
Madame, je vous supplie de séparer complètement l’auteur de l’homme, et de croire à la sincérité des sentiments que j’ai dû exprimer vaguement là où j’ai été obligé par vous de correspondre avec vous. Malgré la défiance perpétuelle où [sic] quelques amis me donnent contre certaines lettres semblables à celle que j’ai eu l’honneur de recevoir de vous, j’ai été vivement touché par un accent que les rieurs ne savent point contrefaire. Si vous daignez excuser la folle d’un cœur jeune, et d’une imagination toute vierge, je vous avouerai que vous avez été pour moi l’objet des plus doux rêves. En dépit de mes travaux, je me suis surpris plus d’une fois, chevauchant à travers les espaces et voltigeant dans la contrée inconnue où vous, inconnue, habitiez seule de votre race. Je me suis plu à vous comprendre parmi les restes presque toujours malheureux d’un peuple dispersé, peuple semé rarement sur cette terre, exilé peut-être des cieux, mais dont chaque être a un langage et des sentiments qui lui sont particuliers, qui ne ressemblent point à ceux des autres hommes ; ce sont des délicatesses, des recherches d’âme, des pudeurs de sentiment, des tendresses de cœur plus pures, plus suaves, plus douces que chez les créatures les meilleures. Il y a quelque chose de saint jusque dans leur exaltation, et du calme dans l’ardeur. Ces pauvres exilés ont tous en eux, dans la voix, dans le discours, dans les idées, un je-ne-sais-quoi qui les distingue des autres, qui sert à les lier entre eux malgré les distances, les lieux et les langages ; un mot, une phrase, le sentiment qui respire même dans un regard, est comme un ralliement auquel ils obéissent, et compatriotes d’une terre inconnue, mais dont les charmes se reproduisent dans leurs souvenirs, ils se reconnaissent et s’aiment au nom de cette patrie vers laquelle ils tendent. La poésie, la musique et la religion sont leurs trois divinités, leurs amours favorites, et chacune de ces passions réveille dans leurs cœurs des sensations également puissantes […] Je me suis donc laissé doucement aller à mes rêveries ; et j’en ai fait de ravissantes. Alors, si quelque étoile a jailli de votre bougie, si votre oreille vous a redit des murmures inconnus, si vous avez vu des figures dans le feu, si quelque chose a pétillé, a parlé près de vous, autour de vous, croyez que mon esprit errait sous vos lambris. Au milieu du combat que je livre, au milieu de mes durs travaux, de mes études sans fin, dans ce Paris agité où la politique et la littérature absorbent seize ou dix-huit heures sur les vingt-quatre, à moi, malheureux, et bien différent de l’auteur que chacun rêve, j’ai eu des heures charmantes que je vous devais.
Honoré de Balzac
Si tu savais combien de superstitions tu me donnes. Dès que je travaille, je mets à mon doigt le talisman, cet anneau sera à mon doigt pendant toutes mes heures de travail, je le mets au premier doigt de la main gauche, avec lequel je tiens mon papier, en sorte que ta pensée m'étreint, tu es là avec moi, maintenant au lieu de chercher en l'air mes mots et mes idées je les demande à cette délicieuse bague et j'y ai trouvé tout Séraphita. Amour céleste, que de choses j'ai à te dire, et pour lesquelles il faudrait les saintes heures pendant lesquelles le cœur sent le besoin de se mettre à nu. Les adorables plaisirs de l'amour ne sont que les moyens d'arriver à cette union, cette fusion des âmes. Chère, avec quelle joie, je vois mes fortunes de cœur, et le sort de mon âme assurés. Oui, je t'aimerai, seule et unique dans toute ma vie. Tu as tout ce qui me plaît. Tu exhales pour moi, le parfum le plus enivrant qu'une femme puisse avoir, cela seul est un trésor d'amour. Je t'aime avec un fanatisme qui n'exclut pas cette ravissante quiétude d'un amour sans orages possibles. Oui, dis-toi bien que je respire par l'air que tu aspires, que je ne puis jamais avoir d'autre pensée que toi. Tu es la fin de tout pour moi. Tu seras La Dilecta jeune, et déjà je te nomme La Prédilecta, ne murmure pas de cette alliance de deux sentiments, je voudrais croire que je t'aimais en elle, et que les nobles qualités qui m'ont attendri, qui m'ont fait meilleur que je n'étais, sont toutes en toi.

Je t'aime, mon ange de la terre, comme on aimait au Moyen-âge, avec la plus entière des fidélités, et mon amour sera toujours plus grand, sans tache, je suis fier de mon amour. C'est le principe d'une nouvelle vie. De là, le nouveau courage que je me sens contre mes dernières adversités. Je voudrais être plus grand, être quelque chose de glorieux pour que la couronne à poser sur ta tête fût la plus feuillue, la plus fleurie, de toutes celles qu'ont noblement gagnées les grands hommes. N'aie donc jamais ni défiance, ni crainte; il n'y a pas d'abymes dans les cieux. Mille baisers pleins de caresses, mille caresses pleines de baisers. Mon Dieu, ne pourrais-je donc jamais te faire bien voir combien je t'aime, toi, mon Ève.






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