vendredi 2 octobre 2009

Les êtres de l'Eau...



Franchir tous les obstacles.

Le saumon ne se laisse arrêter par aucun obstacle_ici une chute d'eau_ pour remonter jusqu'aux frayères.
Pourtant, après avoir tenté de passer les nombreux barrages, il arrive qu'il s'épuise et meure.

Sources : la vie Fantastique des iles et des Océans Selection du READER"s DIGEST Préface par le Commandant Jacques-Yves Cousteau.




Entre deux eaux...

En 1969, Jean-Luc Steinmetz mettait l’accent sur « l’aspect quasi rituel [de l’eau] dans la localisation des villes, villages et propriétés que décrit Balzac. Dans la fameuse classification de Bachelard, Balzac serait à ranger au nombre des êtres « voué[s] à l’eau ».

Il est vrai que, pour exprimer le degré suprême de l’exaltation de ses héros – et de la sienne ? –, Balzac recourt volontiers à la métaphore du baigneur. Raphaël de Valentin ne saurait mieux rendre l’euphorie de l’inspiration que par le truchement de l’eau :
« Le plaisir de nager dans un lac d’eau pure, au milieu des rochers, des bois et des fleurs, seul et caressé par une brise tiède, donnerait aux ignorants une bien faible image du bonheur que j’éprouvais quand mon âme baignait dans les lueurs de je ne sais quelle lumière, quand j’écoutais les voix terribles et confuses de l’inspiration, quand d’une source inconnue les images ruisselaient de mon cerveau palpitant.

Retrouvant Pauline pour une course sur les rochers, après le bain dans les eaux du Croisic, Louis Lambert s’écrie : « Nager dans les airs après avoir nagé dans la mer ! ah ! qui n’aurait nagé dans l’avenir ?

Au début de Sténie, Jacob del Ryès – double du jeune Balzac – relate à son ami Vanehrs de quelle façon il a arraché deux étourdis à une noyade certaine. Il se promenait le long de la Loire, lorsque leur barque vint à chavirer. Le temps de
quitter les vêtements qui l’auraient gêné : « Je plongeai à plusieurs reprises et après deux tentatives, je saisis heureusement les cheveux de chacun et nageant alors des jambes seules avec la vigueur que donne le désir de sauver son emblable, j’arrivai sans obstacle au rivage opposé... Les deux noyés furent emportés par des bateliers dans une maison voisine... »

L’exploit que Jacob accomplit aux environs de Tours, Ombert, le héros de L’Excommunié, le renouvelle au pied de son château de Rochecorbon pour sauver Jehan le Réchin. Celui-ci s’était risqué sur un sentier de chèvres en dépit des mises en garde d’Ombert qui l’observait depuis sa barque : « [Il] tomba au fond de l’eau et la Loire à cet endroit avait un courant rapide et très profond.
« Sur le champ le jeune Ombert dirigea sa barque vers l’endroit où le malheureux avait disparu et priant son beau-père de maintenir la barque à peu près à la même place, il se défit de son chaperon, de son juste-au-corps et plongea à peu près à la place où l’inconnu était tombé [...]. Enfin le jeune baron reparut et aidé par son beau-père, il rentra dans la barque en y attirant un corps presque informe. »

Ces deux épisodes offrent l’intérêt de se dérouler non loin de Tours, et même, pour le premier, tout près du Portillon, là où Balzac fut placé en nourrice, vraisemblablement chez un batelier. Les « hommes de l’eau » avaient leur maison le plus près possible de la berge, de façon à intervenir au plus vite en
toute occasion. Quand on sait que la navigation sur la Loire était des plus périlleuses, que les gabares étaient exposées à heurter toutes sortes d’épaves, à subir de véritables ouragans, que l’accident le plus fréquent était la noyade,et enfin que bateliers assuraient le secours aux noyés, on peut se demander
si le petit Honoré de trois ou quatre ans n’aurait pas assisté à quelque sauvetage dramatique, ou, pire encore, au repêchage d’un corps gonflé, couvert d’herbes et de vase, scènes propres à marquer à jamais une mémoire enfantine.

Comme le dit Bachelard « la peine de l’eau est infinie »...
Extraits tirés d'une analyse de Lucette Besson.

Cairn.info - L'eau de mort ou le thème de la noyade chez Balzac


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