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vendredi 18 avril 2014

Si, par le secret des bienfaisants dictames...

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  • La meilleure preuve d’amitié que je puisse donner à une inconnue, en échange de ce dictame qui guérirait les morsures de la critique, n’est-ce pas de partager avec elle la moisson de mon expérience. 


  • Honoré de Balzac


  • Modeste Mignon, 1844





"On tire des fleurs de la fraxinelle des pays chauds, une eau distillée très-odoriférante, dont les dames italiennes se servent comme d’un cosmétique également agréable & innocent. (D. J.)"

in

1757 (Tome 7pp. 291-292).







"Le Dictame de Crète (du nom binominal "Origanum dictamnus" ou Origanum creticum) est une plante herbacée vivace de la famille des Lamiacées originaire de Crète, une île grecque de la mer Égée. En Grec, elle est appelée Δίκταμο (díktamo) et en dialecte crétois Έρωντας (erontas ou erodas, "amour"), Στοματόχορτο "herbe pour l'estomac" ou μαλλιαρό χόρτο "herbe laineuse", Σταματόχορτο "herbe coagulante"."

Aristote dans Histoire des animaux chapitre VII écrit : 
« On prétend que les chèvres sauvages de Crète, quand elles sont percées d'une flèche, se mettent à chercher le dictame, qui paraît avoir la propriété de faire sortir le fer de la plaie »4.


"Le dictame est utilisé depuis l'Antiquité comme encens divinatoire et pour visualiser les esprits."









DANS LES TEMPS RADIEUX




Si j’avais existé dans les temps radieux
De l’adroit Périclès ou du saint Marc-Aurèle,
Et si j’avais reçu pour terre maternelle
Les vergers de Sicile ou Delphe aux chants pieux,

Malgré l’azur du ciel et la bonté des Dieux
Donnant sans se lasser à l’Hellade si belle
Ce qui grandit le front, ce qui fait gonfler l'aile !
Je sens que pas un jour je n’eusse été heureux.

En vain dans les banquets les roses et les femmes
Auraient pour m’enivrer répandu leurs dictames,
En vain j’aurais marché ceint du laurier vainqueur;

Mes yeux seraient toujours restés tristes et graves,
Un éternel chagrin aurait rongé mon coeur,
Car j’aurais trop souffert du mal de mes esclaves.





Georges-Eugene BERTIN















jeudi 17 avril 2014

SIC VOS NON VOBIS

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SIC VOS NON VOBIS






Je suis le semeur drapé de détresse,
                Le semeur fervent
Qui sema jadis avec allégresse
                Son coeur à tout vent !

J'avais de grains blonds ma besace pleine,
                Mon coeur plein d'amour.
Je les ai donnés aux champs de la plaine,
                Aux gens d'alentour.


Mon coeur à présent est besace vide,
                Je suis pauvre et vieux ;
Mais l'or des blés rit au soleil splendide :
                Tout est pour le mieux !


Poème paru dans la revue La Petite Illustration
3 Septembre 1932.




Ernest Prévost 

est un poète spiritualiste français né le 2 janvier 1872 à Beaumont-du-Gâtinais et mort en 19521.
















<< .La vie d’Ernest Prévost est un exemple », écrit
M. Sébastien-Charles Leconte, et, en effet, personne n’a
mieux servi les muses que celui qui, à vingt-cinq ans,
riche seulement d'une généreuse ardeur, fonda la Revue
des poètes et qui depuis, en d’innombrables articles,
redresse des injustices, met en lumière des talents ignorés
et, dans notre époque prosaïque, livre des combats, souvent
courageux, pour la défense des poètes qu’il admire et qu’il
aime. Les trois recueils qu’il a publiés lui-même nous
offrent moins de l’élixir de poésie condensée en strophes
exactes à la manière classique ou parnassienne que des
vers souples et fluides où s’épanche une âme élégiaque.
Poète de la tendresse, disent ses amis, mais ce titre, que
pourraient revendiquer presque tous les poètes, ne suffirait
pas à le définir; si sensible que soit M. Ernest Prévost
à toutes les émotions de l’amour, ses meilleurs vers
sont peut-être ceux d’un idéaliste qu’inspirent les grandes
idées morales et ceux d’un frais paysagiste, 
peintre frémissant de la jeunesse, de l’aurore et du plein air.


André Dumas












SÉBASTIEN-CHARLES LECONTE


HOMME ! REGARDE EN BAS !…

LE ROI SUR SA TERRASSE

Ô Maître centenaire assis sur ta terrasse !
Le Monde depuis tant de jours est sous ta loi
Qu’il a presque oublié quelle heure te fit Roi,
Et ton profond regard, où couve l’ombre, embrasse
Les horizons conquis par le glaive et la foi.

Des plateaux de l’Iran jusqu’au Touran des steppes,
Liant, comme des bœufs, les peuples subjugués,
Tu marches sur le front des despotes ligués ;
Les nomades ont fui comme un essaim de guêpes,
Tes tours veillent sur eux aux passages des gués.

Tu fus puissant ainsi qu’Assuérus, tu règnes
Comme ont régné Saül, Nemrod et Salomon ;
Ton palais, de son aire énorme, couvre un mont,
Et tu passes si grand, sous tes pourpres enseignes,
Qu’on te croit fils de la Sybille ou d’un Démon.

Au ciel où flamboyaient les destins de l’Empire,
Tu lisais autrefois les signes familiers,
Comme les mots inscrits aux grains de tes colliers…
Ce soir, sur les créneaux que frôle le vampire,
Tu vois les astres poindre en feux multipliés.

Mais ne reconnais-tu plus tes Dieux…. Tu les nommes
Pourtant du même nom dont tu les nommais, seul !
Ô toi, l’Aîné des Rois, toi l’Ancêtre et l’Aïeul !
Tu sens bien que tu dois mourir, comme les hommes,
Mais tu veux la nuit, tout entière, pour linceul.


Ta pensée invisible et redoutable hante
Le disque éblouissant de tes miroirs de fer
Où se réfléchit l’arche immense de l’éther…
D’où vient donc que tes mains se sèchent d’épouvante,
Comme si tu touchais les grilles de l’enfer ?

Pourquoi donc, sous la paix des étoiles, la Terre
Te semble-t-elle plus vivante qu’autrefois ?
Est-ce que, dans le gouffre aux nocturnes parois,
Tout ce qui te parlait jadis vient de se taire ?
Est-ce que les Esprits d’en haut n’ont plus de voix ?

Pourquoi donc, cette nuit, toute l’angoisse humaine,
Cet océan, que tu croyais avoir sondé,
Bat-elle de son flot hurlant et débordé,
Marée inévitable, et sourde, et souterraine,
L’inexorable roc où ton trône est fondé ?

Pourtant son cri vers toi va depuis des années !
Le flot de ta pitié, qu’elle a tant attendu,
Hier, comme ce soir, à sa lèvre était dû,
Les mêmes pleurs brûlaient ses paupières tannées…
Pourquoi, jusqu’à ce soir, n’as-tu rien entendu ?

Est-ce donc que les Dieux ont trompé ta science ?
Muraient-ils, aux défis des bras désespérés,
Les portes aux grands arcs de tes palais sacrés ?
Est-ce donc qu’aujourd’hui, parce qu’ils font silence,
Ton oreille perçoit des bruits d’elle ignorés ?

Ô Conquérant ! l’azur n’est plein que de ton songe !
Et tout savoir est vain, si tu ne sais cela :
C’est ta Ville à tes pieds dont l’âme te parla,
Elle souffre, et sa plainte en échos se prolonge…

N’écoute plus marcher les astres… L’Homme est là.











mercredi 16 avril 2014

Une souris qui est un dispositif de pointage poétique...

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La PETITE SOURIS 



C’est la petite souris grise.
Dans sa cachette, elle est assise.
Quand elle n’est pas dans son trou,
C’est qu’elle galope partout.

C’est la petite souris blanche
Qui ronge le pain sur la planche.
Aussitôt qu’elle entend du bruit,
Dans sa maison elle s’enfuit.

C’est la petite souris brune
Qui se promène au clair de lune.
Si le chat miaule en dormant,
Elle file rapidement.

C’est la petite souris rouge.
Elle a peur aussitôt qu’on bouge !
Mais, lorsque personne n’est là,
Elle mange tout ce qu’on a.


LUCIE DELARUE-MARDRUS




Papillons
Lectures
Genève, novembre 1935
école primaire 2° degré
édité par le département de l'instruction publique















mardi 15 avril 2014

O chant dans les frissons du vent...

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UKRAINE


Ukraine
Un arbre dans le vent
Ukraine
Un toit perdu tout blanc
Et par dessus
L'immensité de l'horizon
Pleurant l'été sous les frissons
Du vent.

Ukraine
Un matin de printemps
La plaine
Au lointain qui s'étend
Offrant au ciel
Le flot doré de sa moisson
Tout labouré par les frissons
Du vent.


REFRAIN

Hélas ! un jour

L'orage a passé
Il a tout chassé
Sous le ciel lourd.


Ukraine
Quand au hameau lointain
S'égrène
La cloche du matin
N'entends-tu pas
D'un coeur perdu cette chanson
Pleurer tout bas dans les frissons
Du vent.


















Sviatoslav Richter - Rachmaninoff - Preludes, Op 23 &










"— A la bonne heure dit Balzac, me voilà tout à fait rassuré. Je puis donc, sans inconvénient, vous parler de mon drame historique. Il s'appellera Pierre et Catherine. Pierre I er et Catherine de Russie! c'est, je crois, un excellent sujet de pièce.
— Traité par vous, monsieur de Balzac, le sujet ne peut être qu'excellent. Etes-vous avancé? avez-vous un plan détaillé?
— Tout est là, dit Balzac en se frappant le front. Il ne s'agit plus que d'écrire. Tenez, on pourrait répéter après-demain le premier tableau.
— Je suis  curieux de connaître ce premier tableau, dis-je de mon air le plus aimable.
— C'est très facile. Nous sommes dans une auberge russe. Vous voyez d'ici
le décor? Bon. Dans cette auberge, beaucoup de mouvement, parce qu'il y a sur la route des passages de troupes. On entre, on sort, on boit, on cause, mais tout cela très-rapidement.
Parmi les gens de la maison, une servante jeune, vive, alerte. Faites attention à cette femme-là!... Elle est bien campée, pas de beauté, mais un piquant exceptionnel ! On la lutine en passant : elle sourit à tout le monde. Cependant, il ne faut pas aller trop loin, ni en paroles ni en gestes. Aux propos vifs, aux étreintes entreprenantes, elle répond par des gifles qui valent des coups de poing.
Entre un soldat plus crâne que les autres, chargé d'une mission particulière et pressée; il se donne, pour l'accomplir, le temps qu'il voudra employer. Il peut donc boire à son aise, et causer longuement avec la servante, si elle lui plaît. Et, en effet, elle lui plaît à première vue; quant à elle, le soldat lui semble un beau soldat.
— Fille, dit-il en la prenant par la taille, tu me conviens, mets-toi là, près de moi, à cette table, et buvons ensemble. Le soldat s'assied et fait asseoir la servante.
S'apercevant que le vieil hôtelier n'est pas de cet avis, le soldat se lève avec fureur, et, écrasant son poing sur la grosse table de sapin :
— Qu'on ne s'oppose point à ma volonté, sinon je mets le feu à la baraque! Et il l'aurait mis, en vérité. C'était cependant un honnête militaire, mais
terrible avec ses inférieurs.
Le vieil hôtelier fait signe à la jeune fille d'obéir. Que voulez-vous! lorsque les troupes sont déchaînées dans les campagnes, le pauvre paysan est bien en peine!
Le soldat s'était remis à table. Il avait le bras tendrement passé autour du cou de la servante; il ne détachait ce bras que dans les moments où il prenait son verre, l'autre main étant occupée à tenir le tuyau de la pipe qu'il fumait. Quand il avait largement bu, il regardait avec passion la fille d'auberge, et il lui disait:
— Sois tranquille, je te donnerai une bien plus belle cabane que celle-ci. Tandis qu'ils causent immobiles, sans s'occuper d'autre chose, la porte du
fond s'ouvre. Un officier paraît. En le voyant, chacun se lève avec respect. Les soldats font le salut réglementaire et se tiennent immobiles.
Seuls, le soldat et la servante demeurent assis. Ils n'ont ni entendu ni vu l'officier. Remarquant cela, le personnage gradé s'indigne, ses yeux s'arrêtent sur la servante; il ne cesse point de la regarder, tandis qu'il s'avance vers la table. Arrivé près du soldat, il lève le bras et l'abaisse avec une force terrible sur l'épaule du pauvre diable qui se courbe sous le choc :
— Debout, drôle ! s'écrie l'officier. Va écrire sur le comptoir ton nom, celui de ton régiment, ton numéro d'ordre et attends-toi à avoir bientôt de mes nouvelles!
Au premier moment, c'est-à-dire en recevant le coup sans savoir qui le donnait, le soldat s'était senti disposé à se venger ; mais en reconnaissant un supérieur, cet instinct naturel avait été comprimé par l'habitude de la subordination.

Il se dresse automatiquement, il fait le salut et va inscrire au comptoir ce qui lui a été demandé.
Cependant l'officier considère la servante avec un redoublement d'attention. Cet examen parait le calmer et l'adoucir. Le soldat ayant écrit, présente humblement le papier.
— C'est bon, dit l'officier en le lui rendant, va-t'en!
Le soldat fait un nouveau salut, tourne sur ses talons selon l'ordonnance, et sort sans regarder personne, pas même la jolie fille.
A celle-ci l'officier fait un sourire, elle répond en souriant aussi.
— Un bel homme! pense-t-elle.
Le bel homme s'assied à la place que le soldat occupait. Il demande qu'on lui apporte ce qu'il y a de meilleur dans l'auberge, et il invite la servante à lui tenir compagnie. Elle accepte sans hésitation.
La conversation s'engage entre eux et devient promptement très intime.
Un étranger se montre à la porte d'entrée. Il est enveloppé dans un grand manteau.
En voyant ce personnage, hommes et femmes tombent à genoux. Quelques-uns inclinent leur front jusqu'à terre.
Pas plus que n'avait fait le soldat, l'officier ne remarque ce qui se passe derrière lui. La séduisante fille d'auberge est en train de l'ensorceler. Dans un moment d'enthousiasme, l'officier s'écrie :
— Tu es divine, je t'emmène. Tu auras un bel appartement où il fait très chaud.
De loin, le personnage au manteau examine le groupe resté indifférent à sa venue. Comme malgré lui, la fille espiègle attire son attention et sa sympathie. Il s'approche de la table, et, rejetant son manteau en arrière, il reste les bras croisés sur sa poitrine. L'officier jette les yeux sur lui. Aussitôt l'officier se lève on palissant, et, s'inclinant très-bas, il balbutie ces mots :
— Ah! pardon, sire!
— Relève-toi.
De même encore que le soldat, l'officier se relève tout d'une pièce, attendant le bon plaisir du maître. Le maître était occupé à regarder de près la servante; de son coté, elle considérait avec admiration et sans trembler le tzar tout puissant.
— Tu peux te retirer, dit celui-ci à l'officier. Je garde cette femme, je lui donnerai un palais!
Ainsi se rencontrèrent pour la première fois Pierre I er et celle qui devint Catherine de Russie!...
— Eh bien, que dites-vous de mon prologue? demanda Balzac.
— Très-curieux, très-original ! mais le reste?
— Sous peu, vous l'aurez. La donnée est intéressante; vous verrez!... Comme cadre aux faits historiques, je rêve une mise en scène toute nouvelle. La Russie est pour nos théâtres, et principalement pour le vôtre, une mine féconde à exploiter. On y viendra. Au point de vue décoratif et plastique, nous en sommes encore, quand il s'agit de ce riche et grandiose pays, aux enluminures représentant le passage de la Bérésina, et la mort de Poniatowski avec son grand diable de cheval qui a l'air de vouloir avaler des glaçons. S'animant à mesure qu'il parlait :
— Et les habitants? Des cœurs d'or! bien préférables à nous. Quant à leurs paysans, il n'y a plus que parmi eux qu'il existe des ténors. Nos campagnards, à nous, ont tous des voix de Prudhommes enrhumés... Et la haute société russe! adorable! au surplus, c'est là que j'ai choisi et obtenu ma femme !...
Balzac me laissa enthousiasmé de lui et bâtissant des montagnes d'espérances en raison du succès inévitable de Pierre et Catherine.
Lorsque je le revis, tout était changé.
Il avait renoncé momentanément à la pièce russe. Il s'engageait à nous la donner plus tard ; mais il avait réfléchi. C'était une entreprise colossale, pour laquelle il ne fallait rien négliger. Or, il lui manquait une foule de détails indispensables sur certaines cérémonies, sur certains usages, qu'il se proposait d'étudier sur les lieux mêmes, attendu que, durant l'hiver suivant, il devait faire un voyage à Saint-Pétersbourg et à Moscou... Bref, il me priait de ne pas insister, offrant délivrer au printemps une pièce en remplacement de celle qu'il ajournait.
Malgré mon désappointement, je dus souscrire aux désirs de M. de Balzac, et, en désespoir de cause, je le priai de me dire, si cela était possible, quelques mots du sujet nouveau qu'il nous destinait.

in

Histoire des œuvres de Balzac
Calmann-Lévy, 1879 (p. -).


COMPLÉMENT AUX ŒUVRES

DE

H. DE BALZAC


HISTOIRE DES ŒUVRES

DE

H. DE BALZAC


PAR

CHARLES DE LOVENJOUL

PARIS
CALMANN LÉVY, ÉDITEUR
ANCIENNE MAISON MICHEL LÉVY FRÈRES
RUE AUBER, 3, ET BOULEVARD DES ITALIENS, 15
À LA LIBRAIRIE NOUVELLE



















lundi 14 avril 2014

Rue...de La fin' fleur de ...

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pont d'air japonais
ru des moulins de Bourgueil
nectar de la feuille






 
ActeurArtisteScénariste (1920 - 1994) 











GEORGES BRASSENS par JEAN CARMET

Le Bistrot 


Dans un coin pourri
Du pauvre Paris,
Sur un' place,
L'est un vieux bistrot
Tenu par un gros
Dégueulasse.

Si t'as le bec fin,
S'il te faut du vin
D' premièr' classe,
Va boire à Passy,
Le nectar d'ici
Te dépasse.

Mais si t'as l' gosier
Qu'une armur' d'acier
Matelasse,
Goûte à ce velours,
Ce petit bleu lourd
De menaces.

Tu trouveras là
La fin' fleur de la
Populace,
Tous les marmiteux,
Les calamiteux,
De la place.

Qui viennent en rang,
Comme les harengs,
Voir en face
La bell' du bistrot,
La femme à ce gros
Dégueulasse.

Que je boive à fond
L'eau de tout's les fon-
tain's Wallace,
Si, dès aujourd'hui,
Tu n'es pas séduit
Par la grâce.

De cett' joli' fé'
Qui, d'un bouge, a fait
Un palace.
Avec ses appas,
Du haut jusqu'en bas,
Bien en place.

Ces trésors exquis,
Qui les embrass', qui
Les enlace ?
Vraiment, c'en est trop !
Tout ça pour ce gros
Dégueulasse !

C'est injuste et fou,
Mais que voulez-vous
Qu'on y fasse ?
L'amour se fait vieux,
Il a plus les yeux
Bien en face.

Si tu fais ta cour,
Tâch' que tes discours
Ne l'agacent.
Sois poli, mon gars,
Pas de geste ou ga-
re à la casse.

Car sa main qui claqu',
Punit d'un flic-flac
Les audaces.
Certes, il n'est pas né
Qui mettra le nez
Dans sa tasse.

Pas né, le chanceux
Qui dégèl'ra ce
Bloc de glace.
Qui fera dans l' dos
Les corne' à ce gros
Dégueulasse.

Dans un coin pourri
Du pauvre Paris,
Sur un' place,
Une espèc' de fé',
D'un vieux bouge, a fait
Un palace.


Georges Brassens