mardi 8 septembre 2009

Ecrits Vains?






Edouard Baer Akoibon





Albert Cossery



Édouard Baer : « J’aime beaucoup ces personnages qui prônent des valeurs tellement contraires à celles de notre époque »

« J’avais repéré le promeneur de Saint-Germain, mais je ne l’ai rencontré que tardivement pour le projet d’une adaptation de son livre, Un complot de saltimbanques. Je n’ai hélas pas eu la chance de le connaître lorsqu’il avait encore sa voix. Aidé par David, son ange gardien, j’ai donc dû apprendre à déchiffrer le langage “cosserien”, tout en petits mots écrits, en silences, en sourires ironiques. Je lui ai rendu visite dans cette fameuse chambre de l’hôtel Louisiane et j’ai été stupéfait par cet espace si petit et encombré. Il faisait chaud, j’avais un peu bu et je lui ai demandé la permission de dormir un moment sur son petit lit à coté de lui. Il a accepté, avec un rire silencieux. Et j’ai dormi comme l’un de ces héros si paresseux qu’ils sont épuisés à la seule vue d’un enfant s’agitant de la maison. J’aime beaucoup ces personnages qui prônent des valeurs tellement contraires à celles de notre époque. Ces intellectuels qui préfèrent la conversation à la production et savent accepter de n’être que des spectateurs. J’aime aussi cette idée d’affiner les éléments, de les “enlever” pour reprendre les termes des architectes à propos de leurs bâtiments, plutôt que de sans cesse produire plus et accumuler. C’est toute la sagesse méditerranéenne. »

Georges Moustaki : " Il s’est montré cohérent dans ses choix. Il avait suffisamment de discernement pour ne pas s’encombrer de l’inutile "

« J’ai d’abord connu Albert Cossery par ses livres, lorsque j’étais encore adolescent en Egypte car, fils de libraire, j’évoluais dans un univers de livres ; puis je l’ai rencontré en France quand nous avons réalisé ensemble le film « Mendiants et orgueilleux » et sommes devenus amis. C’était un « philosophe de café » qui portait un regard sévère sur le monde et se livrait peu. Il ne revendiquait pas de culture universitaire, mais il avait une grande acuité d’esprit, une intelligence et une exigence hors normes. C’était surtout un très bon écrivain. Il regardait le monde depuis la terrasse du Flore et en tirait des conclusions. Je n’étais pas toujours d’accord avec lui, en particulier au sujet des femmes, et nous nous engueulions quelque fois. Mais je dois reconnaître qu’il s’est montré cohérent dans ses choix. Il avait suffisamment de discernement pour ne pas s’encombrer de l’inutile. Si les gens veulent trois voitures et quatre maisons, c’est leur problème. Albert lui ne voulait rien posséder et n’a rien fait dans sa vie en dehors de ce qu’il avait envie de faire. En un mot, il ne voulait pas s’emmerder. Ce qui est dommage c’est qu’à la fin, comme il écrivait peu et qu’il ne pouvait plus parler, sa voix étant devenue à la fin presque inaudible, il était difficile de communiquer avec lui »

Naguib Mahfouz




Tahar Ben Jelloun : "Comme Balzac et Zola, comme Tolstoï et Faulkner, Mahfouz a été le témoin de son époque, témoin à l'écoute de son peuple, celui qu'il côtoyait quotidiennement dans sa rue, dans son café." Il a également salué en Naguib Mahfouz un écrivain "visionnaire et courageux" dont l’œuvre "fait honneur non seulement aux lettres arabes, mais à la littérature universelle."

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