jeudi 9 juillet 2009

Qui de nous veille?




« Qui de nous veille de cet étrange observatoire pour nous avertir de la venue des nouveaux bourreaux ? Ont-ils vraiment un autre visage que le nôtre ? »
Nuit et Brouillard.



« Beaucoup d’entre nous, individus ou peuples, sont à la merci de cette idée,
consciente ou inconsciente, que “l’étranger, c’est l’ennemi ”.
Le plus souvent, cette conviction sommeille dans les esprits, comme une infection latente ; elle ne se manifeste que par des actes isolés, sans lien entre eux,
elle ne fonde pas un système.
Mais lorsque cela se produit, lorsque le dogme informulé est promu au rang de prémisse majeur d’un syllogisme,
alors, au bout de la chaîne logique, il y a le Lager ;
c’est-à-dire le produit d’une conception du monde poussée à ses plus extrêmes conséquences avec une cohérence rigoureuse ;
tant que la conception a cours, les conséquences nous menacent.
Puisse l’histoire des camps d’extermination retentir pour tous comme un sinistre signal d’alarme. »

Primo Levi (Turin, 1919 -1987),
militant anti-fasciste de vingt-quatre ans
arrêté en 1943, déporté à Auschwitz,
libéré par l’armée rouge en janvier 1945.

"Rédigé dès son retour, son témoignage est publié en 1947
à 2500 exemplaires par une petite maison d’édition qui ferme peu après.
Il faut attendre 1958
pour que le livre, réédité par Einaudi, prenne un nouveau départ
et soit traduit en six langues.
Chimiste de formation,
Levi décrit l’indicible avec précision,
d’une écriture qu’il qualifie de « filtrée » ou « dépurée ».
Pour lui, l’entreprise d’extermination, le camp, le Lager en allemand,
se situe « en deçà du bien et du mal ».
Extraits de la Préface datée de janvier 1947
suivis du poème liminaire qui précède le premier chapitre."

Si c’est un homme
Vous qui vivez en toute quiétude
Bien au chaud dans vos maisons,

Vous qui trouvez le soir en rentrant la table mise et des visages amis

Considérez si c’est un homme

Que celui qui peine dans la boue,
Qui ne connaît pas de repos,
Qui se bat pour un quignon de pain,

Qui meurt pour un oui ou pour un non.

Considérez si c’est une femme
Que celle qui a perdu son nom et ses cheveux
Et jusqu’à la force de se souvenir,
Les yeux vides et le sein froid

Comme une grenouille en hiver.

N’oubliez pas que cela fut,

Non, ne l’oubliez pas :

Gravez ces mots dans votre cœur.
Pensez-y chez vous, dans la rue,

En vous couchant, en vous levant ;

Répétez-les à vos enfants.
Ou que votre maison s’écroule,

Que la maladie vous accable,

Que vos enfants se détournent de vous.




combien d'inconscience
combien de méchanceté
combien de lâcheté
combien de larmes et d'ignorance
combien de silence
combien drames et de mal chance
combien de joie
combien d'espérances
combien?...une poignée de braves,
combattant sous le feu de l'envie
combien pour le confort et le sommeil ?
combien d'absents présents en nos vies?
entre nous,
combien de morts dans les caves
ou sur le bord de la route de nuit?
combe bien de dépression et de formes
grâce à l'érosion de la voûte du pli.
Combien?


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