lundi 12 octobre 2009

Le Manteau Troué et l'Imperméable Bleu...

"Spinoza fit voir dès son enfance, et encore mieux ensuite dans sa jeunesse, que la nature ne lui avait pas été ingrate. On reconnut aisément qu'il avait l'imagination vive et l'esprit extrêmement prompt et pénétrant.

Comme il avait beaucoup d'envie de bien apprendre la langue latine, on lui donna d'abord pour maître un Allemand. Pour se perfectionner ensuite dans cette langue, il se servit du fameux François Van den Ende, qui la montrait alors à Amsterdam, et y exerçait en même temps la profession de médecin. Cet homme enseignait avec beaucoup de succès et de réputation, de sorte que les plus riches marchands de la ville lui confièrent l'instruction de leurs enfants avant qu'on eût reconnu qu'il montrait à ses disciples autre chose que le latin ; car on découvrit enfin qu'il répandait dans l'esprit de ces jeunes gens les premières semences de l'athéisme. C'est un fait que je pourrais prouver, s'il en était besoin, par le témoignage de plusieurs gens d'honneur qui vivent encore, et dont quelques-uns ont rempli la charge d'ancien dans notre église d'Amsterdam, et en ont fait les fonctions avec édification. Ces bonnes âmes ne se lassent point de bénir la mémoire de leurs parents qui les ont arrachés encore à temps de l'école de Satan en les tirant des mains d'un maître si pernicieux et si impie.

Van den Ende avait une fille unique qui possédait elle-même la langue latine si parfaitement, aussi bien que la musique, qu'elle était capable d'instruire les écoliers de son père en son absence, et de leur donner leçon. Comme Spinoza avait occasion de la voir et de lui parler très-souvent, il en devint amoureux, et il a souvent avoué qu'il avait eu dessein de l'épouser. Ce n'est pas qu'elle fût des plus belles ni des mieux faites ; mais elle avait beaucoup d'esprit, de capacité et d'enjouement, ce qui avait touché le cœur de Spinoza, aussi bien que d'un autre disciple de Van den Ende, nommé Kerkering, natif de Hambourg. Celui-ci s'aperçut bientôt qu'il avait un rival, et ne manqua pas d'en devenir jaloux ; ce qui l'obligea à redoubler ses soins et ses assiduités auprès de sa maîtresse. Il le fit avec succès, quoique le présent qu'il avait fait auparavant à cette fille d'un collier de perles de la valeur de deux ou trois cents pistoles contribuât sans doute à gagner ses bonnes grâces. Elle les lui accorda donc et lui promit de l'épouser, ce qu'elle exécuta fidèlement après que le sieur Kerkering eut abjuré la religion luthérienne, dont il faisait profession, et embrassé la catholique. On peut consulter sur ce sujet le Dictionnaire de M. Bayle, tome III, édit. 2, à l'article de Spinoza, à la page 2770 ; aussi bien que le Traité du docteur Kortholt De tribus Impostoribus, édit. 2, dans la préface."

Vie de Benoît de Spinoza,
tirée des écrits de ce fameux philosophe
et du témoignage de plusieurs personnes dignes de foi,
qui l’ont connu particulièrement
Jean Colerus












"Baruch Spinoza naît le 24 novembre 1632, à Amsterdam, capitale des Provinces-Unies, dans une famille de commerçants juifs portugais, importateurs aisés. En 1647, Uriel Da Costa, qui met en question la signification de l'Écriture, est condamné par la communauté juive à la flagellation et se suicide après la cérémonie. Spinoza suit, en hébreu et en espagnol, l'enseignement de l'école rabbinique où il a pour professeur Menasseh Ben Israël, mais il apprend le latin avec un ancien Jésuite, médecin et lecteur de Descartes, Van den Ende. Par là, il accède à la philosophie et à la science modernes. Il étudie la géométrie et la physique. A la mort de son père, il devient l'associé de son beau-frère dans les affaires et se lie avec des catholiques et des protestants libéraux. Il apprend le hollandais et le français.
En 1656, un fanatique poignarde Spinoza, suspect dans la communauté ; Spinoza gardera son manteau percé toute sa vie. Il est maudit et excommunié, pour hérésie, par le Conseil des rabbins.
Spinoza apprend la taille des verres afin de vérifier les expériences optiques de Descartes et de Huyghens ; il en fera son métier, où il excellera, refusant tout don de ses amis. En 1660, près de Leyde, il présente à un cercle de familiers, le Court-Traité. En 1661, il rédige le Traité de la réforme de l'entendement, qu'il n'achève pas. Pour son unique élève, Casearius, il rédige «dans l'ordre géométrique» un exposé des Principes de la philosophie de Descartes, publié en 1663.
En 1670, il fait paraître, anonyme, le Traité des autorités théologiques et politiques, où il s'efforce d'interpréter la Bible selon les lumières de la raison ; démasqué, il doit se réfugier à La Haye. Grâce à la protection du Grand-Pensionnaire Jean de Witt, républicain libéral, l'ouvrage n'est pas interdit par les autorités civiles. Spinoza loue une chambre chez le peintre Van der Spick ; il vit pauvrement, en solitaire, rédigeant l'Éthique.
Le 20 août 1672, les partisans de Guillaume d'Orange font massacrer par la foule les frères de Witt. Spinoza dénonce la barbarie de cet assassinat, mais son logeur le retient d'aller placarder le texte.
En 1673, soucieux de son indépendance, Spinoza refuse une chaire de philosophie à l'Académie de Heidelberg. Il renonce à publier l'Éthique, achevée vers 1675 et travaille au Traité politique, que va interrompre son épuisement. Malade depuis longtemps sans se plaindre jamais, il meurt de la tuberculose, le 21 février 1677. Un don permet d'éditer, sans nom d'auteur, les manuscrits renfermés dans son pupitre."




Trouée de Perles

voici le temps venu
salut
vin chagrin
doublures servant au combat
de rue
puisque ...

Mon cœur, mon cœur
si tu ne savais pas
Dites-moi, puisque...

Mon cœur, mon cœur
si tu ne savais pas

lunettes éclats
dague à la bague
verres bleus
polissage des meurtrissures
vers pollen
suie époumonée des épissures
qui va là?

mes mains, chiens de la ville
ne frappez pas
la vie imperméable
comme ça pleure en cuisine
en vérité
ça ne vous regarde pas...


Mon cœur, mon cœur
si tu ne savais pas
Dites-moi, puisque...

Mon cœur, mon cœur
si tu ne savais pas

dais trouées de draps
au ciel
encore une fois

voici le temps venu
salut
dit vin chagrin...

Mon cœur, mon cœur
si tu ne savais pas
Dites-moi, puisque...

Mon cœur, mon cœur
si tu ne ...ça vêt pas...

Jacqueline Waechter

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