lundi 30 novembre 2009

La fille de Jephté...



* Alfred de VIGNY (1797-1863)

"Les poèmes antiques et modernes sont fortement influencés par Chénier, Byron et Chateaubriand. Vigny est alors un poète débutant qui hésite entre classicisme et romantisme. L'originalité de ces poèmes est la traduction d'une pensée philosophique sous une forme épique ou dramatique. Vigny aborde les problèmes qui seront au coeur de sa réflexion philosophique, la pitié, l'amour, la solitude du génie, les rapports de Dieu et de l'humanité. Dans ces poèmes Vigny semble obsédé pare l'injustice de la Toute-Puissance qui frappe indistinctement innocents et coupables."





La fille de Jephté

Voilà ce qu'ont chanté les filles d'Israël,
Et leurs pleurs ont coulé sur l'herbe du Carmel :



- Jephté de Galaad a ravagé trois villes ;
Abel ! la flamme a lui sur tes vignes fertiles !
Aroër sous la cendre éteignit ses chansons,
Et Mennith s'est assise en pleurant ses moissons !


Tous les guerriers d'Ammon sont détruits, et leur terre
Du Seigneur notre Dieu reste la tributaire.
Israël est vainqueur, et par ses cris perçants
Reconnaît du Très-Haut les secours tout-puissants.



A l'hymne universel que le désert répète
Se mêle en longs éclats le son de la trompette
Et l'armée, en marchant vers les tours de Maspha,
Leur raconte de loin que Jephté triompha.



Le peuple tout entier tressaille de la fête.
- Mais le sombre vainqueur marche en baissant la tête ;
Sourd à ce bruit de gloire, et seul, silencieux
Tout à coup il s'arrête, il a fermé ses yeux.



Il a fermé ses yeux, car au loin, de la ville,
Les vierges, en chantant, d'un pas lent et tranquille,
Venaient ; il entrevoit le choeur religieux,
C'est pourquoi, plein de crainte, il a fermé ses yeux.




Il entend le concert qui s'approche et l'honore :
La harpe harmonieuse et le tambour sonore,
Et la lyre aux dix voix, et le kinnor léger,
Et les sons argentins du nebel étranger,



Puis, de plus près, les chants, leurs paroles pieuses,
Et les pas mesurés en des danses joyeuses,
Et, par des bruits flatteurs, les mains frappant les mains,
Et de rameaux fleuris parfumant les chemins.



Ses genoux ont tremblé sous le poids de ses armes ;
Sa paupière s'entr'ouvre à ses premières larmes
C'est que, parmi les voix, le père a reconnu
La voix la plus aimée à ce chant ingénu :



- " O vierges d'Israël ! ma couronne s'apprête
" La première à parer les cheveux de sa tête ;
" C'est mon père, et jamais un autre enfant que moi
" N'augmenta la famille heureuse sous sa loi.
"


Et ses bras à Jephté donnés avec tendresse,
Suspendant à son col leur pieuse caresse :
" Mon père, embrassez-moi ! D'où naissent vos retards ?
" Je ne vois que vos pleurs et non pas vos regards.



" Je n'ai point oublié l'encens du sacrifice :
" J'offrais pour vous hier la naissante génisse.
" Qui peut vous affliger ? Le Seigneur n'a-t-il pas
" Renversé les cités au seul bruit de vos pas ? "



- " C'est vous, hélas ! c'est vous, ma fille bien-aimée ? "
Dit le père en rouvrant sa paupière enflammée ;
" Faut-il que ce soit vous ! ô douleur des douleurs !
" Que vos embrassements feront couler de pleurs !



" Seigneur, vous êtes bien le Dieu de la vengeance :
" En échange du crime il vous faut l'innocence.
" C'est la vapeur du sang qui plaît au Dieu jaloux !
" Je lui dois une hostie, ô ma fille ! et c'est vous ! "



- " Moi ! " dit-elle. Et ses yeux se remplirent de larmes.
Elle était jeune et belle, et la vie a des charmes.
Puis elle répondit : " Oh ! si votre serment
" Dispose de mes jours, permettez seulement



" Qu'emmenant avec moi les vierges, mes compagnes,
" J'aille deux mois entiers sur le haut des montagnes,
" Pour la dernière fois, errante en liberté,
" Pleurer sur ma jeunesse et ma virginité !



" Car je n'aurai jamais, de mes mains orgueilleuses,
" Purifié mon fils sous les eaux merveilleuses ;
" Vous n'aurez pas béni sa venue, et mes pleurs
" Et mes chants n'auront pas endormi ses douleurs ;



" Et le jour de ma mort, nulle vierge jalouse
" Ne viendra demander de qui je fus l'épouse,
" Quel guerrier prend pour moi le cilice et le deuil :
" Et seul vous pleurerez autour de mon cercueil. "



Après ces mots, l'armée assise tout entière
Pleurait, et sur son front répandait la poussière.
Jephté sous un manteau tenait ses pleurs voilés ;
Mais, parmi les sanglots, on entendit : " Allez. "



Elle inclina la tête et partit. Ses compagnes,
Comme nous la pleurons, pleuraient sur les montagnes.
Puis elle vint s'offrir au couteau paternel.
- Voilà ce qu'ont chanté les filles d'Israël.



Photos by Jacqueline Waechter Nov 2009

Et même lorsque mon coeur se brise...





Photos by Jacqueline Waechter nov 2009

dimanche 29 novembre 2009

Shall We Dance?




Jean-Luc Godard, Anna Karina chez Jean-Claude Brialy à Monthyon
Sources : J'ai oublié de vous dire, Jean-Claude Brialy
Xo editions 2004

"Un hymne à la mémoire, à la fidélité, au spectacle qui continue toujours!"


NOUVELLE VAGUE-Dance with me Video-Clip

Bande à Part, film de Jean-Luc Godard

"Le 26 septembre dernier, la célèbre revue musicale américaine Pitchfork a dévoilé le nouveau clip de Nouvelle Vague, "Dance with Me" (reprise de Lords of the New Church / 1983), clip qui circule déjà sur YouTube depuis le 12 septembre avec déjà + de 23 000 pages vues en 2 semaines!!! (pour l'anecdote, ce groupe français connaît un énorme succès aux USA notamment avec + de 200 000 explaires de leur 1er album vendus dans le monde, une session sur la radio californienne KCRW, etc).
Le clip reprend un extrait du film de J-L Godard, [Bande à Part / 1964], qui a donné son nom au 2ème album du groupe. On y retrouve Sami Frey, Anna Karina et Claude Brasseur, qui devient un peu malgré lui une icône indé, après la citation de son nom par Morrissey..."

Artist: Nouvelle Vague lyrics
Album: Bande À Part
Year: 2006
Title: Dance With Me


Lyrics to Dance With Me :
Mélanie Pain :

Let's dance little stranger
Show me secret sins
Love can be like bondage
Seduce me once again

Burning like an angel
Who has heaven in reprieve
Burning like the voodoo man
With devils on his sleeve

Won't you dance with me
In my world of fantasy
Won't you dance with me
Ritual fertility

Like an apparition
You don't seem real at all
Like a premonition
Of curses on my soul

The way I want to love you
Well it could be against the law
I've seen you in a thousand minds
You've made the angels fall

Won't you dance with me
In my world of fantasy
Won't you dance with me
Ritual fertility

Come on little stranger
There's only one last dance
Soon the music's over
Let's give it one more chance

Won't you dance with me
In my world of fantasy
Won't you dance with me
Ritual fertility

Take a chance with me
In my world of fantasy
Won't you dance with me
Ritual fertility

"Par les ténèbres vers la lumière"...















La maison Decrucq telle l'habita Vincent Van Gogh d'Août 1879 à Octobre 1880.
Aujourd'hui l'annexe a disparu.
Dessin Anonyme
Sources : Livret Vincent Van Gogh au Borinage par Georges Duez











"Vincent Van Gogh. Ce grand personnage hollandais de l'histoire de l'art né le 30 mars 1853 à Groot-Zundert (Pays-Bas) fait sans doute une des plus grandes fiertés de Cuesmes. C'est à Cuesmes, dans la maison située rue du Pavillon n°3, qu'il décida pour de bon de suivre sa vocation de peintre. Cette maison appartenait au pasteur Francq et était déjà occupée par le mineur Decrucq et sa famille. Il y vécut d'août 1879 à octobre 1880. C'est de cette époque que datent ses premiers dessins et ses lettres envoyées à son frère Théo. À partir de ce moment là, il lui écrira régulièrement. Sa traversée du Borinage commença à Pâturages, en 1878. Le jeune homme, âgé de 25 ans, est accueilli par un pasteur qui l'installa chez un colporteur au 39, rue de l'Église. 

Il part ensuite pour Wasmes, dans une maison que très vite, il jugera trop luxueuse et qu'il ne tardera pas de quitter pour une cabane. Il occupe à cette époque, un poste d'évangéliste. Il consacre tout aux mineurs et leurs familles. Il va même jusqu'à descendre à 700 mètres dans les fosses. Lors d'un coup de grisou, il sauve un mineur. Mais son occupation ne tarde pas à être désapprouvée, on accepte pas sa fonction de prêtre ouvrier et cela le choque. Et de là lui viendra l'idée de s'installer à Cuesmes."










Pendant son séjour à Wasmes, Van Gogh résidait à la maison Denis actuellement Rue Wilson.
A cette époque la fonction de Van Gogh était "évangéliste à domicile et catéchiste."

Sources : Livret Vincent Van Gogh au Borinage par Georges Duez

Le champs derrière la maison de Petit-Wasmes et le champ du Boulanger Denis
sont mentionnés dans les lettres à son frère Théo

La maison cuesmoise où il vécut, d'août 1879 à octobre 1880
la maison où il est devenu peintre,
où il partagea la vie des mineurs du Borinage


" Lettres du Borinage "...
la condition des mineurs, dont il se sentait proche.








"Le jeune Vincent Van Gogh arrive à Pâturages au début de l'hiver 1878. Il a 25 ans. Le pasteur Bonte l'accueille et l'installe chez M. Van der Haegen, colpolteur dans la localité et habitant au 39, rue de l'Eglise (cette maison n'existe plus). Premiers contacts avec ces mineurs qui gagnent 2,52 francs... par jour. Il part pour Wasmes, en plein coeur du Borinage, dès le mois de janvier, pour occuper un poste d'évangéliste (à l'instar de son père). Il s'installe d'abord chez Jean-Baptiste Denis, rue de Petit Wasmes. C'est une maison coquette se distinguant des autres. Vincent voulant partager la vie des mineurs la trouve trop luxueuse. Du coup, il loue une cabane. Il se livre tout entier à sa charge d'évangéliste, multipliant les visites, sacrifiant peu à peu son indemnité, ses vêtements, sa nourriture et tout son temps aux mineurs et à leurs familles. Il devient "mineur parmi les mineurs".






"... il y a beaucoup d'enfants, filles aussi bien que garçons"











"Il descend dans la fosse. A 700 mètres de fond, il voit les travailleurs couchés dans les galeries, les enfants, les chevaux, le danger permanent. Il sauve un mineur lors d'un coup de grisou, mais est désavoué en 1879 (il perd en fait sa paie de 50 francs par mois) par l'Union des Églises protestantes de Belgique (à qui sa fonction de "prêtre-ouvrier" ne plaît pas). C'est une décision injuste et humiliante pour lui. On n'a pas compris son action ou plutôt, à une époque où les mineurs n'ont aucun droit, elle effraie.
Choqué, le jeune homme quitte Wasmes et va s'installer à Cuesmes, en août 1879, chez le pasteur Francq, qui loge dans l'annexe d'une maison occupée par un mineur et sa famille, les Decrucq. Il y restera jusqu'à octobre 1880. De là, il explique à son frère Théo à quel point il est désorienté.
Menant une vie d'errance, de souffrances et de privations, Vincent s'exerce au dessin en s'inspirant de la vie des mineurs. Il comprend alors ce qu'il est venu chercher parmi eux :

"J'ai senti mon énergie revenir, et je me suis dit : quoi qu'il en soit, j'en remonterai encore, je reprendrai mon crayon que j'ai délaissé dans mon grand découragement et je me remettrai au dessin, et dès lors à ce qui me semble, tout a changé pour moi".








César Franck's Prélude, Fuge et Variation Op. 18 (1862).


Cuesmes le 20 Août 1880

Cher Theo,
Si je ne me trompe pas tu dois encore avoir “les travaux des champs” de Millet.1 Voudrais tu avoir la bonté de me les prêter pour un peu de temps et de me les envoyer par la poste.
Tu dois savoir que je suis en traîn de griffonner de grands dessins d’après Millet et que j’ai fait les heures de la journée 2 ainsi que le Semeur.3
Hé bien, peut-être si tu les voyais n’en serais tu pas trop mécontent. Maintenant si tu voudrais m’envoyer les travaux des champs, peut-être pourrais tu y ajouter encore d’autres feuilles par ou d’après Millet, J. Breton, Feyen Perrin., n’en achète pas exprès mais prête moi ce que tu peux avoir.
Envoie moi ce que tu pourras et ne crains rien pour moi. Si seulement je puis continuer à tra[va]iller, je remonterai encore de manière ou autre. Mais en fai[s]ant ceci tu m’aiderais beaucoup. Si tôt ou tard tu feras un voyage [e]n Hollande j’espère que tu ne passeras pas sans venir voir les griffonna[g]es.
Je t’écris étant en train de dessiner et je suis pressé de m’y remettre, donc bonsoir et envoye les feuilles le plus [tô]t possible et crois moi

t. à t.
Vincent

chez Charles Decrucq
Rue du pavillon 3
Cuesmes.









Les Millet que j’ai fait sont les heures du jour, le format à peu près celui d’une feuille du Cours de dessin Bargue.

1v:2
Tu comprendras assez toi-même ce qu’il me faut pour que cela soit nécessaire que je te le dise
jamais pourtant je le dirai pour que tu connaisses ma pensée.
Ce sont des études de figure surtout, tel que les bêcheurs de Millet ou la lithographie d’après lui, le Vanneur, puis des figures de Brion ou de Frère ou de Feyen Perrin ou de Jules Breton.
Je crois que tu pourrais peut-être trouver tout juste ce qu’il me faut à l’Alliance des Arts, où l’on a les lithographies des Artistes Contemporains. qui s’y vendent extrêmement bon marché.

Une feuille que j’aimerais immensement à avoir c’est la grande eau forte de Daubigny d’après Ruysdael, le buisson, qui se vend à la calcographie du Louvre.
J’ai griffonné un dessin qui représente des charbonniers, scloneurs  scloneuses allant à fosse le matin dans la neige sur un sentier le long d’une haye d’épines, des ombres qui passent vaguement discernables dans le crépuscule.
Au fond s’estompent contre le ciel les g[ra]ndes constructions du charbonnage  le terris. 

Je t’en envoie le croquis pour que tu puisses te le représenter. Mais je sens le besoin d’étudier le dessin de la figure sur des maîtres tels que Millet, Breton  Brion ou Boughton ou autre. Qu’est ce que tu dis du croquis, l’idée te parait elle bonne?
Il y a dans les photographies d’après J. Breton de Bingham, si j’ai bonne mémoire, une qui représente des glaneuses. Silhouettes sombres sur un ciel où le soleil se couche rouge.

Voilà, c’est des affaires pareilles qu’il me faudrait avoir sous les yeux. C’est puisque je pense que tu aimerais mieux me voir faire quelque chose de bon que de faire Neant, que je t’écris sur ce sujet et peutêtre ce serait une raison pour que l’entente cordiale & la sympathie se retablisse entre nous deux et que nous soyons utiles peut être l’un à l’autre.
J’aimerais beaucoup à exécuter le dessin en question mieux que je ne l’ai fait. Dans celui que j’ai fait, tel qu’il est les figures peuvent avoir 10 centim. de hauteur. Le pendant représente le retour des charbonniers mais il est moins réussi tel qu’il est. C’est très difficile car il s’agit d’un effet de silhouettes brunes frisés de lumière contre un ciel de couchant tigré.
Envoie les travaux des champs par retour de la poste si tu peux; si tu veux.

J’ai écrit un mot à M. Tersteeg pour lui demander si peut- être il y aurait moyen pour que j’eusse pour un temps les exercices au fusain de Bargue,12 c.à.d. les études du modèle nu que tu connais. Je ne sais s’il le fera ou non, c.à.d. de me les envoyer, mais en cas qu’il ne le ferait pas, ne pourrais tu pas l’influencer plus ou moins à mon avantage. Car ces Exercices au fusain me seraient éminemment utiles. Mais peut-être qu’il me fera la grâce de m’en envoyer au moins quelques feuilles, sinon le cours entier.–








"Au Charbonnage, dessin accompagnant la lettre à Théo, de Laeken, faubourg de Bruxelles, le 15/11/1878.
"...Mon petit dessin Au charbonnage n'a vraiment rien d'extraordinaire. Si je l'ai fait machinalement, c'est qu'on voit ici bien des gens qui manipulent du charbon. ce sont vraiment des types caractéristiques. cette maisonnette se trouve près du chemin de halage : au fait, c'est un petit estaminet où les ouvriers viennent manger leur pain et boire un verre de bière à l'heure du casse-croûte.(...) "
"Mon vieux, si j'avais du demeurer encore un mois à Cuesmes, je serai tombé malade de misère. Ne t'imagine pas que je vis à présent dans l'aisance, car ma nourriture consiste principalement en pain sec et pommes de terre, ou en marrons comme on en vend au coin des rues...

Je crois que j'ai tout enduré durant ces deux années passées dans le Borinage : ce ne fût pas un séjour d'agrément."












"...cependant je n'ai pu m'empêcher d'esquisser... des charbonniers allant à la fosse..."
Lettre de Vincent à Théo du 7/9/1880









http://impromptu.artblog.fr/379895/Vincent-van-Gogh/

http://www.webexhibits.org/query-gogh.spy?tem=vangogh&col=vangogh&nh=12&qt=cuesmes&search=Search








Constantin Meunier, au Pays Noir...






































































extraits du livre 'Van Gogh, '

les carnets de l'Art
Pascal Bonafoux

Editions du Chêne
1998

















samedi 28 novembre 2009

"On traite les braves de fous et les poètes de nigauds"...




Jacques Brel
LE DIABLE (ÇA VA)



PROLOGUE
Un jour, un jour le Diable vint sur terre,
un jour le Diable vint sur terre pour
surveiller ses intérêts, il a tout vu le
Diable, il a tout entendu, et après avoir
tout vu, après avoir tout entendu, il est
retourné chez lui, là-bas.
Et là-bas, on avait fait un grand banquet,
à la fin du banquet, il s'est levé le Diable,
il a prononcé un discours:

Ça va
Il y a toujours un peu partout
Des feux illuminant la terre
Ça va
Les hommes s'amusent comme des fous
Aux dangereux jeux de la guerre
Ça va
Les trains déraillent avec fracas
Parce que les gars pleins d'idéal
Mettent des bombes sur les voies
Ça fait des morts originales
Ça fait des morts sans confession
Des confessions sans rémission
Ça va

Rien ne se vend mais tout s'achète
L'honneur et même la sainteté
Ça va
Les États se muent en cachette
Les anonymes sociétés
Ça va
Les grands s'arrachent les dollars
Venus du pays des enfants
L'Europe répète l'Avare
Dans un décor de mil neuf cent
Ça fait des morts d'inanition
Et l'inanition des nations
Ça va

Les hommes ils en ont tant vu
Que leurs yeux sont devenus gris
Ça va
Et l'on ne chante même plus
Dans toutes les rues de Paris
Ça va
On traite les braves de fous
Et les poètes de nigauds
Mais dans les journaux de partout
Tous les salauds ont leur photo
Ça fait mal aux honnêtes gens
Et rire les malhonnêtes gens.
Ça va ça va ça va ça va.



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HARPAGON.Il crie au voleur dès le jardin, et vient sans chapeau..- "Au voleur, au voleur, à l'assassin, au meurtrier. Justice, juste Ciel. Je suis perdu, je suis assassiné, on m'a coupé la gorge, on m'a dérobé mon argent. Qui peut-ce être? qu'est-il devenu? où est-il? où se cache-t-il? que ferai-je pour le trouver? où courir? où ne pas courir? n'est-il point là? n'est-il point ici? qui est-ce? Arrête. Rends-moi mon argent, coquin... (Il se prend lui-même le bras.) Ah, c'est moi. Mon esprit est troublé, et j'ignore où je suis, qui je suis, et ce que je fais. Hélas, mon pauvre argent, mon pauvre argent, mon cher ami, on m'a privé de toi; et puisque tu m'es enlevé, j'ai perdu mon support, ma consolation, ma joie, tout est fini pour moi, et je n'ai plus que faire au monde. Sans toi, il m'est impossible de vivre. C'en est fait, je n'en puis plus, je me meurs, je suis mort, je suis enterré. N'y a-t-il personne qui veuille me ressusciter, en me rendant mon cher argent, ou en m'apprenant qui l'a pris? Euh? que dites-vous? Ce n'est personne. Il faut, qui que ce soit qui ait fait le coup, qu'avec beaucoup de soin on ait épié l'heure; et l'on a choisi* justement le temps que je parlais à mon traître de fils. Sortons. Je veux aller quérir la justice, et faire donner la question à toute ma maison*; à servantes, à valets, à fils, à fille, et à moi aussi. Que de gens assemblés! Je ne jette mes regards sur personne, qui ne me donne des soupçons, et tout me semble mon voleur. Eh? de quoi est-ce qu'on parle là? de celui qui m'a dérobé? Quel bruit fait-on là-haut? est-ce mon voleur qui y est? De grâce, si l'on sait des nouvelles de mon voleur, je supplie que l'on m'en dise. N'est-il point caché là parmi vous? Ils me regardent tous, et se mettent à rire. Vous verrez qu'ils ont part, sans doute*, au vol que l'on m'a fait. Allons vite, des commissaires, des archers, des prévôts, des juges, des gênes*, des potences, et des bourreaux. Je veux faire pendre tout le monde; et si je ne retrouve mon argent, je me pendrai moi-même après."

Molière

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"Ils se poussent du bras pour être le premier..."














Le tango funèbre
by Jacques Brel

Ah ! Je les vois déjà
Me couvrant de baisers
Et s'arrachant mes mains
Et demandant tout bas :
"Est-ce que la mort s'en vient ?
Est-ce que la mort s'en va ?
Est-ce qu'il est encore chaud ?
Est-ce qu'il est déjà froid ?"
Ils ouvrent mes armoires
Ils tâtent mes faïences
Ils fouillent mes tiroirs
Se régalant d'avance
De mes lettres d'amour
Enrubannées par deux
Qu'ils liront près du feu
En riant aux éclats
Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! Ah !




Ah ! Je les vois déjà
Compassés et frileux
Suivant comme des artistes
Mon costume de bois
Ils se poussent du cœur
Pour être le plus triste
Ils se poussent du bras
Pour être le premier
Z'ont amené des vieilles
Qui ne me connaissaient plus
Z'ont amené des enfants
Qui ne me connaissaient pas
Pensent au prix des fleurs
Et trouvent indécent
De ne pas mourir au printemps
Quand on aime le lilas
Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! Ah !



Ah ! Je les vois déjà
Tous mes chers faux amis
Souriant sous le poids
Du devoir accompli
Ah ! Je te vois déjà
Trop triste, trop à l'aise
Protégeant sous le drap
Tes larmes lyonnaises
Tu ne sais même pas
Sortant de mon cimetière
Que tu entres en ton enfer
Quand s'accroche à ton bras
Le bras de ton quelconque
Le bras de ton dernier
Qui te fera pleurer
Bien autrement que moi
Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! Ah !


Ah ! Je me vois déjà
M'installant à jamais
Bien au triste, bien au froid
Dans mon champ d'osselets
Ah ! Je me vois déjà
Je me vois tout au bout
De ce voyage-là
D'où l'on revient de tout
Je vois déjà tout ça
Et l'on a le brave culot
D'oser me demander
De n'plus boire que de l'eau
De n'plus trousser les filles
De mettre d'l'argent d'côté
D'aimer l'filet d'maquereau
Et d'crier : "Vive le roi !"
Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! Ah !













Numerical Art by Jacqueline Waechter, nov 2009