"Réussir sa vie " pour Vous, c'est?

mercredi 23 décembre 2009

Réussir ses Rêves...














Une oeuvre nouvelle commence à poindre en moi. Je l'écrirai cet hiver, et j'essaierai de lui donner ma sérénité de cet été. Mais elle aura un dénouement mélancolique. Je le sens. C'est ma manière à moi.


Automne 1889


Henrik Ibsen

http://membres.lycos.fr/vreyrobert/








Nous sommes faits de la même étoffe que les songes.

Shakespeare
La Tempête



Jouer, c'est rêver avec tout son corps.

Georges Duhamel










Numerical Art and Drawings by Jacqueline Waechter 23/12/2009

Parenthèses de Lumières...






Les yeux clos
je vous ai toujours habitées
vérandas
parenthèses de la lumière


J'attends depuis des siècles
un oiseau fabuleux
qui vienne en mon désir
couver un instant d'or










http://www.lesloupsediteurs.fr/blog/?tag=jacques-lacomblez


Jacques Lacomblez - L'ange d'élégie (extrait)


S'éludant l'ombre de ses manques de clair
Effeuille pâle son encre au plein du Nord
Hiémal avers du climat héraldique
Où s'orne le ciel d'un stellaire dyptique
Licorne éprise au solstice de la Rose











Ne veille au midi seul la lune métisse
Lieu non dit d'aucun éveil
de nul sommeil










- Vide la vie n'y sied du geste impie -
Qu'en l'esprit gravide d'une braise
au feu
Hissant le signe issu d'anciennes falaises

Jacques Lacomblez, l'Ange d'élégie (1997)
in Le voyageur immobile










http://www.mediapart.fr/club/blog/patrice-beray/100109/jacques-l-alchimiste










Sans désespoir, nous serions inconsolables. C'est l'inaccessible qui donne au voyageur le courage de lacer ses chaussures. On ne peut rien sans la certitude de l'impossible.

Rappelons nous combien fut sublime le jour où le monde nous fut déclaré insoutenable.











L'absence de perspective est la ligne même.

Quelque existence qu'on lui donne, tout dessin racle le néant. On a beau épaissir ou multiplier un trait, c'est toujours un amalgame de riens graphiques que l'on fait ressortir. On croit cerner le monde, et c'est la lumière que l'on noircit.










Le destin de la ligne est d'être toujours tangente. Elle exprime un rapport à une surface à jamais inexplorée. C'est un segment d'infini manqué. L'espace lui est hostile, voire infranchissable. Sur son trajet elle ne rencontre que buissons d'épines et anfractuosités tranchantes. Là où elle passe, le terrain est saisi d'horreur.












Il n'y a pas d'équilibre sans glu. Si lointains que soient les confins auxquels on se porte, on verra que tous les horizons sont indécollables de la terre.

[…]












Nous devons à la tautologie nos moments les plus étoilés. La réitération est l'intendance de l'univers. Il se contrefait l'être qui s'étend au delà de l'être. L'extase est la somme des impossibles.

[…]













En son premier état, la ligne était sans dimension, c'était une extase soudée à l'incommensurable. C'était une envergure calquée sur le rien.

L'étendue se fit qui la rendit impie et triste. On ne vit plus en elle que ce désespoir de ne jamais retrouver de parallèle à l'illimité.











Aucun cercle n'est fermé. Ils sont tous criblés de pertuis et de fenêtres disjointes. À l'intérieur le diamètre tombe en ruine et la surface est jonchée de cordes détressées.

En réalité, toute circonférence est construite de débris. Ce que l'on tient pour circulaire relève d'une géométrie de la poussière.












[…]

Avec le temps, le fruit trouve une précision sirupeuse. Il devient exactitude et provision de bouche. Voyez l'art de l'abeille : son gâteau de cire n'est-il pas l'accord parfait entre le miel et l'hexagone ?



























Il n'est pas jusqu'au nom de la ligne qui ne soit une perte d'équilibre.

Le tracé autant que le sens ne trouvent jamais leur stabilité. Ils sont à la fois pénombre et dénivellation.

La ligne est éternellement retranchée dans sa longueur. Aucune création ne lui ouvrira un chemin.













La ligne a-t-elle une vie intérieure ? Certes, il est des caractères communs entre le désespoir et une perpendiculaire. Chaque trait qui apparaît se rend à l'évidence de son abîme, et se manifeste comme tel. En dépit de ce que son étendue laisse supposer, la ligne reste un point, voire un point litigieux.













http://culture.ulg.ac.be/jcms/prod_132475/relire-francois-jacqmin-dans-la-revue-textyles




















Numerical Art and Photos by Jacqueline Waechter 2009






mardi 22 décembre 2009

"C'est bien injuste la vie"...



























Marie-Jeanne



On dort les uns contre les autres
On vit les uns avec les autres
On se caresse, on se cajole
On se comprend, on se console
Mais au bout du compte
On se rend compte
Qu'on est toujours tout seul au monde

On danse les uns contre les autres
On court les uns après les autres
On se déteste, on se déchire
On se détruit, on se désire
Mais au bout du compte
On se rend compte
Qu'on est toujours tout seul au monde

On dort les uns contre les autres
On vit les uns avec les autres
On se caresse, on se cajole
On se comprend, on se console
Mais au bout du compte
On se rend compte
Qu'on est toujours tout seul au monde

Mais au bout du compte
On se rend compte
Qu'on est toujours tout seul au monde
Toujours tout seul au monde

Michel Berger Starmania Luc Plamondon

























C'était le quatre juin
Le soleil tapait depuis le matin
Je m'occupais de la vigne
Et mon frère chargeait le foin
Et l'heure du déjeuner venue
On est retourné à la maison
Et notre mère a crié de la cuisine:
"Essuyez vos pieds sur l'paillasson"
Puis elle nous dit qu'elle avait des nouvelles
De Bourg-les-Essonnes
Ce matin Marie-Jeanne Guillaume
S'est jetée du pont de la Garonne

Et mon père dit à ma mère
En nous passant le plat de gratin:
"La Marie-Jeanne, elle n'était pas très maligne
Passe-moi donc le pain
Y'a bien encore deux hectares à labourer
Dans le champ d'la canne."
Et maman dit: "Tu vois, quand j'y pense
C'est quand même bête
Pour cette pauvre Marie-Jeanne
On dirait qu'il n'arrive jamais rien de bon
À Bourg-les-Essonnes
Et voilà qu'Marie-Jeanne Guillaume
Va s'jeter du pont de la Garonne"






Et mon frère dit qu'il se souvenait
Quand lui et moi et le grand Nicolas
On avait mis une grenouille dans le dos de Marie-Jeanne
Un soir au cinéma
Et il me dit: "Tu te rappelles
Tu lui parlais ce dimanche près de l'église
Donne-moi encore un peu de vin
C'est bien injuste la vie
Dire que j'l'ai vue à la scierie
Hier à Bourg-les-Essonnes
Et qu'aujourd'hui Marie-Jeanne
S'est jetée du pont de la Garonne"

Maman m'a dit enfin: "Mon grand
Tu n'as pas beaucoup d'appétit
J'ai cuisiné tout ce matin
Et tu n'as rien touché, tu n'as rien pris
Dis-moi, la soeur de ce jeune curé
Est passée en auto
Elle m'a dit qu'elle viendrait dimanche à dîner
Oh! et à propos
Elle dit qu'elle a vu un garçon
Qui t'ressemblait à Bourg-les-Essonnes
Et lui et Marie-Jeanne jetaient
Quelque chose du pont de la Garonne"

Toute une année est passée
On ne parle plus du tout de Marie-Jeanne
Mon frère qui s'est marié
A pris un magasin avec sa femme
La grippe est venue par chez nous
Et mon père en est mort en janvier
Depuis maman n'a plus envie de faire grand-chose
Elle est toujours fatiguée
Et moi de temps en temps j'vais ramasser
Quelques fleurs du côté des Essonnes
Et je les jette dans les eaux boueuses
Du haut du pont de la Garonne

Joe dassin





Numerical Art Drawings and Photos by Jacqueline Waechter 22/12/2009


Cloch'Arts des Gesticules...
































































Numerical Art by Jacqueline Waechter 22/12/2009










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lundi 21 décembre 2009

Spirit of Sttellla...





L'humour est universel... un peu comme la mort, mais en moins triste.

Jean-Luc Fonck (Sttella)

Tiens, en parlant de lapin, je possède chez moi un tableau, c'est mon grand-père qui l'a peint... par téléphone, à la peinture... allo!

Jean-Luc Fonck (Sttella) - Extrait de "Gérant".

Site de Sttellla: http://www.sttellla.be/







Oh Sttellla, l'étoile du Nord
troubadour des bons rires
berger des drôles de rimes filées
oh halo merveilleux des poètes franco phone

One Man Prince Monseigneur de l'Humour,
pince magicien des jeux de mots,
illusionniste prestidigi-tâte heure
flâneur des deux rives de l'Amour
doux agitateur des steppes Thérémine...
lénifiant bain de Jouvence Music Hall....



http://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9r%C3%A9mine



video

Sttellla , Spirit of 66...Belgium.


Numérical Art, Vidéo and Poem by Jacqueline Waechter 21/12/2009


Be.lle Quête aux 4 Vents...






















LA QUÊTE
1968


Rêver un impossible rêve
Porter le chagrin des départs
Brûler d'une possible fièvre
Partir où personne ne part
Aimer jusqu'à la déchirure
Aimer, même trop, même mal,
Tenter, sans force et sans armure,
D'atteindre l'inaccessible étoile
Telle est ma quête,
Suivre l'étoile
Peu m'importent mes chances
Peu m'importe le temps
Ou ma désespérance
Et puis lutter toujours
Sans questions ni repos
Se damner
Pour l'or d'un mot d'amour
Je ne sais si je serai ce héros
Mais mon coeur serait tranquille
Et les villes s'éclabousseraient de bleu
Parce qu'un malheureux
Brûle encore, bien qu'ayant tout brûlé
Brûle encore, même trop, même mal
Pour atteindre à s'en écarteler
Pour atteindre l'inaccessible étoile.


Jacques Brel








Numerical Art and Photos by Jacqueline Waechter 20/ 12/ 2009 Belgium



dimanche 20 décembre 2009

Hautes Fagnes en robe de Marie...


























Hautes Fagnes

http://fr.wikipedia.org/wiki/Hautes_Fagnes

http://www.amisdelafagne.be/

http://www.botrange.be/naccueil/fr/

http://www.hautesfagnes.be/dates.htm





Fagnes de Wallonie
Tant de tristesses plénières

Prirent mon coeur aux Fagnes désolées

Quand, las, j'ai reposé dans les sapinières

Le poids des kilomètres pendant que râlait
Le vent d'Ouest.

J'avais quitté le joli bois ;
Les écureuils y sont restés.
Ma pipe essayait de faire des nuages

Au ciel
Qui restait pur obstinément

Je n'ai confié aucun secret sinon une chanson énigmatique,

Aux tourbières humides.

Les bruyères fleurant le miel
Attiraient les abeilles ;

Et mes pieds endoloris

Foulaient les myrtilles et les airelles
Tendrement mariées.

Nord,
Nord !
La vie s'y tord
En arbres forts,

Et tors.

La vie y mord
La mort

A belles dents

Quand bruit le vent.

Guillaume Apollinaire







Marie Vous y dansiez petite fille
Y danserez-vous mère-grand

C'est la maclotte qui sautille
Toute les cloches sonneront

Quand donc reviendrez-vous Marie

Les masques sont silencieux

Et la musique est si lointaine
Qu'elle semble venir des cieux

Oui je veux vous aimer mais vous aimer à peine
Et mon mal est délicieux
Les brebis s'en vont dans la neige
Flocons de laine et ceux d'argent

Des soldats passent et que n'ai-je

Un cœur à moi ce cœur changeant

Changeant et puis encor que sais-je
Sais-je où s'en iront tes cheveux
Crépus comme mer qui moutonne

Sais-je où s'en iront tes cheveux
Et tes mains feuilles de l'automne

Que jonchent aussi nos aveux

Je passais au bord de la Seine

Un livre ancien sous le bras

Le fleuve est pareil à ma peine
Il s'écoule et ne tarit pas
Quand donc finira la semaine


Guillaume Apollinaire (1880 - 1918)





Numerical Art and Photos by Jacqueline Waechter 20/12/2009

Pachas ...























http://dominiquephoto.blogspot.com/2009/12/tendresse.html

samedi 19 décembre 2009

ALberto M, Veilleur de L....


















"Entassés et plutôt sombres, ces lieux tournent le dos aux critères de confort ergonomique qui régissent les bibliothèques modernes. La grange restaurée a des murs jeunes mais une âme séculaire. L’écrivain a fortement voulu cette touche:
«Je trouve ici une ambiance propice au jaillissement lent des idées. Quand je lis, je peux m’arrêter longuement sur une phrase, prendre le temps de réfléchir, oublier la frénésie du monde."














"Trop de lumière aurait tué l’intimité que je recherche avec les livres. L’espace de la lecture s’apparente à un lieu de rencontre érotique, où prend forme un corps à corps étrange entre le livre et son lecteur. A bien y réfléchir, il n’y a pas beaucoup d’objets qui, comme les livres, peuvent se targuer d’être amenés au lit."











"L’étreinte idéalisée avec ces centaines de milliers de pages est une affaire sérieuse."












"Chaque départ, chaque séparation prolongée avec la bibliothèque donne lieu à des petites déchirures. Chaque retour dans l’ancienne grange procure un bonheur profond. «J’explore ma bibliothèque à la façon d’un homme qui retrouverait son pays natal après une absence de plusieurs dizaines d’années, écrit Alberto Manguel dans son Journal d’un lecteur (Actes Sud). A chaque retour de mes tournées d’auteur, il me faut en retracer la géographie complète, rétablir des chemins de rayon en rayon, me rappeler des titres auxquels je n’ai pas pensé depuis des semaines."












"La bibliothèque d’Alberto Manguel dit son statut de déraciné. Elle rappelle l’enfance à Tel-Aviv dans les années 1950, aux côtés d’un père ambassadeur d’Argentine sous la présidence de Perón. Puis le retour à Buenos Aires à l’âge de 7 ans, les bagages chargés d’une «petite bibliothèque d’Alexandrie». Depuis, les étagères n’ont fait que s’allonger et se multiplier partout dans les villes du monde où l’écrivain a séjourné. A Paris, Londres et Milan, où le jeune désargenté gagne sa vie en traduisant des textes et en faisant le lecteur pour plusieurs maisons d’édition. A Tahiti, où il accompagne la création d’une maison d’édition de livres de voyages et de photos. A Calgary et, enfin, à Toronto, où il finit par s’établir dans les années 1990 et devient Canadien."













"Au Canada, la quantité de livres accumulés est telle et l’espace à disposition si exigu qu’Alberto Manguel est contraint de se séparer de ses objets fétiches. Enfermés dans des boîtes en carton, ils restent pendant de longues années confinés dans un dépôt."













"Ils vivront une deuxième naissance à Mondion, à côté du presbytère et de l’église de Saint-Martin. Ils donnent depuis des réponses aux questionnements d’Alberto Manguel. «Qu’est-ce, alors, que je cherche, à la fin de l’histoire de ma bibliothèque?» se demande l’écrivain dans La Bibliothèque, la nuit. «Une consolation, peut-être. Peut-être une consolation."








"On quitte la vieille grange et on sait désormais que ces lieux donnent raison au poète Thomas Chatterton: la chose la plus extraordinaire des miracles, c’est qu’ils arrivent."







"A Mondion, où les seuls bruits environnants sont ceux du clocher et des oiseaux, l’auteur retrouve bien plus qu’une bibliothèque. C’est qu’il y a, dans ce trésor amassé avec avidité, sans relâche, une sorte d’inventaire de sa vie. «J’aime découvrir, dans des volumes presque oubliés, des traces du lecteur que j’ai été un jour – griffonnages, tickets d’autobus, bouts de papier avec des noms et des numéros mystérieux, et parfois, sur la page de garde, une date et un lieu qui me ramènent à un certain café, à une lointaine chambre d’hôtel, à un été d’autrefois."





"Ces résurgences du passé, si bien décrites dans Une Histoire de la lecture, dévoilent la fonction secrète des livres. Celle de renvoyer le bibliophile à sa propre biographie, de donner ainsi une profondeur tangible au temps écoulé."








http://www.letemps.ch/Page/Uuid/d159492e-ec1d-11de-976e-533375518f5a|2



http://fr.wikipedia.org/wiki/Alberto_Manguel


http://pagesperso-orange.fr/calounet/resumes_livres/manguel_resume/manguel_histoire.htm

http://www.alberto.manguel.com/






Numerical Art and Drawings by Jacqueline Waechter 2009




"C'est entendre le ciel sans y monter jamais."






Les séparés

N'écris pas. Je suis triste, et je voudrais m'éteindre.
Les beaux étés sans toi, c'est la nuit sans flambeau.
J'ai refermé mes bras qui ne peuvent t'atteindre,
Et frapper à mon coeur, c'est frapper au tombeau.
N'écris pas !










N'écris pas. N'apprenons qu'à mourir à nous-mêmes.
Ne demande qu'à Dieu... qu'à toi, si je t'aimais !
Au fond de ton absence écouter que tu m'aimes,
C'est entendre le ciel sans y monter jamais.
N'écris pas !



`




N'écris pas. Je te crains ; j'ai peur de ma mémoire ;
Elle a gardé ta voix qui m'appelle souvent.
Ne montre pas l'eau vive à qui ne peut la boire.
Une chère écriture est un portrait vivant.
N'écris pas !









N'écris pas ces doux mots que je n'ose plus lire :
Il semble que ta voix les répand sur mon coeur ;
Que je les vois brûler à travers ton sourire ;
Il semble qu'un baiser les empreint sur mon coeur.
N'écris pas !

`







Marceline Desbordes-Valmore


Numerical Art and drawings by Jacqueline Waechter 2009






"Suis-je entre toi Toi et mon ombre écrite?"














DES SIMPLES MOTS

Des simples mots le moins hautain s’abaisse
À te rejoindre au monde, où tout se tait.
Aujourd’hui chiffre et quel temps fort déchiffre
De quel amour la vivante écriture
Foudroie
fleurit
mendie
baise ma bouche ?
— Mots révoltés dites-nous Hiéroglyphes
Par où couper la main qui nous démène.
Suis-je entre toi
Toi et mon ombre écrite
Ton amoureux que ton amour lui cache
... Ou c’est la biche au bois le tête-à-tête.

extrait de "C'était hier et c'est demain", éd. Seghers, 2004




























"Olivier Iris Hélios Larronde est né le 2 août 1927 à La Ciotat. Son père, journaliste à L’Intransigeant, travaille ensuite à l’ancêtre de l’ORTF ; c’était un ami, notamment, de Saint-Pol Roux et de Francis Jammes. Il meurt en 1939 et la famille, qui vivait à Paris, part s’installer à Montpellier, puis à Marseille, avant de revenir à Paris en 1942. Olivier, qui était dans un établissement religieux, le quitte brutalement pour aller vivre avec son grand-père à Saint-Leu-la-Forêt (Val d’Oise). En 1943, il supporte très difficilement la mort brutale de sa sœur Myriam, de deux ans sa cadette, l’amour de sa vie.



Avec quelques poèmes, Olivier rend visite à Cocteau, qui lui conseille de renoncer à la poésie. Il rencontre alors Jean Genet qui, enthousiaste, le ramène chez Cocteau : celui-ci le lit vraiment et fera éditer Les Barricades mystérieuses. Il connaît ensuite Victoria Ocampo, Sartre, puis Jean-Pierre Lacloche avec qui il vit, Jean Paulhan, Marcel Jouhandeau, etc. Marc Barbezat, fondateur des éditions L’Arbalète, édite Rien Voilà l’Ordre (le titre est l’anagramme de Olivier Larronde) avec des dessins de Giacometti.
À partir de 1947, Olivier souffre de violentes crises d’épilepsie. Il les supporte avec l’opium, puis avec l’alcool. Il meurt le 1er novembre 1965."











Jean Cocteau : Il me semble difficile d'imaginer un meilleur exemple de ce dramatique porte-à-faux, de cette grâce qui expose celui qui la possède à la pire des solitudes.





Numerical Art by Jacqueline Waechter 2009



vendredi 18 décembre 2009

Connections et requêtes G...

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Une société de la requête (1/4) :

De la Googlisation de nos vies





"En 2008, Geert Lovink, animateur de NetworkCultures, l’Institut des cultures en réseau, a publié, un intéressant essai sur la Société de la requête et la Googlisation de nos vies. Dans cet article, il adressait de pertinentes question à notre dépendance à Google et tentait de faire le point sur les rares critiques à l’encontre de l’Ogre de Mountain View. En ouverture d’un dossier sur Google et les moteurs de recherche, la traduction de cette article nous a semblé une première adresse importante. Traduction."



"La société de la requête et la Googlisation de nos vies"

"Un hommage à Joseph Weizenbaum.

Un spectre hante les élites intellectuelles du monde : la surcharge d’information. Les gens ordinaires ont détourné les ressources stratégiques de la connaissance et engorgent les canaux médiatiques d’habitude soigneusement policés. Avant l’internet, les cours des mandarins reposaient sur l’idée qu’ils pouvaient séparer le bavardage de la connaissance. Avec la montée des moteurs de recherche, il n’est plus possible de distinguer les idées des patriciens des potins des plébéiens. La distinction entre la base et le sommet, et leur mélange réservé aux moments de carnaval, appartiennent à une époque révolue qui ne doit plus nous préoccuper davantage. De nos jours un phénomène tout à fait nouveau est à l’origine d’une inquiétude bien plus forte : les moteurs de recherches classent selon la popularité, pas selon la vérité. La requête est devenue la façon dont nous vivons aujourd’hui.

Avec l’augmentation spectaculaire des informations accessibles, nous sommes devenus accros aux outils de recherche. Nous cherchons des numéros de téléphones, des adresses, des horaires d’ouvertures, des noms de personnes, des informations de transport, les meilleures offres et, dans cette ambiance frénétique, nous appelons cette matière grise toujours croissante des “données”. Demain nous chercherons et nous nous perdrons. Les anciennes hiérarchies de la communication n’ont pas seulement implosé, mais la communication elle-même a assumé son statut d’agression cérébrale. Non seulement le bruit a atteint des niveaux insupportables, mais même une demande bénigne d’un collègue ou d’amis a acquis le statut d’une corvée dans l’attente de réponse.

La classe instruite déplore le fait que le bavardage est entré dans le domaine jusque là protégé de la science et de la philosophie, plutôt que de s’inquiéter de savoir qui contrôle cette grille de calcul de plus en plus centralisée.





Ce que les administrateurs actuels de la noble simplicité et de la tranquille grandeur ne peuvent pas exprimer, nous allons le dire pour eux : il y a un mécontentement croissant à l’égard de Google et de la façon dont l’internet organise notre recherche d’information. La communauté scientifique a perdu le contrôle de l’un de ses projets de recherche clés : la conception et la propriété des réseaux informatiques, désormais utilisés par des milliards de personnes. Mais comment tant de gens finissent-ils par être dépendants d’un seul moteur de recherche ? Pourquoi répétons-nous à nouveau la saga Microsoft ?




Cela fait un peu rabat-joie de se plaindre d’un monopole en devenir alors que les utilisateurs de l’internet ont une telle multitude d’outils à leur disposition pour distribuer le pouvoir. Une manière possible de surmonter cette difficulté serait de redéfinir positivement le bavardage, le Gerede tel que l’entendait Heidegger. Plutôt qu’une culture de la plainte qui rêverait d’une vie en ligne sans distraction et de mesures radicales pour filtrer le bruit, il est temps d’affronter ouvertement les formes triviales du Dasein que l’on trouve dans les blogs, les SMS et les jeux vidéos. Les intellectuels ne devraient plus représenter les utilisateurs de l’internet comme des amateurs secondaires, coupés d’une relation primaire et primordiale avec le monde. Il y a une question plus importante en jeu qui nécessite de s’aventurer dans la politique de la vie informatique. Il est temps d’aborder l’émergence d’un nouveau type de société qui nous transcende : Google !

Geert Lovink
Image : Geert Lovink introduisant le colloque sur la Société de la requête, en nombre dernier, photographié par Anne Helmond.

Le World Wide Web, qui se proposait de réaliser la bibliothèque infinie que décrivait Borges dans sa nouvelle La bibliothèque de Babel (1941), est considéré par nombre de ses détracteurs comme rien d’autre qu’une variante du Big Brother d’Orwell (1948). Mais ici, le pouvoir n’appartient plus à un monstre maléfique, mais a une collection de jeunes gens cools dont le slogan d’entreprise responsable est “Don’t be evil”. Guidé par une génération bien plus âgée et expérimentée de gourous des technologies de l’information (Eric Schmidt), des pionners de l’internet (Vint Cerf), des économistes (Hal Varian), Google s’est étendu si rapidement et dans une si grande variété de domaines que pratiquement aucun critique, chercheur ou journaliste n’a été en mesure de faire face à l’ampleur et à la rapidité avec laquelle il s’est développé ces dernières années. Les nouveaux services et les applications s’empilent comme autant de cadeaux de Noël indésirables : tel le service d’e-mail gratuit Gmail, la plateforme de partage vidéo YouTube, le réseau social Orkut, GoogleMaps et GoogleEarth, ses principaux revenus provenant des services AdWords avec ses publicités au Pay-per-Click, ses applications bureautiques comme Google Calendar, Google Talk et Google Documents. Google n’est pas seulement en concurrence avec Microsoft et Yahoo!, mais aussi avec des entreprises de divertissement, des bibliothèques publiques (via son programme de numérisation massive de livres) et même des entreprises de télécommunications. Croyez-le ou non, le téléphone de Google sera bientôt disponible. J’ai récemment entendu un membre peu féru de technologie de ma famille dire que Google était bien mieux et plus facile à utiliser que l’internet. Cela semblait mignon, mais elle avait raison. Non seulement Google est devenu le meilleur de l’internet, mais il a pris en charge les tâches logicielles de votre ordinateur afin que vous puissiez accéder à ces données depuis n’importe quel terminal ou appareil de poche. Le MacBook Air d’Apple est une autre indication de la migration des données vers des silos de stockage sous contrôle privé. La sécurité et la confidentialité de l’information sont en passe de devenir les nouvelles économie et technologie de contrôle. Et la majorité des utilisateurs, voire des entreprises, abdiquent avec bonheur leur pouvoir sur leur ressources informationnelles.

L’art de poser la bonne question

Le livre d'entretien de Joseph Weizenbaum auquel fait référence cet articleMon intérêt pour les concepts qui se trouvent derrière les moteurs de recherche a été renouvelé par la lecture d’un livre d’entretien [1] avec le professeur du MIT et critique des sciences de l’information Joseph Weizenbaum (Wikipédia), connu pour son programme d’agent conversationnel Eliza (1966) et son livre Computer Power and Human Reason (La puissance de l’ordinateur et la raison humaine, 1976, Amazon). Weizenbaum est décédé le 5 Mars 2008 à l’âge de 84 ans. Il y a quelques années, il a déménagé de Boston pour revenir à Berlin, la ville où il a grandi avant de fuir le nazisme avec ses parents en 1935. L’histoire de sa jeunesse à Berlin, son exil aux Etats-Unis et la façon dont il s’impliqua dans l’informatique durant les années 50, sont particulièrement intéressantes. Son livre se lit comme un résumé de sa critique des sciences informatiques, à savoir que les ordinateurs imposent un point de vue mécaniste à leurs utilisateurs. Ce qui m’intéressait surtout, c’est la façon dont “l’hérétique” Weizenbaum forma ses arguments à la manière d’un initité informé et respecté – représentant une position critique semblable à la net critique de Pit Schultz que j’ai abordé depuis que j’ai développé le projet NetTime en 1995 (Wikipédia).

Le titre et le sous titre de son livre d’entretien est fascinant : Où sont les îles de la raison dans le flot numérique ? Comment sortir de la société programmée ? Le système de croyance de Weizenbaum peut se résumer par quelque chose comme : Tous les aspects de la réalité sont prévisibles”. La critique d’internet de Weizenbaum est d’ordre général. Il évite d’être spécifique. Ses remarques sur l’internet n’apportent rien de nouveau pour ceux qui sont familiers avec son oeuvre : l’internet est un gros tas d’ordures, un média de masse qui se compose à 95 % de choses sans sens, tout comme le médium télévision dans la direction duquel le web se développe inévitablement.




La réponse réside probablement dans le fait que l’emploi initial de l’ordinateur était celui d’une calculatrice. Les techno-déterministes de la Sophienstrasse à Berlin et d’ailleurs insistaient pour voir dans le calcul mathématique l’essence même de l’informatique. La mauvaise utilisation des ordinateurs à des fins médiatiques n’a pas été prévue par les mathématiciens, et les maladroites interfaces et systèmes de gestion de l’information d’aujourd’hui ne peuvent pas être imputées à ceux qui ont conçus les premiers ordinateurs. L’ordinateur est né machine de guerre, et la route sera longue et sinueuse, pour transformer le calculateur numérique en un dispositif humain universel qui réponde à nos buts de communication et d’information toujours plus riches et diversifiés.

A plusieurs occasions, j’ai formulé une critique de “l’écologie des médias”, qui se fixe pour but de filtrer l’information “utile” pour la consommation individuelle. Hubert Dreyfus et son On the Internet (2001) est l’un des principaux coupables. Je ne crois pas qu’il appartient à un professeur, éditeur ou codeur de décider pour nous ce qui est ou n’est pas absurde. Cela devrait résulter d’un effort distribué, intégré dans une culture qui facilite et respecte la différence d’opinion. Nous devrions faire l’éloge de la richesse et faire des nouvelles techniques de recherche une part de notre culture générale. Une façon d’y parvenir serait de révolutionner les outils de recherche et d’augmenter le niveau général d’éducation aux médias. Quand nous nous promenons dans une librairie ou une bibliothèque, notre culture nous a appris à naviguer à travers les milliers de titres disponibles. Au lieu de nous plaindre au bibliothécaire ou au libraire du fait qu’ils proposent trop de livres, nous demandons de l’aide, ou faisons ce travail par nous-mêmes. Weizenbaum voulait que nous nous méfions de ce que nous voyons sur nos écrans, que ce soit à la télévision ou sur l’internet. Mais il omet de mentionner qui va nous conseiller sur ce qu’il faut faire, si quelque chose est digne de confiance ou non, ou comment hiérarchiser l’information que nous récupérons. En bref, il se débarrasse du médiateur au profit d’une suspicion généralisée.

Oublions l’anxiété informationnelle de Weizenbaum. Ce qui fait de cet entretien une lecture si intéressante, c’est son insistance sur l’art de poser la bonne question. Weizenbaum nous met en garde contre une utilisation non-critique du mot “information”. “Les signaux à l’intérieur des ordinateurs ne sont pas de l’information. Ils ne sont rien de plus que des signaux. Il n’y a qu’un moyen de transformer les signaux en information, par l’interprétation. Pour cela nous comptons sur le travail du cerveau humain. Le problème de l’internet, selon Weizenbaum, est qu’il nous invite à le voir comme un oracle de Delphes. L’internet va apporter la réponse à toutes nos questions et problèmes. Mais l’internet n’est pas un distributeur automatique dans lequel on jette une pièce de monnaie et qui vous donne tout ce que vous voulez. La clé, ici, est l’acquisition d’une formation adéquate en vue de formuler la bonne requête. Tout tourne autour de la manière d’arriver à poser la bonne question. Pour cela, on a besoin d’éducation et d’expertise. Des normes plus élevées d’éducation ne sont pas atteintes simplement en rendant les choses plus faciles à publier. Weizenbaum : “Le fait que n’importe qui peut mettre n’importe quoi en ligne ne signifie pas grand chose. Jeter quelque chose au hasard accomplit aussi peu de choses que pêcher quelque chose au hasard.” La communication seule ne nous conduira pas à une connaissance utile et durable.

Weizenbaum relie la croyance incontestée dans les requêtes (des moteurs de recherche) à la montée du discours du “problème”. Les ordinateurs ont été présentés comme des “solutionneurs de problèmes généraux” et leur but était de fournir une solution pour tout. Les gens étaient invités à déléguer leur vie à l’ordinateur. “Nous avons un problème”, argumentait Weizenbaum, “et le problème exige une réponse”. Mais les tensions personnelles ou sociales ne peuvent pas être résolues en les qualifiant de problèmes. Ce dont nous avons besoin à la place de Google ou de Wikipédia, c’est de la “capacité à examiner et à exercer son esprit critique”. Weizenbaum explique cela en faisant référence à la différence entre l’audition et l’écoute. Une compréhension critique exige que nous nous asseyons et que nous écoutions. Ensuite, nous avons besoin de lire (pas seulement de déchiffrer) et d’apprendre à interpréter et à comprendre.

Comme vous pouvez vous l’imaginer, ce que l’on appelle le web 3.0 est annoncé comme la réponse technocratique à la critique de Weizenbaum. Au lieu d’algorithmes à la Google basés sur les mots clefs et sur des résultats classés, nous serons bientôt capables de poser des questions en langage naturel à des moteurs de recherche de nouvelle génération comme Powerset. Nous supposerons tout de même que les spécialistes d’informatique linguistique éviteront de se poser en “brigade du contenu” qui trie la qualité du déchet sur l’internet. La même prudence est de mise pour le web sémantique et les technologies d’intelligence artificielle qui lui sont proches. Nous sommes coincés dans l’ère de la recherche d’information sur le web. Alors que le paradigme de Google reposait sur l’analyse de liens et le classement de pages, la prochaine génération de moteurs de recherche sera visuelle et indexera les images du monde, cette fois non sur la base d’étiquettes que les utilisateurs ajouterons, mais sur la “qualité” de l’image elle-même. Bienvenue dans la hiérarchisation du réel. Les prochains volumes de manuels d’utilisateurs d’informatique vont amener les programmeurs à la culture esthétique. Les amateurs des clubs photos transformés en codeurs seront les prochains agents du mauvais gout en ligne.

Depuis l’avènement des moteurs de recherche dans les années 90, nous vivons dans une “société de la requête”, qui, comme l’indique Weizenbaum, n’est pas loin de la “société du spectacle”. Écrite à la fin des années 60, l’analyse situationniste de Guy Debord se fondait sur l’avènement des industries du cinéma, de la télévision et de la publicité. La principale différence aujourd’hui est qu’on nous demande explicitement de réagir. Nous ne sommes plus traités comme une masse anonyme mais plutôt comme des “acteurs distribués” présents sur une multitude de canaux. La critique de Debord contre la marchandisation n’est plus révolutionnaire. Le plaisir de la consommation est si répandu qu’il a atteint le statut de droit humain universel. Nous aimons tous le fétichisme des produits, les marques, et l’éclat que leur célébrité mondiale apporte à nos comportements. Il n’y a pas de mouvement social ou de pratique culturelle, même radicale, qui puisse échapper à la logique des marchandises. Aucune stratégie n’a été conçue pour vivre à l’ère de l’après-spectacle. Les préoccupations ont plutôt mis l’accent sur la vie privée, ou ce qu’il en reste. La capacité du capitalisme à absorber ses adversaires est telle que, à moins que toutes les conversations téléphoniques privées et le trafic internet soient rendus publics, il est presque impossible d’expliquer pourquoi nous avons encore besoin du sens critique… même si cette critique ressemblerait à la “démocratie des actionnaires” en action. La question sensible de la vie privée deviendrait le catalyseur d’une conscience plus large sur les intérêts financiers, mais ses participants seraient soigneusement sélectionnés : la participation de masse est limitée aux classes moyennes et supérieures. Cela ne fait qu’amplifier la nécessité d’un domaine public vivant et diversifié dans lequel ni la surveillance par les Etats ni les intérêts de marché n’ont un rôle vital à jouer.

Ne cherchons plus, interrogeons

En 2005, le président de la Bibliothèque nationale de France, Jean-Noël Jeanneney, publiait un essai dans lequel il mettait en garde contre la volonté de Google à “organiser l’information mondiale”. Quand Google défie l’Europe : Plaidoyer pour un sursaut (Mille et une nuits, 2005) reste l’un des rares documents qui conteste l’hégémonie incontestée de Google. Jeanneney dénonçait uniquement un projet spécifique, celui de Google recherche de livre, dans lequel des millions de livres de bibliothèques universitaires américaines sont en passe d’être numérisées. Son argument est très franco-européen. En raison de la manière non systématique et non organisée dont Google sélectionne ses livres, les archives ne représenteront pas correctement les géants des littératures nationales comme Hugo, Cervantès et Goethe. Google, avec son parti pris d’utiliser des sources anglaises, ne serait pas un partenaire approprié pour construire une archive publique du patrimoine culturel mondial. “Le choix des livres à numériser sera imprégné par l’atmosphère anglo-saxonne”, écrit Jeanneney.

Même s’il s’agit en soi d’un argument légitime, le problème est que Google n’est pas intéressé par la création et l’administration d’une archive en ligne, en premier lieu. Google souffre d’obésité de données et est indifférent aux appels à la préservation attentive d’archives. Il serait naïf d’exiger de lui une attention culturelle particulière. L’objectif premier de cette entreprise cynique est de surveiller le comportement des utilisateurs afin de vendre des données de trafic et des profils à des parties tierces intéressées par ceux-ci. Google n’a pas pour objectif de s’approprier Emile Zola, au contraire : son intention est d’attirer les amateurs de Proust loin de l’archive. Même si pour les Français, l’oeuvre complète de Balzac constitue l’épiphanie de la langue et de la culture française, pour Google elles sont des données abstraites, une matière première dont le seul but est de faire du profit.




Nul ne sait si la réponse européenne à Google, le moteur de recherche multimédia Quaero, deviendra un jour opérationnel, ni si elle incarnera les valeurs défendues par Jeanneney.

Ce n’est donc pas une grande surprise de constater que les plus féroces critiques à l’encontre de Google sont Nord-Américains. Jusqu’à présent, l’Europe a investi étonnamment peu de ressources dans la compréhension conceptuelle et la cartographie de la culture des nouveaux médias. Au mieux, l’Union européenne est la première à adapter des standards techniques et des produits venus d’ailleurs. Mais ce qui compte dans la recherche sur les nouveaux médias est la suprématie conceptuelle. La recherche technologique ne suffira pas, quelles que soient les sommes que l’Union européenne investira dans la recherche sur l’internet du futur. Tant que l’écart entre la culture des nouveaux médias et la gouvernance institutionnelle privée comme publique restera béant, nous n’établirons pas une culture technologique vivace. Dit autrement, nous devons cesser de voir l’opéra et les autres beaux arts comme des compensations face à l’insoutenable légerté du cyberespace. En plus de l’imagination, de la volonté collective et d’une bonne dose de créativité, les européens pourraient mobiliser leur capacité unique à grommeler dans une forme productive de négativité. La passion collective pour la réflexion et la critique pourrait être utilisée pour surmonter le syndrome d’outsider que beaucoup ressentent dans leur rôle de simples utilisateurs et consommateurs.

Jaron Lanier a écrit dans sa nécrologie de Weizenbaum : “Nous ne laisserions pas un étudiant devenir chercheur professionnel en médecine sans lui apprendre les expériences en double aveugle, les groupes témoins placebos et la réplication des résultats. Pourquoi la science informatique nous donne-t-elle un passeport unique qui nous permet d’être pu exigeants avec nous-mêmes ? Chaque étudiant en informatique doit être formé par le scepticisme Weizenbaumien, et devrait tenter de faire passer cette précieuse discipline aux utilisateurs de nos inventions.” Nous devons nous demander pourquoi les meilleurs et les plus radicaux critiques de l’internet sont américains. Nous ne pouvons plus utiliser l’argument selon lequel ils seraient mieux informés. Mes deux exemples, en travaillant sur les traces de Weizenbaum, sont Nicolas Carr et Siva Vaidhyanathan. Carr vient de l’industrie (Harvard Business Review) et est un parfait critique de l’intérieur (blog). Son récent livre The Big Switch décrit la stratégie de Google qui vise à centraliser et à contrôler l’infrastructure internet via ses centres de données. Les ordinateurs deviennent de plus en plus petits, moins chers et plus rapides. Ces économies d’échelles permettent d’externaliser le stockage et les applications à un coût faible ou nul. Les entreprises passent de départements informatiques internes aux services en réseaux.

Il y a quelque chose d’ironique ici. Des générations de gourous technologiques à la mode se sont moqués de la prédiction de Thomas Watson à la tête d’IBM qui pensait que le monde n’aurait pas besoin de plus de 5 ordinateurs – et c’est pourtant exactement ce qu’il se passe ! Au lieu d’une plus grande décentralisation, l’usage de l’internet se concentre dans quelques centres de données, nécessitant énormément d’énergie. Carr ignore la cupidité des entreprises point com devenues 2.0 et se spécialise plutôt dans les observations amorales de la technologie. Le projet de Siva Vaidhyanathan, “la Googlisation de tout”, a pour objectif de synthétiser les recherches critiques sur Google dans un livre à paraître en 2009. Dans l’intervalle, il recueille la matière première sur l’un de ses blogs.

Pour le moment, nous restons obsédés par la diminution de la qualité des réponses à nos questions – et non par le problème sous-jacent, à savoir la mauvaise qualité de notre éducation et la diminution de notre capacité à penser de manière critique. Je suis curieux de savoir sir les générations futures devront incarner – ou peut-être devrions nous dire concevoir – les “îles de la raison” de Weizenbaum. Ce qui est nécessaire est une réappropriation du temps. A l’heure actuelle, nous ne disposons tout simplement pas assez de temps pour nous promener comme un flâneur. Toutes les informations, objets ou expériences doivent être accessibles instantanément. Notre pratique techno-culturel habituelle repose sur une intolérance au temps. Nos machines considèrent l’obsolescence des logiciels avec une impatience croissante, exigeant que l’on installe sans cesse des mises à jour. Et nous sommes tous obligés d’y répondre, mobilisés par la crainte d’un ralentissement de la performance. Les experts de l’usabilité mesurent la fraction de seconde dans laquelle nous décidons si les informations qui s’affichent à l’écran sont celles que nous recherchons. Si nous ne sommes pas satisfaits, nous cliquons pour nous éloigner. Or, la sérenpidité nécessite beaucoup de temps. Nous faisons volontiers l’éloge du hasard, mais nous peinons à nous appliquer cette vertu. Si nous ne pouvons plus tomber au hasard sur des îles de la raison à travers nos requêtes, il nous faudra bien les construire. Avec Lev Manovich et d’autres collègues, je soutiens que nous avons besoin d’inventer de nouvelles façons d’interagir avec l’information, de nouvelles façon de la représenter et de nouvelles façons d’en faire émerger le sens. Comment les artistes, les designers, les architectes répondent-ils à ces défis ? Arrêtons de chercher. Commençons à interroger. Plutôt que d’essayer de nous défendre contre l’”infobésité”, nous pourrions aborder cette situation de façon plus créative, comme une opportunité d’inventer de nouvelles formes appropriées à un monde riche en information."

Geert Lovink

Traduction Hubert Guillaud.

Le dossier “Une société de la requête” :

_________
[1] Joseph Weizenbaum et Gunna Wendt, Wo sind sie, die Inseln der Vernunft im Cyberstrom, Auswege aus der programmierten Gesellschaft, Herder Verlag, Freiburg, 2006. Où sont les îles de la raison dans le flot numérique ? Comment sortir de la société programmée ?

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    Geert Lovink

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    Geert Lovink
    Born 1959 (age 49–50)
    Nationality Dutch
    Alma mater University of Amsterdam, University of Melbourne, University of Queensland
    Occupation Professor
    Employer University of Amsterdam, Hogeschool van Amsterdam
    Website
    http://networkcultures.org/
    http://laudanum.net/geert/

    "Geert Lovink (born 1959, Amsterdam) is a Research Professor of Interactive Media at the Hogeschool van Amsterdam (HvA) and an Associate Professor of New Media at the University of Amsterdam (UvA). Lovink earned his master's degree in political science at the University of Amsterdam, holds a PhD at the University of Melbourne on the Dynamics of Critical Internet Culture and has been a postdoctoral fellow at the University of Queensland.[1] Lovink is the founding director of the Institute of Network Cultures, whose goals are to explore, document and feed the potential for socio-economical change of the new media field through events, publications and open dialogue.[2]

    As theorist, activist and net critic, Lovink has made an effort in helping to shape the development of the web. Since the early eighties, Lovink has been involved in a range of different projects and initiatives in the field of new media."




par JnCo

Pour faciliter ce travail d’apprentissage de rédaction des requetes google et enlever l’effort de trier les résultats obtenus, certains proposent d’user de techniques, de type semantique, qui permettraient à la machine de “comprendre” la requete et de trier les résultats à votre place. Je pense que le remède est pire que le mal. Jugement personnel, car ces techniques sont généralement basées sur une ontologie, donc un point de vue individuel. A développer si interlocuteurs intéressés






Numerical Art By Jacqueline Waechter 2009

RÊVE de l’Amazone...














VERS LE PALAIS DE ROSEMONDE AU FOND DU RÊVE de l’Amazone




Et dans les aiguillettes de l’orage tropical sur le sentier des îles flottantes dans le secret de l’oiseau colibri qui va et vient











Vers le palais de Rosemonde à Amsterdam où les baisers sont des doigts que l’on jette vers l’inconnue suivie deux heures durant sa bouche fleurie en Hollande










Vers le palais de Rose Monde qui suit l’espace d’un soupir la barque brisée sur le canal vide des amoureux








Vers le palais de Rose Absente des preuves d’amour fatiguées











Vers le palais des parois noires où le taureau mord la matière et la main résidente de Niaux et de Lascaux












Vers le palais de bruyère au fond des landes et des langues que les chevaux avalent








Vers le palais du Mal-Aimé chantant d’amour comme pas deux










Vers le palais des tentations et des désirs queue leu leu












Vers le palais des écritures où les pensées chevau-légers lancent des bouquets d’enfants à la mer éternelle











Vers le palais où se murmurent les petites conversations l’air est doux le glas sonne ajoute une bûche au feu












Vers le palais de Rose Mots et leur envol entre les ronces













Vers le palais des courtoisies persuasives









Vers le palais d’Apollinaire le poète aux cent mille vies












et la girande tourne ô belle ô belle nuit






(italiques de Guillaume Appolinaire)




http://dorio.blog.lemonde.fr/2006/04/30/2006_04_le_pote_aux_cen/



Numerical Art and Photos by Jacqueline Waechter 2009

d'après des objets et meubles ayant appartenu au poète Guillaume Apollinaire...