dimanche 18 mars 2012

Musique Inouïe, Métamorphoses, Danses du Mystère...









































« Il fallait toute cette poignante révélation pour motiver le cri sincère et bizarre de la fin, l'azur. »




















Étienne Mallarmé, dit Stéphane Mallarmé
né à Paris le 18 mars 1842























"J'ai jeté les fondements d'une oeuvre magnifique. 
Tout homme a un secret à lui. 
Beaucoup meurent sans l'avoir trouvé, ou ne le trouveront pas, parce que, morts, il n'existera plus, ni eux. 
Je suis mort et ressuscité avec la clef de pierreries de ma dernière cassette spirituelle. 
Il me faut vingt ans, pour lesquels je vais me cloîtrer en moi, renonçant à tout autre publicité que la lecture de mes amis"





Stéphane Mallarmé























Je pense qu’il faut, au contraire, qu’il n’y ait qu’allusion. La contemplation des objets, l’image s’envolant des rêveries suscitées par eux, sont le chant : les Parnassiens, eux, prennent la chose entièrement et la montrent : par là ils manquent de mystère ; ils retirent aux esprits cette joie délicieuse de croire qu’ils créent. Nommer un objet, c’est supprimer les trois quarts de la jouissance du poème qui est faite du bonheur de deviner peu à peu : le suggérer, voilà le rêve. 
C’est le parfait usage de ce mystère qui constitue le symbole : évoquer petit à petit un objet pour montrer un état d’âme, ou, inversement, choisir un objet et en dégager un état d’âme, par une série de déchiffrements.






Stéphane MALLARME   (1842-1898)
























La Nuit approbatrice allume les onyx
De ses ongles au pur Crime, lampadophore,
Du Soir aboli par le vespéral Phœnix
De qui la cendre n’a de cinéraire amphore
Sur des consoles, en le noir Salon : nul ptyx,
Insolite vaisseau d’inanité sonore,
Car le Maître est allé puiser de l’eau du Styx
Avec tous ses objets dont le Rêve s’honore. […]
  







Stéphane Mallarmé, 


Sonnet allégorique de lui-même, 1868



















































"Antonomase de Ptyx
de sens et de formation tout aussi mystérieux."



"Ce mot est considéré comme un hapaxStéphane Mallarmé l’a rendu célèbre dans un de ses poèmes, puis dans une seconde version de ce poème, mais sans en révéler le sens. Au lecteur donc de l’imaginer..."




















Ptyx :  mot grec qui désigne une coquille sonore

qui servait souvent en effet de bibelot.




source : Mallarmé
La Littérature Française, Bordas Laffont 1970


























Pour en revenir au naturalisme, il me paraît qu’il faut entendre par là la littérature d’Émile Zola, et que le mot mourra en effet, quand Zola aura achevé son œuvre. J’ai une grande admiration pour Zola. Il a fait moins, à vrai dire, de véritable littérature que de l’art évocatoire, en se servant, le moins qu’il est possible, des éléments littéraires ; il a pris les mots, c’est vrai, mais c’est tout ; le reste provient de sa merveilleuse organisation et se répercute tout de suite dans l’esprit de la foule. Il a vraiment des qualités puissantes ; son sens inouï de la vie, ses mouvements de foule, la peau de Nana, dont nous avons tous caressé le grain, tout cela peint en de prodigieux lavis, c’est l’œuvre d’une organisation vraiment admirable ! Mais la littérature a quelque chose de plus intellectuel que cela : les choses existent, nous n’avons pas à les créer ; nous n’avons qu’à en saisir les rapports ; et ce sont les fils de ces rapports qui forment les vers et les orchestres.








Stéphane Mallarmé


















"Je crois, disait-il, que, si j'avais un parc merveilleux,
 j'irais toujours m'asseoir sur le banc de pierre extérieur,
 celui qui est de l'autre côté du mur, à la porte"








Étienne Mallarmé, dit Stéphane Mallarmé



































Las de l'amer...

Las de l'amer repos où ma paresse offense
Une gloire pour qui jadis j'ai fui l'enfance
Adorable des bois de roses sous l'azur
Naturel, et plus las sept fois du pacte dur
De creuser par veillée une fosse nouvelle
Dans le terrain avare et froid de ma cervelle,
Fossoyeur sans pitié pour la stérilité,
- Que dire à cette Aurore, ô Rêves, visité
Par les roses, quand, peur de ses roses livides,
Le vaste cimetière unira les trous vides ? -
Je veux délaisser l'Art vorace d'un pays
Cruel, et, souriant aux reproches vieillis
Que me font mes amis, le passé, le génie,
Et ma lampe qui sait pourtant mon agonie,
Imiter le Chinois au coeur limpide et fin
De qui l'extase pure est de peindre la fin
Sur ses tasses de neige à la lune ravie
D'une bizarre fleur qui parfume sa vie
Transparente, la fleur qu'il a sentie, enfant,
Au filigrane bleu de l'âme se greffant.
Et, la mort telle avec le seul rêve du sage,
Serein, je vais choisir un jeune paysage
Que je peindrais encor sur les tasses, distrait.
Une ligne d'azur mince et pâle serait
Un lac, parmi le ciel de porcelaine nue,
Un clair croissant perdu par une blanche nue
Trempe sa corne calme en la glace des eaux,
Non loin de trois grands cils d'émeraude, roseaux.

Stéphane MALLARME   (1842-1898)









































Poême l"après-midi d'un faune de Mallarmé 
sur images de Nijinsky dans son célèbre ballet
Lecture du poême Nadjim Haddad
Images Christian Comte
Elément du projet Nijinsky France-Russie 2012




















































































--Le Faune
Ces nymphes, je les veux perpétuer.
-Si clair,
Leur incarnat léger, qu'il voltige dans l'air
Assoupi de sommeils touffus.
-Aimai-je un rêve ?
Mon doute, amas de nuit ancienne, s'achève
En maint rameau subtil, qui, demeuré les vrais
Bois même, prouve, hélas! que bien seul je m'offrais
Pour triomphe la faute idéale de roses --
Réfléchissons...
-ou si les femmes dont tu gloses
Figurent un souhait de tes sens fabuleux !
Faune, l'illusion s'échappe des yeux bleus
Et froids, comme une source en pleurs, de la plus chaste :
Mais, l'autre tout soupirs, dis-tu qu'elle contraste
Comme brise du jour chaude dans ta toison ?
Que non! par l'immobile et lasse pâmoison
Suffoquant de chaleurs le matin frais s'il lutte,
Ne murmure point d'eau que ne verse ma flûte
Au bosquet arrosé d'accords; et le seul vent
Hors des deux tuyaux prompt à s'exhaler avant
Qu'il disperse le son dans une pluie aride,
C'est, à l'horizon pas remué d'une ride
Le visible et serein souffle artificiel
De l'inspiration, qui regagne le ciel.
O bords siciliens d'un calme marécage
Qu'à l'envi de soleils ma vanité saccage
Tacite sous les fleurs d'étincelles, CONTEZ
« Que je coupais ici les creux roseaux domptés
» Par le talent; quand, sur l'or glauque de lointaines
» Verdures dédiant leur vigne à des fontaines,
» Ondoie une blancheur animale au repos :
» Et qu'au prélude lent où naissent les pipeaux
» Ce vol de cygnes, non! de naïades se sauve
» Ou plonge... 

--Inerte, tout brûle dans l'heure fauve
Sans marquer par quel art ensemble détala
Trop d'hymen souhaité de qui cherche le la :
Alors m'éveillerai-je à la ferveur première,
Droit et seul, sous un flot antique de lumière,
Lys! et l'un de vous tous pour l'ingénuité.
Autre que ce doux rien par leur lèvre ébruité,
Le baiser, qui tout bas des perfides assure,
Mon sein, vierge de preuve, atteste une morsure
Mystérieuse, due à quelque auguste dent ;
Mais, bast! arcane tel élut pour confident
Le jonc vaste et jumeau dont sous l'azur on joue :
Qui, détournant à soi le trouble de la joue,
Rêve, dans un solo long, que nous amusions
La beauté d'alentour par des confusions
Fausses entre elle-même et notre chant crédule ;
Et de faire aussi haut que l'amour se module
Évanouir du songe ordinaire de dos
Ou de flanc pur suivis avec mes regards clos,
Une sonore, vaine et monotone ligne.
Tâche donc, instrument des fuites, ô maligne
Syrinx, de refleurir aux lacs où tu m'attends !
Moi, de ma rumeur fier, je vais parler longtemps
Des déesses; et par d'idolâtres peintures
À leur ombre enlever encore des ceintures :
Ainsi, quand des raisins j'ai sucé la clarté,
Pour bannir un regret par ma feinte écarté,
Rieur, j'élève au ciel d'été la grappe vide
Et, soufflant dans ses peaux lumineuses, avide
D'ivresse, jusqu'au soir je regarde au travers.
O nymphes, regonflons des SOUVENIRS divers.
« Mon oeil, trouant les joncs, dardait chaque encolure
» Immortelle, qui noie en l'onde sa brûlure
» Avec un cri de rage au ciel de la forêt ;
» Et le splendide bain de cheveux disparaît
» Dans les clartés et les frissons, ô pierreries !
» J'accours; quand, à mes pieds, s'entrejoignent (meurtries
» De la langueur goûtée à ce mal d'être deux)
» Des dormeuses parmi leurs seuls bras hasardeux ;
» Je les ravis, sans les désenlacer, et vole
» À ce massif, haï par l'ombrage frivole,
» De roses tarissant tout parfum au soleil,
» Où notre ébat au jour consumé soit pareil.

Je t'adore, courroux des vierges, ô délice
Farouche du sacré fardeau nu qui se glisse
Pour fuir ma lèvre en feu buvant, comme un éclair
Tressaille ! la frayeur secrète de la chair :
Des pieds de l'inhumaine au coeur de la timide
Qui délaisse à la fois une innocence, humide
De larmes folles ou de moins tristes vapeurs.
« Mon crime, c'est d'avoir, gai de vaincre ces peurs
» Traîtresses, divisé la touffe échevelée
» De baisers que les dieux gardaient si bien mêlée :
» Car, à peine j'allais cacher un rire ardent
» Sous les replis heureux d'une seule (gardant
» Par un doigt simple, afin que sa candeur de plume
» Se teignît à l'émoi de sa soeur qui s'allume,
» La petite, naïve et ne rougissant pas :)
» Que de mes bras, défaits par de vagues trépas,
» Cette proie, à jamais ingrate se délivre
» Sans pitié du sanglot dont j'étais encore ivre.
Tant pis ! vers le bonheur d'autres m'entraîneront
Par leur tresse nouée aux cornes de mon front :
Tu sais, ma passion, que, pourpre et déjà mûre,
Chaque grenade éclate et d'abeilles murmure ;
Et notre sang, épris de qui le va saisir,
Coule pour tout l'essaim éternel du désir.
À l'heure où ce bois d'or et de cendres se teinte
Une fête s'exalte en la feuillée éteinte :
Etna ! c'est parmi toi visité de Vénus
Sur ta lave posant tes talons ingénus,
Quand tonne une somme triste ou s'épuise la flamme.
Je tiens la reine !
--O sûr châtiment...
--Non, mais l'âme
De paroles vacante et ce corps alourdi
Tard succombent au fier silence de midi :
Sans plus il faut dormir en l'oubli du blasphème,
Sur le sable altéré gisant et comme j'aime
Ouvrir ma bouche à l'astre efficace des vins !
Couple, adieu ; je vais voir l'ombre que tu devins.



















L’Après-Midi d’un faune 


est un poème en cent dix alexandrins 
du poète français Stéphane Mallarmé, publié en 1876,



































Nijinsky 1912-

L'Après-midi d'un Faune (full version)





























"Les amies de Stéphane Mallarmé étaient toutes artistes."































































samedi 17 mars 2012

Nicholas : " What Song the Sirens Sang ?"
















































Isabel Nicholas, photo de John Deakin, 1952
















Isabel Nicholas, photo de John Deakin, 1952











































« What dreams may come, 
when we have shuffled off this mortal coil, 
must give us pause. » 






Hamlet, 


Act III, Scene 1, line 67.








W. Shakespeare,






















Song to The Siren "Cocteau Twins"


















 "Song to the Siren" by This Mortal Coil




On the floating, shapeless oceans
I did all my best to smile
til your singing eyes and fingers
drew me loving into your eyes.

And you sang "Sail to me, sail to me;
Let me enfold you."

Here I am, here I am waiting to hold you.
Did I dream you dreamed about me?
Were you here when I was full sail?

Now my foolish boat is leaning, broken love lost on your rocks.
For you sang, "Touch me not, touch me not, come back tomorrow."
Oh my heart, oh my heart shies from the sorrow.
I'm as puzzled as a newborn child.
I'm as riddled as the tide.
Should I stand amid the breakers?
Or shall I lie with death my bride?

Hear me sing: "Swim to me, swim to me, let me enfold you."
"Here I am. Here I am, waiting to hold you."





















































vendredi 16 mars 2012

Evolution Créatrice, Rêve, Impressions Musicales...
























































Il n'y a absence que pour un être capable 

de souvenir et d'attente.





L'Evolution créatrice (1907), IV, l'Existence et le néant




 Henri Bergson













"Personne ne saura être sans savoir devenir, 
Quelqu'un sera là peut-être pour se souvenir 
Que j'étais là "(...) ...

Jamais Partir...


Michel Berger




















Même d'une région si lointaine 
Qu'il se peut 
Que jamais l'homme ne l'atteigne 
Même de ces points infinis 
Lumineux 
On dit qu'un jour ils s'éteignent 
Si tout disparaît 
Même si tout doit toujours finir bien 
L'avenir n'a qu'à revenir demain 
Retenir un peu le plaisir dans nos mains 
Juste le temps de se souvenir au moins 
Il ne faudrait 
Jamais partir 
Jamais partir 
Jamais partir 
Personne ne saura être sans savoir devenir 
Quelqu'un sera là peut-être pour se souvenir 
Que j'étais là 
Que c'était toi 
Même si de nos horizons dérisoires 
{Illusoires tu peux dire} 
Tout nous paraît provisoire 
Même si les silences profonds des miroirs 
Taisent les secrets de notre histoire 
Si tout disparaît 
Même si tout doit toujours finir bien 
L'avenir n'a qu'à revenir demain 
Retenir un peu le plaisir dans nos mains 
Juste le temps de se souvenir au moins 
Il ne faudrait 
Jamais partir 
Jamais partir 
Jamais partir 
Il ne faudrait 
Jamais partir 
Jamais partir 
Jamais partir






Michel Berger






















Ce que j'appelle «mon présent»

empiète tout à la fois sur mon passé et sur mon avenir.




 Henri Bergson





















On ne construit un monde imaginaire qu'avec des matériaux pris dans le monde connu

L'imagination, c'est de la mémoire passée à la moulinette et reconstituée en puzzles différents.








Une rose au paradis (1981)






 René Barjavel

























Chacun
 des états dits successifs du monde extérieur existe seul, et leur multiplicité n'a de réalité que pour une conscience capable de les conserver d'abord, de les juxtaposer ensuite en les extériorisant les uns par rapport aux autres.








Essai sur les données immédiates de la conscience (1889)
 Henri Bergson

















Puzzle, Rêve du concerto, Michel Berger











"Le rêve est plus fort que l'expérience."






 La psychanalyse du feu - 1938.






 Gaston Bachelard 

























L'imagination

c'est de la mémoire passée à la moulinette et reconstituée en puzzles différents


Un être humain qui aurait été élevé uniquement dans du rougederrière des vitres rouges
ne
 pourrait jamais imaginer le bleu.





Une rose au paradis (1981)




René Barjavel























Agir
, c'est se réadapter

Savoir, c'est-à-dire prévoir pour agir sera donc aller d'une situation à une situation
d'un arrangement à un arrangement.





L'Evolution créatrice (1907)

Henri Bergson





















L'art vise à imprimer en nous des sentiments 



plutôt qu'à les exprimer.



Essai sur les données immédiates de la conscience






Henri Bergson