mardi 23 février 2010

"Nous sommes ce que l'air chasse au vent de son aile"

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"La métempsycose est peut-être vraie − je crois quelquefois avoir vécu à différentes époques; en effet, j'en ai des souvenirs

(Flaubert, Souv, 1841, p. 51).

















L'Inde et surtout le bouddhisme étaient connus à Alexandrie. On leur empruntait la métempsycose, la façon d'envisager la vie comme l'emprisonnement de l'âme dans un corps (Renan, Égl. chrét., 1879, p. 149):














... moitié riant, moitié sérieux, il parlait de la métempsycose et de la succession des formes innombrables où l'âme coule et se filtre, comme une source qui passe de bassins en bassins.
Rolland, J.-Chr., Buisson ard., 1911, p. 1307.



















Horror IV

Depuis quatre mille ans que, courbé sous la haine,
Perçant sa tombe avec les débris de sa chaîne,
Fouillant le bas, creusant le haut,
Il cherche à s'évader à travers la nature,
L'esprit forçat n'a pas encor fait d'ouverture
A la voûte du ciel cachot.

Oui, le penseur en vain, dans ses essors funèbres,
Heurte son âme d'ombre au plafond de ténèbres;
Il tombe, il meurt; son temps est court;
Et nous n'entendons rien, dans la nuit qu'il nous lègue,
Que ce que dit tout bas la création bègue
A l'oreille du tombeau sourd.

Nous sommes les passants, les foules et les races.
Nous sentons, frissonnants, des souffles sur nos faces.
Nous sommes le gouffre agité;
Nous sommes ce que l'air chasse au vent de son aile;
Nous sommes les flocons de la neige éternelle
Dans l'éternelle obscurité.

Pour qui luis-tu, Vénus? Où roules-tu, Saturne?
Ils vont: rien ne répond dans l'éther taciturne.
L'homme grelotte, seul et nu.
L'étendue aux flots noirs déborde, d'horreur pleine:
L'énigme a peur du mot; l'infini semble à peine
Pouvoir contenir l'inconnu.

Toujours la nuit! jamais l'azur! jamais l'aurore!
Nous marchons. Nous n'avons point fait un pas encore!
Nous rêvons ce qu'Adam rêva;
La création flotte et fuit, des vents battue;
Nous distinguons dans l'ombre une immense statue
Et nous lui disons: Jéhovah!

Victor Hugo - Les Contemplations

























Miss X ..My name is Christine "







CHRISTINE (Jaime De Mora y Aragon)
con voce di donna DURIUM LdL 7337 / 1963 ITAL.

Ettore Cenci guitar trio





"Avec le poème "Lundi rue Christine", on rencontre un visage particulier de la poésie d'Apollinaire, celle qu'il appelait "le poème-conversation".

Les locuteurs se multiplient,
de même que les niveaux d'énonciation et les registres de langues.
L'ensemble
laisse une impression de confusion générale, une énonciation flottante parsemée
d'éléments descriptifs aussi disparates que le sont les différentes voix dont on ne
sait plus si elles appartiennent au domaine de l'oral ou de l'écrit.

"Lundi rue Christine" n'est pas un calligramme.
Pourtant, les effets sont les mêmes.
La simultanéité impose ici les marques de son dialogisme, comme ailleurs celles de son visualisme.
La difficile gageure de rendre compte, dans la linéarité de l'écrit, de la simultanéité qui caractérise l'oralité, se réalise ici avec perfection.
La lecture est déroutée. Détournée de ses habitudes.
Se sent comme trahie par ce tohu bohu urbain, déconfite par la suppression du "je lyrique" au profit d'un moins délimité et fiable, sujet collectif
(à la même époque Gustave le Bon fonde "la psychologie de foule").



http://www.ciao.fr/Par_C__Avis_771492






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Lundi Rue Christine

Cher monsieur
Vous êtes un mec à la mie de pain
Cette dame a le nez comme un ver solitaire
Louise a oublié sa fourrure
Moi je n’ai pas de fourrure et je n’ai pas froid
Le Danois fume sa cigarette en consultant l’horaire
Le chat noir traverse la brasserie
Ces crêpes étaient exquises
La fontaine coule
Robe noire comme ses ongles
C’est complètement impossible
Voici monsieur
La bague en malachite
Le sol est semé de sciure
Alors c’est vrai
La serveuse rousse a été enlevée par un libraire

Guillaume Apollinaire









Numerical Art by Jacqueline Waechter 2010


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