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'Une naissance difficile, suivie d'une pleurésie, laissa mère souffrante et fragile, mal assurée quand à l'avenir de sa propre santé. Ors elle touchait à peine la trentaine.
Grande; mince, blonde et belle, le visage aux traits réguliers et fins, Thérèse Bugatti
était d'un naturel vif, impérieux, volontiers caustique. Elle aimait la vie et ses plaisirs, le mouvement et les improvisations. L'obligation nouvelle de se ménager sans cesse, de mener une vie très calme et retirée, modifia profondément son caractère dont l'amertume, même dans ses vieilles années, ne cessa de croître. Par un réflexe qu'elle ne pût maîtriser tout à fait, elle reporta sur l'innocent bébé les frustrations de sa pleine jeunesse. Cette attitude se prolongea tout au long de la vie de Rembrandt, qui en fût marqué profondément, mais demeura toujours un fils aimant et respectueux."
L'Ebé Bugatti.
Nièce de Rembrandt Bugatti.
Rien ne vaut une douce maman. | |
| Léon Tolstoï | |
| Extrait d' Anna Karénine |
http://www.maison-alsace.com/index.php?option=com_content&view=article&id=281&catid=44

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- Alfred de MUSSET (1810-1857)
La nuit de décembre
LE POÈTE
Du temps que j'étais écolier,
Je restais un soir à veiller
Dans notre salle solitaire.
Devant ma table vint s'asseoir
Un pauvre enfant vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère.
Son visage était triste et beau :
A la lueur de mon flambeau,
Dans mon livre ouvert il vint lire.
Il pencha son front sur sa main,
Et resta jusqu'au lendemain,
Pensif, avec un doux sourire.
Comme j'allais avoir quinze ans
Je marchais un jour, à pas lents,
Dans un bois, sur une bruyère.
Au pied d'un arbre vint s'asseoir
Un jeune homme vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère.
Je lui demandai mon chemin ;
Il tenait un luth d'une main,
De l'autre un bouquet d'églantine.
Il me fit un salut d'ami,
Et, se détournant à demi,
Me montra du doigt la colline.
A l'âge où l'on croit à l'amour,
J'étais seul dans ma chambre un jour,
Pleurant ma première misère.
Au coin de mon feu vint s'asseoir
Un étranger vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère.
Il était morne et soucieux ;
D'une main il montrait les cieux,
Et de l'autre il tenait un glaive.
De ma peine il semblait souffrir,
Mais il ne poussa qu'un soupir,
Et s'évanouit comme un rêve.
A l'âge où l'on est libertin,
Pour boire un toast en un festin,
Un jour je soulevais mon verre.
En face de moi vint s'asseoir
Un convive vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère.
Il secouait sous son manteau
Un haillon de pourpre en lambeau,
Sur sa tête un myrte stérile.
Son bras maigre cherchait le mien,
Et mon verre, en touchant le sien,
Se brisa dans ma main débile.
Un an après, il était nuit ;
J'étais à genoux près du lit
Où venait de mourir mon père.
Au chevet du lit vint s'asseoir
Un orphelin vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère.
Ses yeux étaient noyés de pleurs ;
Comme les anges de douleurs,
Il était couronné d'épine ;
Son luth à terre était gisant,
Sa pourpre de couleur de sang,
Et son glaive dans sa poitrine.
Je m'en suis si bien souvenu,
Que je l'ai toujours reconnu
A tous les instants de ma vie.
C'est une étrange vision,
Et cependant, ange ou démon,
J'ai vu partout cette ombre amie.
Lorsque plus tard, las de souffrir,
Pour renaître ou pour en finir,
J'ai voulu m'exiler de France ;
Lorsqu'impatient de marcher,
J'ai voulu partir, et chercher
Les vestiges d'une espérance ;
A Pise, au pied de l'Apennin ;
A Cologne, en face du Rhin ;
A Nice, au penchant des vallées ;
A Florence, au fond des palais ;
A Brigues, dans les vieux chalets ;
Au sein des Alpes désolées ;
A Gênes, sous les citronniers ;
A Vevey, sous les verts pommiers ;
Au Havre, devant l'Atlantique ;
A Venise, à l'affreux Lido,
Où vient sur l'herbe d'un tombeau
Mourir la pâle Adriatique ;
Partout où, sous ces vastes cieux,
J'ai lassé mon cœur et mes yeux,
Saignant d'une éternelle plaie ;
Partout où le boiteux Ennui,
Traînant ma fatigue après lui,
M'a promené sur une claie ;
Partout où, sans cesse altéré
De la soif d'un monde ignoré,
J'ai suivi l'ombre de mes songes ;
Partout où, sans avoir vécu,
J'ai revu ce que j'avais vu,
La face humaine et ses mensonges ;
Partout où, le long des chemins,
J'ai posé mon front dans mes mains,
Et sangloté comme une femme ;
Partout où j'ai, comme un mouton,
Qui laisse sa laine au buisson,
Senti se dénuder mon âme ;
Partout où j'ai voulu dormir,
Partout où j'ai voulu mourir,
Partout où j'ai touché la terre,
Sur ma route est venu s'asseoir
Un malheureux vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère.
Qui donc es-tu, toi que dans cette vie
Je vois toujours sur mon chemin ?
Je ne puis croire, à ta mélancolie,
Que tu sois mon mauvais Destin.
Ton doux sourire a trop de patience,
Tes larmes ont trop de pitié.
En te voyant, j'aime la Providence.
Ta douleur même est sœur de ma souffrance ;
Elle ressemble à l'Amitié.
Qui donc es-tu ? - Tu n'es pas mon bon ange,
Jamais tu ne viens m'avertir.
Tu vois mes maux (c'est une chose étrange !)
Et tu me regardes souffrir.
Depuis vingt ans tu marches dans ma voie,
Et je ne saurais t'appeler.
Qui donc es-tu, si c'est Dieu qui t'envoie ?
Tu me souris sans partager ma joie,
Tu me plains sans me consoler !
Ce soir encor je t'ai vu m'apparaître.
C'était par une triste nuit.
L'aile des vents battait à ma fenêtre ;
J'étais seul, courbé sur mon lit.
J'y regardais une place chérie,
Tiède encor d'un baiser brûlant ;
Et je songeais comme la femme oublie,
Et je sentais un lambeau de ma vie
Qui se déchirait lentement.
Je rassemblais des lettres de la veille,
Des cheveux, des débris d'amour.
Tout ce passé me criait à l'oreille
Ses éternels serments d'un jour.
Je contemplais ces reliques sacrées,
Qui me faisaient trembler la main :
Larmes du cœur par le cœur dévorées,
Et que les yeux qui les avaient pleurées
Ne reconnaîtront plus demain !
J'enveloppais dans un morceau de bure
Ces ruines des jours heureux.
Je me disais qu'ici-bas ce qui dure,
C'est une mèche de cheveux.
Comme un plongeur dans une mer profonde,
Je me perdais dans tant d'oubli.
De tous côtés j'y retournais la sonde,
Et je pleurais, seul, loin des yeux du monde,
Mon pauvre amour enseveli.
J'allais poser le sceau de cire noire
Sur ce fragile et cher trésor.
J'allais le rendre, et, n'y pouvant pas croire,
En pleurant j'en doutais encor.
Ah ! faible femme, orgueilleuse insensée,
Malgré toi, tu t'en souviendras !
Pourquoi, grand Dieu ! mentir à sa pensée ?
Pourquoi ces pleurs, cette gorge oppressée,
Ces sanglots, si tu n'aimais pas ?
Oui, tu languis, tu souffres, et tu pleures ;
Mais ta chimère est entre nous.
Eh bien ! adieu ! Vous compterez les heures
Qui me sépareront de vous.
Partez, partez, et dans ce cœur de glace
Emportez l'orgueil satisfait.
Je sens encor le mien jeune et vivace,
Et bien des maux pourront y trouver place
Sur le mal que vous m'avez fait.
Partez, partez ! la Nature immortelle
N'a pas tout voulu vous donner.
Ah ! pauvre enfant, qui voulez être belle,
Et ne savez pas pardonner !
Allez, allez, suivez la destinée ;
Qui vous perd n'a pas tout perdu.
Jetez au vent notre amour consumée ; -
Éternel Dieu ! toi que j'ai tant aimée,
Si tu pars, pourquoi m'aimes-tu ?
Mais tout à coup j'ai vu dans la nuit sombre
Une forme glisser sans bruit.
Sur mon rideau j'ai vu passer une ombre ;
Elle vient s'asseoir sur mon lit.
Qui donc es-tu, morne et pâle visage,
Sombre portrait vêtu de noir ?
Que me veux-tu, triste oiseau de passage ?
Est-ce un vain rêve ? est-ce ma propre image
Que j'aperçois dans ce miroir ?
Qui donc es-tu, spectre de ma jeunesse,
Pèlerin que rien n'a lassé ?
Dis-moi pourquoi je te trouve sans cesse
Assis dans l'ombre où j'ai passé.
Qui donc es-tu, visiteur solitaire,
Hôte assidu de mes douleurs ?
Qu'as-tu donc fait pour me suivre sur terre ?
Qui donc es-tu, qui donc es-tu, mon frère,
Qui n'apparais qu'au jour des pleurs ?
LA VISION
- Ami, notre père est le tien.
Je ne suis ni l'ange gardien,
Ni le mauvais destin des hommes.
Ceux que j'aime, je ne sais pas
De quel côté s'en vont leurs pas
Sur ce peu de fange où nous sommes.
Je ne suis ni dieu ni démon,
Et tu m'as nommé par mon nom
Quand tu m'as appelé ton frère ;
Où tu vas, j'y serai toujours,
Jusques au dernier de tes jours,
Où j'irai m'asseoir sur ta pierre.
Le ciel m'a confié ton cœur.
Quand tu seras dans la douleur,
Viens à moi sans inquiétude.
Je te suivrai sur le chemin ;
Mais je ne puis toucher ta main,
Ami, je suis la Solitude.




"Maintenant je peux te regarder en paix, désormais je ne te mange plus."
Franz Kafka (1883-1924)
Remarque faite pendant qu’il admirait un poisson.

Actu Voilà Insolite 25/03/2010 17:32
"Le dicton "Loin des yeux, loin du cœur" ne s'applique pas aux cigognes : Rodan, un mâle, a parcouru environ 13.000 kilomètres pour rencontrer une nouvelle fois Malena, sa dulcinée handicapée qui vit dans un village de Croatie, a rapporté jeudi la presse locale.
C'est la cinquième année consécutive que Rodan fait un tel périple depuis l'Afrique du sud pour retrouver Malena (La Petite) qui l'attendait impatiemment à Brodski Varos (est de la Croatie), a précisé le quotidien Jutarnji List.
"Il fait cela depuis cinq ans", a expliqué au journal Stjepan Vokic qui s'occupe de Malena, cigogne dans l'incapacité de voler depuis qu'elle a été blessée par un tir de chasseur en 1993.
"Cette année, il est arrivé un peu en avance", a dit M. Vokic, ajoutant que Rodan semblait "épuisé" par le voyage.
Au cours des quatre dernières années, le couple a élevé quatre couvées de cigogneaux et c'est Rodan qui leur a appris à voler, Malena n'étant pas en mesure de le faire, a-t-il précisé. Ils devraient avoir de nouveaux petits cette année.
En août, Rodan et sa progéniture se prépareront à un long voyage pour passer l'hiver en Afrique du sud, tandis que Malena restera à Brodski Varos pour attendre encore une fois l'arrivée de son prince charmant, toujours fidèle..."

'Ma consolation, c’est le jardin zoologique où je passe toute ma journée. "

Rembrandt Bugatti donnant à manger à une cigogne...
Cigognes en Alsace à Munster. Photo Jean-Luc Zablot 2010
"Soyez bon pour les animaux"

Milan vols d'exils
voyages d'Italie
à tire d'ailes,
Réaliser son œuvre personnelle
en la nouvelle effusion
se couler fluide au creuset de l'art
dans le sillage frère
des plâtres essuyés
au frisson
de la passion animale...
Mouillures des pâtes à modeler
linges protecteurs
mains qui accouchent
des âmes de Ménagerie,
au Jardin des Plantes,
zoo du cœur de Paris...
Modeler à foison
des toisons qui s'alignent
les courses solaires
des faons en moisons de guigne,
Sculpter l'échine
ondulée du temps
le bêlement du troupeau
des heures durant, animées
passées en quêtes de courbes
éléphantines
dans l'ombre des trompes de rêves
Croquer
à la mine de plomb
à la sanguine des oiseaux
de paradis
éperdus
Sculpter des jours égrenés en chapelets de plumes,
des enquêtes d'amour de girafes
Modeler l'impalpable insufflation de caresses
l'élégante et mélancolique adresse
la sensibilité animale,
captée en sa brève présence au monde :
Sculpter à l'onde de la vie simple
des troupeaux de bêtes allant s'abreuver
Palper, "En résidence" au zoo d’Anvers,
la buée des souffles
la truffe moisissure salpêtrant
l'atelier humide,
les vapeurs brouillards des séjours en plein air
et non loin des cages,
sentir en soi éclore des colchiques
de tuberculose,
au couchant de la dépression
Voir exploser la Première guerre mondiale,
fixer le fil à plomb, dans la visée de la Croix-Rouge belge,
se faire brancardier au zoo...
Comment fuir l'horreur quotidienne de la vie tranchée? :
Prendre son billet aller simple
Paris Montparnasse.
Sculpter un Christ en croix,
ultime essai de figuration
couché sur son lit de désolation
signer dans le sillage lumineux du pré, nom Rembrandt...B...
Puis
le samedi 8 janvier 1916
dans un sanglot étouffé
ouvrir le robinet du gaz...
Pempa,
inscrit dans l'ombre d'oncle Segantini
peignant l'exaltation des vaches à l'abreuvoir
dans la limpidité des cimes
et la douleur de la génisse meuglant,
à la tombée neigeuse,
la-bas, tombé foudroyé au champs magnétique de clarté
Grisons, Schafberg Pontresina,...
Jacqueline Waechter...
"Un important fonds de plâtres originaux a été donné par sa nièce, L’Ébé Bugatti,
au musée d’Orsay.
On peut aussi admirer ses œuvres aux musées de Lyon, Roubaix et Vernon."
...Chaise escargot, Carlo Bugatti :
http://www.musee-orsay.fr/fr/collections/oeuvres-commentees/arts-decoratifs/commentaire_id/chaise-16136.html?tx_commentaire_pi1%5BpidLi%5D=846&tx_commentaire_pi1%5Bfrom%5D=843&cHash=7a7cd62a2a

Lettre de Rembrandt à Ettore Bugatti son frère,
circa 1912 "Mon Cher Totor"
"Je suis content que tu me donnes de tes nouvelles. Moi, je ne t'écris jamais car je n'ai rien de nouveau à te raconter. L'année est comme le mois, se passe; le mois comme les jours; les jours comme les heures qui se suivent, monotones, sans joie ni plaisir.
Si, j'ai encore des moments de bonheur en pensant à la réussite de mon œuvre que j'entreprends et qui m'occupera pendant trois ou quatre ans avant d'en voir la fin. J'espère et je crois réussir à faire une œuvre qu'aucun sculpteur animalier ancien ou moderne n'a fait. Tu peux disposer de mon atelier quand tu le veux et le temps que tu voudras. Je suis étonné pour le buste du Prince, il y a bien longtemps qu'il est fait, et tu peux lui dire de ma part, d'aller le réclamer et qu'il n'a rien à débourser. Je te demanderai quelque chose, maman a du te le dire, car je lui ai écrit enfin! Je n'abuse pas de ta bonté et je renonce à te le demander encore. Le 16 octobre, bois à ma santé et pense à moi ce jour-là, je serai moins seul. ici, c'est comme si j'étais dans un désert entre des sauvages. Ma consolation, c’est le jardin zoologique où je passe toute ma journée.
Embrasse tous mes petits neveux, ta femme et toi Ton Frère ,
Pempa"
Rembrandt Bugatti, fils cadet de Carlo Bugatti nait le 16 Octobre 1884 à Milan.
C'est son oncle Segantini qui choisit son Prénom , comme "pour encourager le sort".
En famille on l'appellera Pempa.

"Tant qu’il n’étendra pas le cercle de sa compassion à tous les êtres vivants, l’homme ne trouvera pas de paix."
Dr Albert Schweitzer
(1875-1965)
"Tant que les hommes massacreront les bêtes, ils s’entretueront.
Celui qui sème le meurtre et la douleur ne peut en effet récolter la joie et l’amour."
Pythagore
(570-480 av. JC)

"La grandeur d’une nation et ses progrès moraux peuvent être jugés par la manière dont elle traite les animaux."
Gandhi
(1869-1948)
"Quelqu’un qui s’est habitué à considérer la vie de n’importe quelle créature vivante comme sans valeur, finit par penser qu’une vie humaine ne vaut rien."
Dr Albert Schweitzer
(1875-1965)

"Les gens répètent souvent que depuis toujours les hommes ont mangé des animaux, comme justification pour continuer cette pratique. En suivant cette logique, nous ne devons pas essayer d’empêcher les individus de tuer d’autres personnes, puisque cela aussi se fait depuis la nuit des temps."
Isaac Bashevis Singer
(1904-1991)

Numerical Art and Drawings by Jacqueline Waechter 2010


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