce soir, vers le déclin du soleil, quelqu’un est arrivé; il dit d’un infernal esprit lequel a été vu dirigeant sa marche vers ce lieu (qui l’aurait pu penser?), échappé des barrières de l’Enfer et à mauvais dessein sans doute: en quelque endroit que vous le rencontriez, saisissez-le et amenez-le ici. (...) Ithuriel et Zéphon vont droit au berceau, à la découverte de celui qu’ils cherchaient. Là ils le trouvèrent tapi comme un crapaud, tout prêt de l’oreille d’Eve, essayant par son art diabolique d’atteindre les organes de son imagination et de forger avec eux des illusions à son gré, de fantômes et de songes; ou bien en soufflant son venin, il tâchait d’infecter les esprits vitaux, qui s’élèvent du pur sang, comme de douces haleines s’élèvent d’une rivière pure: de là du moins pourraient naître ces pensées déréglées et mécontentes, ces vaines espérances, ces projets vains, ces désirs désordonnés, enflés d’opinions hautaines qui engendrent l’orgueil. »
(John Milton, Le Paradis perdu,
traduction de Chateaubriand)

Lanterne magique et film peint
Lieu : Cinémathèque française - Paris
Cinémathèque française, 51 rue de Bercy, 75012 Paris - Renseignements : 01.71.19.33.33
Dates : du 14 Octobre 2009 au 28 Mars 2010
http://www.cinematheque.fr/fr/expositions-cinema/lanterne-magique/presentation.html
Histoire de la lanterne magique
"La « lanterne magique » ou « lanterne de peur », appareil d'optique, apparaît en 1659 à La Haye, dans le laboratoire de l'astronome hollandais Christiaan Huygens. La lanterne magique permet la projection amplifiée, sur écran, d'images peintes sur verre. Ces images peuvent être fixes ou animées, grâce à des superpositions de verres mobiles. Huygens est l'auteur de la première plaque animée connue, représentant un squelette exécutant divers mouvements, d'après La Danse de mort de Hans Holbein.
Tout, dans la lanterne, de même que les effets qu'elle produit, est « magique » : fumante et percée de lumière, en fer, en bois, surmontée d'une cheminée, pourvue d'un jeu de lentilles, d'un réflecteur parabolique et d'une lampe à pétrole ou à huile, elle sert d'abord à projeter tout un cortège d'images diaboliques, licencieuses, religieuses, politiques ou scientifiques, peintes à la main sur des plaques de verre. Elle permet, pour la première fois, d'agrandir des images transparentes qui n'existaient auparavant – et encore vues de loin – que dans les églises, grâce aux vitraux. Elle projette de petits tableaux peints, souvent animés, aux couleurs translucides, ce qui change radicalement de la peinture sur toile ou sur bois. La laterna magica, fille de l'optique et de la magie, transfère sur l'écran les créations de l'esprit et ouvre la voie à tous les fantasmes, à la féerie, aux futurs trucages cinématographiques de Georges Méliès.
Perfectionnée au fil des ans, la technique des projections lumineuses (optique, éclairage, peinture sur verre, systèmes d'animation) atteint un summum de virtuosité à la fin du XVIIIe siècle avec la fantasmagorie ; puis au XIXe siècle, avec la commercialisation des plaques et appareils par l'opticien Philip Carpenter et les spectacles de la Royal Polytechnic Institution. La lanterne a joué enfin le rôle de messagère d'informations, projetant les derniers événements politiques ou sociaux. Napoléon était à Sainte-Hélène ? Des projections nostalgiques le faisaient revenir en France. Le choléra se répandait en France ? Des plaques de verre étaient peintes pour le tourner en dérision, ou pour en montrer l'horreur. La France colonisait l'Algérie ? Des vues étaient immédiatement éditées, vantant le courage des soldats et « la férocité des Arabes ». Une expédition s'approchait du pôle Nord ? Des plaques racontaient toutes les étapes du voyage…
La grande vogue des projections lumineuses a permis au cinématographe en 1895 de s'implanter très rapidement non seulement dans les salles, mais aussi dans les foyers. Le principe de la lanterne magique s'est perpétué avec le projecteur Pathé-Baby, par exemple, qui a connu un succès foudroyant dès son lancement en 1922. Dans un sens, le projecteur de diapositive est également un héritier de la lanterne, qualité artistique en moins. Ce qui est certain, c'est que le « cinéma chez soi » a fini par reléguer la vieille lanterne magique au grenier. On a sans doute perdu du même coup beaucoup de magie, de poésie, ce qui explique sans doute l'émotion qui saisit tout spectateur lorsqu'il a la chance de retrouver un appareil polychrome ou d'assister à une projection de lanterne, un spectacle rare, délicat et d'un autre temps."
Lanternes magiques : le théatre optique d'Emile Reynaud
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Lanterne magique : spectacle
"Thomas Walgenstein est un mathématicien et physicien danois du XVIIe siècle, co-inventeur de la lanterne magique (paternité disputée avec Athanase Kircher et Christiaan Huygens), l'ancêtre du cinéma."

- "Balzac, qui a découvert avec émerveillement la lanterne magique chez sa grand mère Sallambier vers 1805 alors qu'il n'avait pas encore sept ans, reproduira cette scène presqu'à l'identique dans Une double famille. Plus tard cette magie des images aura un impact sur son œuvre monumentale la Comédie humaine ; "
- « fasciné par le kaléidoscope, la lanterne magique, le panorama, le diorama, et toutes les fantasmagories en vogue à son époque, Balzac a cherché à introduire dans le roman l‘illusion d‘un spectacle polychrome et animé pour représenter la réalité sociale saisie en action. »
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/roman_0048-8593_1984_num_14_43_5444
Lanterne magique : substitution
Lanterne magique : train

"Le soir, une lanterne magique étala sur une toile blanche ses pièges et ses mystérieux tableaux, à la grande surprise de Charles. Plus d’une fois les joies célestes de cette innocente créature excitèrent des fous rires sur les lèvres de Caroline et de Roger. Quand, plus tard, le petit garçon fut couché, la petite fille s’éveilla demandant sa limpide nourriture. À la clarté d’une lampe, au coin du foyer, dans cette chambre de paix et de plaisir, Roger s’abandonna donc au bonheur de contempler le tableau suave que lui présentait cet enfant suspendu au sein de Caroline blanche, fraîche comme un lis nouvellement éclos et dont les cheveux retombaient en milliers de boucles brunes qui laissaient à peine voir son cou. La lueur faisait ressortir toutes les grâces de cette jeune mère en multipliant sur elle, autour d’elle, sur ses vêtements et sur l’enfant ces effets pittoresques produits par les combinaisons de l’ombre et de la lumière. Le visage de cette femme calme et silencieuse parut mille fois plus doux que jamais à Roger, qui regarda tendrement ces lèvres chiffonnées et vermeilles d’où jamais encore aucune parole discordante n’était sortie. La même pensée brilla dans les yeux de Caroline qui examina Roger du coin de l’œil, soit pour jouir de l’effet qu’elle produisait sur lui, soit pour deviner l’avenir de la soirée.
L’inconnu, qui comprit la coquetterie de ce regard fin, dit avec une feinte tristesse : — Il faut que je parte. J’ai une affaire très-grave à terminer, et l’on m’attend chez moi. Le devoir avant tout, n’est-ce pas, ma chérie ?
Caroline l’espionna d’un air à la fois triste et doux, mais avec cette résignation qui ne laisse ignorer aucune des douleurs d’un sacrifice : — Adieu, dit-elle. Va-t’en ! Si tu restais une heure de plus, je ne te donnerais pas facilement ta liberté.
— Mon ange, répondit-il alors en souriant, j’ai trois jours de congé, et suis censé à vingt lieues de Paris."
Une double familleHonoré de Balzac

« The long shadow » (around 1805) Johan Heinrich Wilhelm TISCHBEIN


"Une des observation qui participa à la création du cinéma, est cette particularité physiologique de l'œil humain connue sous le terme de « persistance rétinienne ». Lorsque nous regardons un objet, son image se forme sur la rétine, « surface sensible » à la lumière qui tapisse le fond de l'œil. L'image ainsi captée par la rétine met une fraction de seconde à disparaître. De nombreux instruments furent construit sur ce principe, du simple thaumatrope (2 images tournant autour d'un axe) au praxinoscope à miroirs d'Émile Reynaud. En 1831, le Belge Joseph Plateau, commercialisera avec un certain succès, un « jouet optique » le phénakistoscope
.
Comme on peut le comprendre sur cet exemple, le cinéma n'est pas capable, en lui même, de reproduire un mouvement continu, mais seulement quelques extraits figés de ce mouvement. C'est au cerveau humain qu'est laissé le soin de recréer le mouvement dans son intégralité… Une quinzaine d'images par seconde, permettent de le « leurrer », mais 30 donnent une meilleure fluidité cinétique.
• 1798 : Etienne-Gaspard Robert fit la première présentation à Paris de sa Fantasmagorie au Pavillon de l'Echiquier. Sa lanterne magique sur roulettes, le Fantascope, équipé de 2 objectifs lui permettait de faire des travellings, des fondus-enchainés et tout ça avec l'auto-focus !"
http://enfant7art.org/cine_histo2.html
Numerical Art by Jacqueline Waechter 2010

http://jacquelinewaechter.blogspot.com/2010/02/m-ou-le-souvenir-denfance-de-girodet.html
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