vendredi 19 mars 2010

Le monde ne tient qu'à un fil, la mort n'est pas un jeu...

...








Vouloir nous brûle et pouvoir nous détruit.


La Peau de chagrin (1831) Honoré de Balzac














Vous eussiez frémi de voir ces faces humaines,
aux yeux caves et cernés qui semblaient ne rien voir.


La Peau de chagrin (1831)
Honoré de Balzac







«La mort. Que ce mot, si court, est insondable et terrible !»


Guy de Maupassant
- Correspondance




Notre conscience est un juge infaillible, quand nous ne l'avons pas encore assassinée.
La Peau de chagrin (1831)


Honoré de Balzac









«Notre grand tourment dans l'existence vient de ce que nous sommes éternellement seuls, et tous nos efforts, tous nos actes ne tendent qu'à fuir cette solitude.»

Guy de Maupassant








L'homme est faible et bête, entraînable pour un rien, et lâche toutes les fois que ses sens sont excités ou domptés.

Les Soeurs Rondoli (1884)

Guy de Maupassant










Quand on est pris dans l'engrenage d'une pareille passion ou d'un pareil vice, il faut y passer tout entier.


Les Soeurs Rondoli (1884)
Guy de Maupassant









L'horrible spectacle que peut donner à un homme dégoûté la foule humaine qui s'amuse.

La Vie errante (1890)

Guy de Maupassant






Là, le génie humain apparaissait dans toutes les pompes de sa misère ...

La Peau de chagrin (1831)
Honoré de Balzac









On finirait par devenir fou, ou par mourir, si on ne pouvait pas pleurer.

Guy de Maupassant
Extrait de Fort comme la mort

- Extrait de la Solitude










Il n'y a pas de sciences ou de vertus qui vaillent une goutte de sang.


La Peau de chagrin (1831)

Honoré de Balzac








L'enfer c'est les autres [1]

par Jean-Paul Sartre

Extrait du CD « Huis clos »

Quand on écrit une pièce, il y a toujours des causes occasionnelles et des soucis profonds. La cause occasionnelle c'est que, au moment où j'ai écrit Huis clos, vers 1943 et début 44, j'avais trois amis et je voulais qu'ils jouent une pièce, une pièce de moi, sans avantager aucun d'eux. C'est-à-dire, je voulais qu'ils restent ensemble tout le temps sur la scène. Parce que je me disais que s'il y en a un qui s'en va, il pensera que les autres ont un meilleur rôle au moment où il s'en va. Je voulais donc les garder ensemble. Et je me suis dit, comment peut-on mettre ensemble trois personnes sans jamais en faire sortir l'une d'elles et les garder sur la scène jusqu'au bout, comme pour l'éternité. C'est là que m'est venue l'idée de les mettre en enfer et de les faire chacun le bourreau des deux autres. Telle est la cause occasionnelle. Par la suite, d'ailleurs, je dois dire, ces trois amis n'ont pas joué la pièce, et comme vous le savez, c'est Michel Vitold, Tania Balachova et Gaby Sylvia qui l'ont jouée.

Mais il y avait à ce moment-là des soucis plus généraux et j'ai voulu exprimer autre chose dans la pièce que, simplement, ce que l'occasion me donnait. J'ai voulu dire « l'enfer c'est les autres ». Mais « l'enfer c'est les autres » a été toujours mal compris. On a cru que je voulais dire par là que nos rapports avec les autres étaient toujours empoisonnés, que c'était toujours des rapports infernaux. Or, c'est tout autre chose que je veux dire. Je veux dire que si les rapports avec autrui sont tordus, viciés, alors l'autre ne peut être que l'enfer. Pourquoi ? Parce que les autres sont, au fond, ce qu'il y a de plus important en nous-mêmes, pour notre propre connaissance de nous-mêmes. Quand nous pensons sur nous, quand nous essayons de nous connaître, au fond nous usons des connaissances que les autres ont déjà sur nous, nous nous jugeons avec les moyens que les autres ont, nous ont donné, de nous juger. Quoi que je dise sur moi, toujours le jugement d'autrui entre dedans. Quoi que je sente de moi, le jugement d'autrui entre dedans. Ce qui veut dire que, si mes rapports sont mauvais, je me mets dans la totale dépendance d'autrui et alors, en effet, je suis en enfer. Et il existe une quantité de gens dans le monde qui sont en enfer parce qu ils dépendent trop du jugement d'autrui. Mais cela ne veut nullement dire qu'on ne puisse avoir d'autres rapports avec les autres, ça marque simplement l'importance capitale de tous les autres pour chacun de nous.

Deuxième chose que je voudrais dire, c'est que ces gens ne sont pas semblables à nous. Les trois personnes que vous entendrez dans Huis clos ne nous ressemblent pas en ceci que nous sommes tous vivants et qu'ils sont morts. Bien entendu, ici, « morts » symbolise quelque chose. Ce que j'ai voulu indiquer, c'est précisément que beaucoup de gens sont encroûtés dans une série d'habitudes, de coutumes, qu'ils ont sur eux des jugements dont ils souffrent mais qu'ils ne cherchent même pas à changer. Et que ces gens-là sont comme morts, en ce sens qu'ils ne peuvent pas briser le cadre de leurs soucis, de leurs préoccupations et de leurs coutumes et qu'ils restent ainsi victimes souvent des jugements que l'on a portés sur eux.

À partir de là, il est bien évident qu'ils sont lâches ou méchants. Par exemple, s'ils ont commencé à être lâches, rien ne vient changer le fait qu'ils étaient lâches. C'est pour cela qu'ils sont morts, c'est pour cela, c'est une manière de dire que c'est une « mort vivante » que d'être entouré par le souci perpétuel de jugements et d'actions que l'on ne veut pas changer.

De sorte que, en vérité, comme nous sommes vivants, j'ai voulu montrer, par l'absurde, l'importance, chez nous, de la liberté, c'est-à-dire l'importance de changer les actes par d'autres actes. Quel que soit le cercle d'enfer dans lequel nous vivons, je pense que nous sommes libres de le briser. Et si les gens ne le brisent pas, c'est encore librement qu'ils y restent. De sorte qu'ils se mettent librement en enfer.

Vous voyez donc que « rapport avec les autres », « encroûtement » et « liberté », liberté comme l'autre face à peine suggérée, ce sont les trois thèmes de la pièce.

Je voudrais qu'on se le rappelle quand vous entendrez dire... « L'enfer c'est les autres ».

Je tiens à ajouter, en terminant, qu'il m'est arrivé en 1944, à la première représentation, un très rare bonheur, très rare pour les auteurs dramatiques : c'est que les personnages ont été incarnés de telle manière par les trois acteurs, et aussi par Chauffard, le valet d'enfer, qui l'a toujours jouée depuis, que je ne puis plus me représenter mes propres imaginations autrement que sous les traits de Michel Vitold, Gaby Sylvia, de Tania Balachova et de Chauffard. Depuis, la pièce a été rejouée par d'autres acteurs, et je tiens en particulier à dire que j'ai vu Christiane Lenier, quand elle l'a jouée, et que j'ai admiré quelle excellente Inès elle a été."

Jean-Paul Sartre....


http://www.philo5.com/Les%20philosophes%20Textes/Sartre_L%27EnferC%27EstLesAutres.htm








Toute opinion est assez forte pour se faire espouser au pris de la vie.

Montaigne
Essais








La vie est l'ensemble des fonctions qui résistent à la mort.


François Bichat
Recherches physiologiques sur la vie et la mort










Huit jours avec de la fièvre ! J'aurais encore eu le temps d'écrire un livre !

Honoré de Balzac
Avant son agonie











Celui qui ne sait pas ce que c'est que la vie,
comment
saura-t-il ce que c'est que la mort ?

Confucius
Entretiens






The sad truth is that most evil is done by people who never make up their minds to be good or evil.

Hannah Arend
t






Nous sommes tous résignés à la mort ;
c'est à la vie que
nous n'arrivons pas à nous résigner.

Graham Greene
Le fond du problème








L'homme succombera tué par l'excès de ce qu'il appelle la civilisation.

Jean Henri Fabre












"Car y'a pas meilleur profit que le bizness de la mort"

Keny Arkana








Méfie toi du système, assassin et menteur"


Keny Arkana








Economic growth may one day turn out to be a curse rather than a good, and under no conditions can it either lead into freedom or constitute a proof for its existence.

Hannah Arendt









We have almost succeeded in leveling all human activities to the common denominator of securing the necessities of life and providing for their abundance.

Hannah Arendt


In order to go on living one must try to escape the death involved in perfectionism.

Hannah Arendt














It is my contention that civil disobediences are nothing but the latest form of voluntary association, and that they are thus quite in tune with the oldest traditions of the country.

Hannah Arendt

Man cannot be free if he does not know that he is subject to necessity, because his freedom is always won in his never wholly successful attempts to liberate himself from necessity.

Hannah Arendt








Only crime and the criminal, it is true, confront us with the perplexity of radical evil; but only the hypocrite is really rotten to the core.

Hannah Arendt




No punishment has ever possessed enough power of deterrence to prevent the commission of crimes. On the contrary, whatever the punishment, once a specific crime has appeared for the first time, its reappearance is more likely than its initial emergence could ever have been.

Hannah Arendt







Enfants de Salò...?









"Les jeunes ont été séduits par le Jeu de la mort. Le documentaire qui transpose l’expérience scientifique de l’américain Stanley Milgram à la télévision, diffusé mercredi 17 mars sur France 2 a atteint 23,5% de part d’audience chez les 15-34 ans, grands consommateurs de télé-réalité, avec une attention continue tout au long de la diffusion. "

http://www.20minutes.fr/article/391864/Culture-Le-jeu-de-la-mort-fait-un-carton-chez-les-jeunes.php

Année : 1976
Réalisateur : Pier Paolo Pasolini
Casting : Paolo Bonacelli (le Duc), Giorgio Cataldi (l’évêque), Umberto Paolo Quintavalle (le juge), Aldo Valletti (le président)…

Histoire (cinemovies) :Vers 1944-45, dans la République de Salo, quatre notables fascistes décident de passer 120 journées dans une villa pour y assouvir leurs fantasmes pervers. Ils font enlever huit jeunes femmes et huit jeunes hommes qui doivent se plier à leurs exigences…

"A l’instar d’un Luigi Russolo qui avait provoqué une émeute lors de son premier concert bruitiste à Paris en 1914, la sortie de ce film fut accompagnée d’un véritable déchainement populaire et médiatique en raison de sa nature soit disant subversive.
Les raisons en sont bien connues : une vulgarité excessive, de l’urine et des excréments, ainsi qu’une violence physique et psychologique explicite.
Le film est réparti en 4 tableaux bien distincts :
Antiferno : si je pose sur cette courte introduction un regard disons technique, je dirais que c’est le seul moment du film où la caméra semble “embarquée”, avant que cette dernière ne se pose définitivement dans une série de plans fixes et symétriques pour le reste de ce long métrage.
Pasolini ne perd pas de temps, et on est immédiatement spectateurs d’un sadisme ambiant froid et insensible.
Les 4 acteurs principaux semblent vouloir faire leur marché face à des enfant alignés comme de la marchandise. Je soulignerai la remarquable prestation de Aldo Valletti (le président), dont le visage transpire le vice lors du choix des victimes (le fait qu’il louche ne fait qu’accentuer son côté sadique).
cercle des passions : c’est à ce moment que la référence à l’œuvre de DANTE est la plus évidente, alignés face à leurs futurs bourreaux les victimes se voient dicter les lois qui vont régir leur séjour en enfer, et pour résumer ce qui leur est dit en une phrase :
"Toi qui entre ici abandonne toute espérance" ,
et toutes références à un quelconque dieu sera passible de mort."


































Débranche


Nos voitures dorment en bas comme des bébés
Et la Soul Music traîne sur la bande FM
Il n'reste que du brouillard sur les chaînes de télé
Y a quelque chose entre nous
Quelque chose qu'on aime
Et si tu veux me dire
Ce que tes yeux veulent me dire
Je t'en prie n'attends pas la fin de la nuit

Débranche, débranche
Coupe la lumière et coupe le son
Débranche, débranche tout
Débranche, débranche, débranche tout
Revenons à nous
Débranche tout

Le monde tient à un fil
Moi je tiens à mon rêve
Rester maître du temps et des ordinateurs
Retrouvons-nous d'un coup au temps d'Adam et Eve
Coupe les machines à rêves
Ecoute parler mon cœur
Si tu veux m'entendre dire
ce que mes yeux veulent te dire
Je t'en prie n'attends pas la fin de la nuit

Débranche, débranche
Coupe la lumière et coupe le son
Débranche, débranche tout
Débranche, débranche, débranche tout
Revenons à nous
Débranche tout

Débranche, débranche, débranche tout !

Paroles et Musique Michel Berger











RESISTE







- Michel Berger
Resiste
Lyrics
:
Paroles et musiques: Michel Berger
© 1982 by Éditions
Musicales COLLINE
© 1989 by POLYGRAM ÉDITIONS

Si on t'organise une
vie bien dirigée
Où tu t'oublieras vite
Si on te fait danser
Comme un amour qu'on quitte
Si tu réalises que la
vie n'est pas là
Que le matin tu te lèves
Sans savoir où tu vas
Résiste
R
Prouve que tu existes

Cherche ton bonheur partout, va,
Refuse ce monde égoïste
Résiste
Résiste
Danse pour le début du monde
Danse pour tous ceux qui ont peur
Danse pour les milliers de
coeurs
Qui ont droit au bonheur
Résiste
2
Tant de liberté pour
si peu de bonheur
Est-ce que ça vaut la peine
Si on veut t'amener à
renier tes erreurs
C'est pas pour ça qu'on t'aime
Si tu réalises que
l'amour n'est pas là
Que le soir tu te couches
Sans aucun rêve en toi

Lyrics: Resiste,

Michel Berger [end]








"Théâtre de la cruauté Sade et l’esprit du néolibéralisme"



"Dans ses textes sulfureux, Sade (1740-1814) annonce l’avènement de la société productiviste. Son monde reflète le mécanisme de production, avec son organisation, ses représentations, ses symboles, ses différentes formes de rationalisation qui peuvent mener à la destruction de la liberté. L’auteur construit une sorte d’économie politique de la production corporelle, dont la transposition dans le temps et dans l’espace permet déjà d’imaginer notre système économique actuel.
Par Patrick Vassort




Le livre majeur de Donatien Alphonse François de Sade est Les Cent Vingt journées de Sodome (1785). Il y est question du « monde parfait » d’une société totalitaire, que le cinéaste italien Pier Paolo Pasolini, dans son film Salò (1976), a d’ailleurs transposé en pleine débâcle de l’Italie fasciste en 1944. Imaginant un enlèvement d’individus jeunes et vieux des deux sexes, parés de tous les vices et de toutes les vertus, par un groupe de jouisseurs libertins, le marquis de Sade bâtit le « monde parfait » de la production sexuelle avec pour finalité la « jouissance absolue » (celle des libertins). Cette jouissance n’étant finalement que le fantasme et la représentation d’une productivité record, elle-même absolue.

Contemporain des débuts de l’industrialisation, Sade propose une vision plus radicale que celle des économistes physiocrates (1), ses contemporains, lesquels voyaient dans la rationalisation de l’agriculture le seul avenir de l’économie. Chez lui, le rapport au corps devient tayloriste avant Taylor (2). Car il répond aux exigences de la production sexuelle et corporelle dans le sens du plus grand rendement comme l’exige aussi la recherche névrotique du capital dans sa volonté de production, de reproduction et de développement.

Les Cent Vingt journées de Sodome font apparaître trois principales rationalisations : celle de l’espace, celle du temps, et celle du corps en tant qu’appareil de production. Trois rationalisations qui sont également à la base de l’économie politique des sociétés capitalistes.

Figure de l’espace de production : le château. Il mobilise des affects puissants ; il est le lieu des désirs, des jouissances, des plaisirs, des peurs, des refoulements, des douleurs. Il est divisé en espaces plus ou moins sacrés. Le centre de production par excellence est le grand cabinet, lieu des narrations ayant pour finalité d’évoquer des situations qui excitent les libertins, maîtres des cérémonies. Les autres pièces complètent le dispositif pour accroître la productivité sadienne et « améliorer » la relation des individus à la tâche proposée. Le cabinet est le centre où se tissent les relations, les productions et les structures sociales ; c’est là que les statuts réels se forment et que prend sens la raison d’être de chacun dans le mécanisme de production sexuelle avec ses formes de domination et de soumission.
Production industrielle du plaisir sexuel

Cette structuration spatiale, rationnelle, repose sur la dialectique inclusion-exclusion. Boudoir et château sont des lieux d’inclusion comme plus tard le seront la mine, l’usine ou le quartier d’affaires. En dehors du château, l’espace est neutre pour le lecteur. Il occulte un « ailleurs » possible, un lieu étranger à la logique productiviste sadienne.

Par cette construction spatiale, Sade élabore un monde où la seule raison d’être des individus est la recherche de ce rendement record, de l’orgasme absolu. Voilà comment il décrit un simple cachot : « Voûté, fermé par trois portes de fer et dans lequel se trouvait tout ce que l’art le plus cruel et la barbarie la plus raffinée peuvent inventer de plus atroce, tant pour effrayer les sens que pour procéder à des horreurs. Et là, que de tranquillité ! (...) Malheur, cent fois malheur à la créature infortunée qui, dans un pareil abandon, se trouvait à la merci d’un scélérat sans loi et sans religion, que le crime amusait, et qui n’avait plus là d’autre intérêt que ses passions et d’autres mesures à garder que les lois impérieuses de ses perfides voluptés. »

L’espace de vie des héros sadiens a été construit de manière à faire disparaître tout autre centre d’intérêt que celui imposé par les libertins. Il est donc organisé par et pour la production « industrielle » des plaisirs sexuels, comme l’industrie organise l’espace pour la production industrielle des biens de consommation.

Sade avait compris que le développement croissant du rendement passait par la parcellisation des tâches, qui permet l’« organisation scientifique du travail ». Construite autour d’espaces rationnellement organisés pour la production massive, qui vise à faire disparaître les autres espaces (ceux de la liberté et de l’autonomie), la société industrielle a modifié, avec sadisme pourrait-on dire, les relations de l’individu à son environnement en rationalisant celui-ci.

Mais, plus que l’espace, le temps rationalisé est, symboliquement, la marque par excellence du capitalisme. Chez Sade, l’organisation de la vie dans le château est basée sur un éternel recommencement. Structuré de manière circulaire, ce temps est périodique, un retour perpétuel à l’origine, qui ramène aux mêmes périodicités. Chaque journée fait l’objet d’une organisation rationnelle, obsessionnelle, quasi identique à la journée précédente, pour ne rien délaisser des « plaisirs » sexuels, que ces derniers reposent sur la douceur, la violence, le dégoût, l’envie, la douleur, le goût, l’odeur, l’exhibition, le regard, afin de ne rien laisser au hasard dans le mécanisme de production. Sade écrit : « Il est décidé et arrangé que les huit pucelages de cons des jeunes filles ne seront enlevés que dans le mois de décembre, et ceux de leurs culs, ainsi que deux des culs des huit jeunes garçons, ne le seront que dans le cours de janvier. » Car il convient d’irriter la volupté par l’accroissement d’un plaisir sans cesse enflammé et jamais satisfait. A ce titre, Les Cent Vingt journées de Sodome sont une longue marche dans un temps rationnel qui conduit à la productivité ultime : l’amour à mort, puisque seules seize des quarante-six personnes vont survivre aux excès de violence.

La production capitaliste repose également sur la rationalité du temps de travail. La productivité n’étant qu’un rapport entre la production et le temps. Il faut, sur un temps donné, fabriquer toujours davantage. Là est bien la philosophie du record. L’accélération de la vitesse de production des biens culturels et de consommation repose sur la baisse de qualité, sur la disparition de leur complexité et, in fine, sur la mise en domination des êtres. N’est-ce pas ce modèle d’organisation qui caractérise les flux de l’information ? N’est-ce pas le modèle de notre société du spectacle ?

La production taylorisée relève de cette même construction. La répétition des mêmes gestes, des mêmes procès de fabrication, avec ses rites, ses repos, ses reconstitutions de la force de travail, correspond à la philosophie productiviste proposée aussi par Sade. Au sein de la production capitaliste, le moment de la retraite n’est pas jugé comme une période méritée de repos, mais comme le « temps du rebut » des corps épuisés, exténués. Chez Sade, point de retraite. La fin de la productivité conduit à la mort.

Quant à la rationalisation des corps, elle devient réification, chosification. Les corps subissent une transformation imposée par les libertins. Apparition donc du corps en tant qu’appareil de production, pour répondre à des besoins à l’occasion totalitaires, et disparition du corps sensible.

Chaque orifice, mâle ou femelle, chaque creux, chaque rondeur peut faire l’objet d’un intérêt sexuel spécifique pourvu qu’il participe de l’intensification de la productivité. Sade imagine donc des personnages au physique toujours anormal, de beauté ou de laideur, de par ses dimensions ou ses déformations. La recherche d’une jouissance sans retenue, plus mécanique que sensuelle, pose la question de l’humanité au sein d’un processus rationnel qui cherche à accroître sans cesse le rendement.

Les rites de la production sadienne font du corps l’instrument d’un plaisir hypostasié, devenu marchandise. L’hybridation des organismes (greffes) ou la marchandisation du vivant, propositions éminemment sadiennes, trouvent leurs expressions modernes dans l’industrialisation du vivant au travers de la « traçabilité » du sperme congelé, de la conservation de cellules souches, ou du commerce des organes.

La production sadienne est toutefois imparfaite, frustrante, et les répétitions tayloriennes des jeux et agressions sexuelles sont, comme dans l’économie contemporaine, la marque d’un échec, celui de l’impossibilité d’atteindre un absolu. Car la conscience ou le désir de posséder plus, de réaliser une meilleure « performance » ne peut s’éteindre. Par définition, comme nous l’ont appris Sigmund Freud ou Jacques Lacan, il demeure inassouvi. Ainsi l’héroïne Justine fait-elle continuellement la découverte des plaisirs d’autrui dont elle est l’objet, mais ce plaisir se refuse toujours à elle. Et les héros des Cent Vingt journées de Sodome pratiquent, entre autres, la défécation, la sodomie ou le fouet, qui n’ont de sens que dans l’art de la multiplication des répétitions.
De l’orgasme au totalitarisme

La recherche du plus grand rendement mène inévitablement à la disparition de l’homme et de l’humanité. Le film de Nagisa Oshima, L’Empire des sens (1976), symbolise cette quête de l’absolu, de la folie et de la mort. Le dernier orgasme, le plus sublime, est obtenu par la strangulation du héros, qui demeure ainsi en érection après l’éjaculation et entraîne enfin l’orgasme recherché de sa partenaire.

La question posée par Sade est de savoir si cette organisation du travail n’annonce pas les prémices d’un totalitarisme. Souvenons-nous de ce qu’Hannah Arendt a écrit : « Le totalitarisme ne tend pas vers un règne despotique sur les hommes, mais vers un système dans lequel les hommes sont superflus. Le pouvoir total ne peut être achevé et préservé que dans un monde de réflexes conditionnés, de marionnettes ne présentant pas la moindre trace de spontanéité (3). » Or ces « hommes superflus » ne sont-ils pas les déclassés économiques, politiques et culturels d’aujourd’hui (comme l’étaient les prisonniers des libertins dans Les Cent vingt journées de Sodome) ? Ils voient leur subjectivité niée au nom du « réalisme » économique et social, de la flexibilité, de la précarité, de l’innovation technologique, des « impératifs » budgétaires, de la compétition économique internationale ou de la nouvelle division internationale du travail. Ils sont dépouillés de leur personnalité, et réduits à l’automatisation.

Par ailleurs, petit à petit, dans cette nouvelle société, la répression n’est plus seulement policière, mais relève de l’auto-répression. Comme chez ces héros sadiens qui ne cherchent jamais à s’enfuir, et finissent par accepter la souffrance promise. Arendt encore, dans Condition de l’homme moderne, rappelle que « le dernier stade de la société du travail, la société d’employés, exige de ses membres un pur fonctionnement automatique, comme si la vie individuelle était réellement submergée par le processus global de la vie de l’espèce (4) ».

Elle note aussi que, partout où le totalitarisme « s’est hissé au pouvoir, il a engendré des institutions politiques entièrement nouvelles, il a détruit toutes les traditions sociales, juridiques et politiques du pays ». N’est-ce pas, là encore, la première préoccupation des libertins de Sade, qui veulent faire disparaître les institutions existantes pour mieux les remplacer et mieux asseoir un pouvoir total ? Certains croient même relever des affinités avec la société capitaliste en construction..."


Auteur Patrick Vassort.

Capitalisme, Économie, Idées, Libéralisme, Littérature, Travail, Emploi

Patrick Vassort

Maître de conférences à l’université de Caen, auteur notamment, avec Nicolas Oblin, de La Crise de l’Université française, L’Harmattan, Paris, 2005.


(1) La physiocratie est une école économique apparue en France en 1768 qui partait du principe que la matérialité constitue le caractère fondamental de la richesse, et qui mesurait la valeur et l’utilité du travail par la quantité même de matière brute mobilisée.

(2) Frederick Winslow Taylor (1856-1915), ingénieur américain inventeur d’une méthode d’organisation scientifique du travail qui, appliquée par l’industriel de l’automobile Henry Ford (1863-1947), servit de base à la révolution industrielle du XXe siècle.

(3) Hannah Arendt,
Les Origines du totalitarisme, suivi d’Eichmann à Jérusalem, Gallimard,
Paris, 2002.


L'initiative intellectuelle, spirituelle et artistique est aussi dangereuse pour le
totalitarisme que l'initiative criminelle de la populace, et l'une et l'autre sont plus dangereuses que la simple opposition politique. La persécution systématique de toutes les formes supérieures d'activité intellectuelle par les nouveaux chefs des masses a des raisons plus profondes que leur ressentiment naturel pour tout ce qu'ils ne peuvent comprendre. La domination totale ne tolère la libre initiative dans aucun domaine de l'existence; elle ne tolère aucune activité qui ne soit pas entièrement prévisible. Le totalitarisme, une fois au pouvoir, remplace invariablement tous les vrais talents, quelles que soient leurs sympathies, par ces illuminés et ces imbéciles dont le manque d'intelligence et d'esprit créateur reste la meilleure garantie de leur loyauté.

- chapitre : Une société sans classes - page : 66 - éditeur : Gallimard - date d'édition : 1998 -




Le fait est que les véritables problèmes de notre époque ne peuvent être compris, et encore moins résolus, sans reconnaître que le totalitarisme est devenu la malédiction de ce siècle précisément parce qu'il s'est si terriblement occupé de ces problèmes.

Hannah Arendt

(4) Hannah Arendt,
Condition de l’homme moderne, Pocket, Paris, 1994.








Trop de perversité règne au siècle où nous sommes.

Molière,
Le misanthrope






«La conscience ? Elle n'empêche jamais de commettre un péché.
Elle empêche seulement d'en jouir en paix !»
Theodore Dreiser







Le Capital mourrait si, tous les matins, on ne graissait pas les rouages de ses machines avec de l'huile d'homme.

Jules Vallès

Extrait de Jacques Vingtras : l'insurgé


http://fr.wikipedia.org/wiki/Biopouvoir


http://methodos.revues.org/index131.html#tocto1n1







Le désir de faire souffrir l'objet sexuel - ou le sentiment opposé, le désir de se faire souffrir soi-même - est la forme de perversion la plus fréquente et la plus importante de toutes.
Trois essais sur la théorie de la sexualité (1905)
Sigmund Freud


Il existe une opposition tranchée entre les instincts du "moi" et les instincts sexuels, les premiers tendant vers la mort, les derniers au prolongement de la vie.

Sigmund Freud
Essais de psychanalyse










The chief qualification of a mass leader has become unending infallibility; he can never admit an error.

Hannah Arendt









Michel Berger
Les princes des villes
Lyrics:

Briller comme une étoile filante
C'est l'aventure qui les tente
Et puis cet étrange pouvoir
Qui s'est glissé dans leur regard
Vivre plus vite que les autres
Avoir un pied dans le futur
Vivre les rêves qui sont les nôtres
Et obéir à sa nature
Puisque rien de dure... vraiment

[Refrain]
Mais les princes des villes
N'ont pas besoin d'armure
Dans les grandes voitures
Les rêves sont faciles
Et leurs nuits de vinyle

Sont collées sur les murs
Mais rien n'est vraiment sûr
Et l'avenir fragile
Pour les princes des villes

Des idées bizarres
Vivre au rythme des guitares
Des rock'n roll stars

Qu'on les adore, qu'on les jalouse
Comme des maîtresses andalouses
Qu'on leur élève des statues
Qu'on les affiche dans les rues
Mais au matin d'un nouveau jour
Qu'on les piétine, qu'on les insulte
Qu'on établisse de nouveaux cultes
Et qu'on les oublie pour toujours
Mais puisque rien ne dure... vraiment

[au Refrain]










Numerical Art by Jacqueline Waechter 2010













...

Vous eussiez frémi de voir ces faces humaines, aux yeux caves et cernés qui semblaient ne rien voir.
La Peau de chagrin (1831)
Citations de Honoré de Balzac

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